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Le contrepoids de l'autorité sage

La campagne menée en faveur de la démocratie industrielle aura eu cet effet bienfaisant de rendre presque populaires ces vérités, qui res- 1 talent confusément senties plus qu'elles n'étaient connues dans leur acception générale. Elle rendait certain, en même temps, l'échec de quelques vieux projets malencontreusement ou astucieusement ressuscites. Nous pensons ici au système de la participation aux bénéfices, qui ne pouvait être qu'un os à ronger, jeté aux prolétaires, ou un premier pas vers la participation démocratique à la gestion ; nous pensons aussi à l'instauration des actions de travail, absurdité cruelle qui tendrait à engager les économies des ouvriers dans les placements les plus risqués, ceux de l'industrie, sous prétexte d'assurer la vieillesse des intéressés.

Mais la lumière ne s'est pas faite aussi vive sur le rôle indispensable des syndicats. Et il convient de relever ici les outrances de la thèse patronale qui, aussi peu démocratique que possible lorsqu'elle définit les « privilèges » du chef, le devient, selon la plus stricte observance, dès qu'il s'agit de maintenir l'individu isolé devant l'Etat et... devant le chef d'entreprises lui-même. Sans doute.

y a-t-il là un moyen sûr de l'écraser en fidélité au libéralisme le plus pur, mais ce n'est plus de cela qu'il s'agit aujourd'hui. Ces producteurs, à quelque rang qu'ils appartiennent, ont pris licence de se grouper « pour la défense de leurs intérêts professionnels », bon gré mal gré la législation a enregistré et codifié cette liberté reconquise sur la Liberté : l'individu ne restera plus isolé et sans défense. Progrès inestimable qui contient la solution de difficultés sociales suscitées par les dévastations de la Révolution française. La fin a été définie excellemment, il y a près d'un siècle, par Auguste Comte : incorporer dans la société, un prolétariat qu'on y a créé et maintenu abusivement campé. Il n'y avait pas d'autre moyen que celui qui s'est imposé, aussi vieux que la production industrielle, depuis la suppression de l'esclavage, le groupement par métier. Précisons : le moyen, non la fin.

Le chef, nous l'avons dit, n'est pas toujours tel que nous l'avons dépeint. Il peut d'ailleurs être un bon chef pour ses collaborateurs immédiats et non pour les autres ; la tentation est grande, en tous cas, pour ceux-là, de profiter d'un isolement complet des hommes placés sous leurs ordres. Une vue courte, limitée aux seuls intérêtsde l'entreprise, trouvera aisément avantage à assurer la réussite de l'œuvre commune au détriment des ouvriers :

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ceux-ci doivent être en mesure de se défendre, il y va de leurs intérêts et de celui du chef, qu'ils protégeront ainsi contre une faiblesse grave.

Entre les prétentions des chefs spécialistes qui veulent installer le syndicat, autant dire eux-mêmes, dans l'usine pourla désorganiser, et l'opinion > des chefs d'entreprise qui acceptent les groupements syndicaux parce qu'ils existent, mais prétendent leur retirer tous moyens d'action et remettre ces moyens à l'Etat, dont ce n'est pas le métier, mais qu'ils manœuvrent aisément, il y a un juste milieu insuffisamment défini dans beaucoup d'esprits. La défense des intérêts professionnels ouvriers n'appartient qu'aux ouvriers, elle n'est aucunement à charge de l'autorité publique. Pour le prétendre, on abuse de la désorganisation dans laquelle nous vivons et qui ne permet pas de rien régler, autrement que par ces lois uniformes, absurdes par conséquent, puisqu'elles ne tiennent compte ni de la diversité géographique, ni de la diversité professionnelle. Ces règles devraient naître pour chaque région et pour chaque métier de la coutume spontanée ou de l'accord entre les intéressés ; par là, elles devraient se compléter, sans se codifier, restant souples comme la vie. Cela ne peut être fait dans le centre de l'usine, mais à un niveau supérieur, celui des syndicats et mieux encore pour que l'ac-

tion soit permanente et organisée, dans les conseils professionnels, intersyndicaux et d'ailleurs supersyndicaux, sans lesquels notre production végétera dans son état anarchique actuel. Sur ce poi tit, il faut se reporter aux ouvrages de Georges Valois *, nous n'y insistons pas.

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