‹ Le chef des Hurons [microforme]Chapitre 10 sur 22 · HÉCATOMBE DE SAUVAGES · texte numérisé non relu

HÉCATOMBE DE SAUVAGES

x lendemain, des Taube, le colonel fit creuser de larges tranchées, dans lesquelles on entassa les guerriers tués dans le combat de la veille.

A dix heures, tout était terminé, et les défenseurs de la Mission, rassurés par le calme qui planait sur le désert, se livraient aux apprèts de leur déjeuner, quand tout à coup, trois Peaux-Rouges à cheval deébouchbrent de la foret, s'avançant au petit galop de chasse.

Le colonel, aussitôt prévenu, ‘courut au retranchement, où fl fut immédiatement rejoint par Taréas et Sans-Peur.

— Que peuvent nous vouloir ces Indiens? murmura le colonel en examinant les arrivants, à l’aide de sa lunette d'approche.

Le chef sourit dédaigneusement.

— Mon colonel, dit Sans-Peur, ces sauvages ne viennent ici que pour se rendre compte des forces dont nous disposons.

— S'il en est ainsi, faites tirer sur eux.

— Gardons-nous-en bien ! s’écria le chasseur. Quoique ces palens aient juré notre mort, nous devons agir loyalement

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avec eux; ils viennent en parlementaires, il faut les recevoir aveo courtoisie, bien que l’entrevue qu'ils désirent ne soit qu’un prétexte pour s’introduire dans la Mission. Faites donc allumer un feu, car les Peaux-Rouges ne discutent qu autour d’un foyer.

— Hum! est-ce bien prudent de les laisser entrer ici?

— Vous ne pouves faire autrement. Mais si voulez bien me le permettre, je mênerai seul cette affaire, car mieux que vous je suis au fait des diableries indiennes.

— Faites dono, mon ami, dit en souriant le colonel: vous savez que j al en vous la plus entière confiance.

— Merci, mon colonel, et pardonnez-moi de vous avoir donné ces conseils, mais ils étaient nécessaires pour la sûreté commune.

Les trois Indiens talent parvenus au pied de la colline et

s'étaient arrêtés. L'un d’eux, qui n’était autre que Niocébah, agita sa robe de bison. En voyant le meurtrier de 1 comtesse, M. de Vorcel porta rapidement la main à ses pistolets; mais Sans-Peur lui saisit le bras en disant :

— Qu'allez-vous faire?

— Vous avez raison; je dois songer à ceux qui m’entourent et ne pas risquer de les perdre en me laissant aller à ma juste colère.

. Sans-Peur descendit la pente de la colline et s'arrêta à dix pas des trois Peaux-Rouges.

— Que désirez-vous? demanda-t-il brutalement à Niocébah.

— Causer avec le chef des guerriers blancs, répondit l’Indien

d’un ton glacial.

— Bien que vous ayez fait le signe de paix, je dois vous pré-

venir qu’au moindre geste suspect, je vous tuerai comme un.

chien. Maintenant, suivez-moi.

Le chef ne releva pas cette insulte. Sautant à bas de son cheval, il jeta les rônes à un des deux guerriers qui l’accompagnaient et suivit le chasseur qui, déjà, remontait à la Mission,

Je vous reconduirai à coups de fouet... (Page 18.)

En entrant dans le village, Sans-Peur se retourna pour attendre Niocébah, qu’il conduisit près d’un feu allumé par Tarées et devant lequel ce dernier était assis à côté de M. de Voroel qui pallt affreusement en voyant approcher son mortel ennemi.

Quant à Nicoébab, II était froid et impassible.

Sur un signe du chasseur, Il s’accroupit devant le feu.

Les Indiens ne discutent jamais en conseil sans avoir au préalable fumé le calumet. Dans les grandes circonstances ou lorsqu'ils sont entre amis, la même pipe sert pour tous. Dans lo ces présent, les rapports entre le colonel et le chef des Iroquois étaient trop tendus pour que le calumet circulât; aussi, chacun bourra-t-il le sien.

Lorsque tous eurent fumé et que la cendre des calumets eût été vidée dans le foyer, Niocébah se leva et prit la parole.

— Jo suis heureux, dit-il, que mes frères aient consenti à me recevoir au feu du oohseil, cer les paroles que vont soufller ma poitrine me sont inspirées par le Wacondah, et il

eût été regrettable qu’ils ne les entendissent point. Que mes

frères ouvrent donc leurs oreilles, un sachem va parler.

Il se recueillit quelques secondes, et continus :

— Autrefois, les Indiens vivaient en paix sur leurs territoires de chasse; mais un jour des Visages-Pâles ont résolu de ‘emparer de leurs biens et les ont refoulés loin des grands villages en pierre. Les enfants rouges du Grand Esprit ont valllamment et longtemps combattu, mais vainement. Alors, ils se sont retirés au fond des déserts; mais un chef de la prière, parlant d’un Dieu inconnu des Indiens, est venu s’installer sur - oette colline avec des guerriers ayant renié le Wacondah. Les sachems des grandes tribus, réunis en conseil, m’ont envoyé vers le chef des Visages-Pâles pour lui enjoindre d’avoir à retourner immédiatement aux habitations, en emmenant avec

Jui tous ses guerriers. Si mon frère s’y refuse, sa chevelure et

celles de ses amis orneront bientôt nos ceintures, Le sang est

uA TO DE SAUVAGES

une rande agréable au Waoondab, surtout lersqu'il est blanc, J'ai dit.

Après evoir prononcé os paroles d'une vaix tranchante, le chef s’assit et attendit uno rana.

— Chef, lui dit alors Sans-Peur, vous zadotes comme une

visille mme baude, et ves rodomontades sont ridicules.

Puisque la leçon que vous aves reçue hier n'a pas été aussi pro- Stable que nous J'espérions, soyes certain que, à la prochaine socssion, nous doublerons la dase; et pour bien vous prouver de es que nous foisens de vos menaces, si voire qualité de parlementaire ne vous faisait pas sacré pour nous, je vous roconduirais jusqu'au bas de la colline, à coups de fouet, comme un chien galsux. Maintenant que vous êtes fixé, vous pouvez aller vejoindse vos dignes acolytes. À mon tour, j'ai dit.

Niocébah se leva d'un bond et porta la main à son couteau à soalper; mais par un eſſont de volonté surhumain, il reprit toute son impassibilité et fit un pas pour se retirer.

D'un geste, le colonel l’arrôta.

— À mon tour de parler, dit-il froidement.

Niooéhah fixa sur lui un regard ‘empreint de tant de haine implacable qu’il tressaillit malgré lui. |

— Chef, dit-il, sans savoir qui vous Stiles, je vous ai fait, dans un moment de vivacité, une injure grave, dont je vous aurais rendu raison si vous me l'aviez demands; peut-être même vous oussé-je fait des excuses, car il n’y a pas de honte à reconnaître es toris. Mais vous avez préféré vous venger par un ‘odieux assassinat. Or, écoutez bien veci : nul ne peut grévoir les résultats des combats qui vant avoir lieu, mais quels qu'ils soient, un de nous deux mourra, je vous le jure | Maintenant, vous pouvez vous retirer.

Niocébah haussa dédaigneusement les épauleset 20 dirigea vers la barrière qui formait les retranchements et qui m ouverte pour lui livrer passage.

Il descendit tranquillement la colline ; mais dès qu'il eût

rejoint ses guerriers, II se retourne, poussa son cri de guerre, sauts en selle et s’éloigna rapidement.

En quelques minutes, Nioosbah et ses deux guerriers attelenlrent la forêt et disparurent sous le couvert.

U mit alors pied à terre ot 80 dirigea vers un feu autour duquel plusieurs sachems fumalent leur calumet sans échanger une parole.

Niocébah s’assit sur un tronc d'arbre, bourra son calumet et fuma sans que les chefs eussent fait le moindre mouvement. Cette opération préliminaire terminée, II rendit compte de son entrevue avec le colonel.

Lorsqu'il eût rapporté les paroles insultantes de Sans-Peur, un cri de rage jaillit de toutes les poltrines; mais un homme qui se tenait à quelques pas s’avança et fit un geste indiquant qu’il désirait parler.

Un grand silence se fit aussitôt et les sachems fixèrent sur rnomme un regard interrogateur.

C’était un de ces féroces pirates qui sillonnent les prairies, pillant les caravanes, égorgeant les voyageurs et combattant dans les rangs des Peaux-Rouges chaque fois qu’il s'agissait de mettre la maln sur un butin important.

C'était lui et ses compagnons que Sans-Peur avait aperçus la nuit précédente pendant la ae qu'il avait faite dans la forêt.

— Chefs, dit-il, après la défaite que vous avez essuyée hier, vous ne sauriez prendre trop de précautions avant de tenterune nouvelle attaque. Voici donc ce que je vous propose: je vais me rendre à la Mission avec quatre de mes camarades ; le colonel qui doit avoir besoin d' hommes résolus, s’empressera, sur notre demande, de nous engager. Dès que la nuit sera venue, montez bardiment à l’assaut du village: nous profterons du désordre occasionné par le combat, pour vous ouvrir la barrière. Une fois dans la place, grâce à votre nombre, vous serez facilement vainqueurs. -

Niocëbah se leva, et, prenant la main du pirate :

— Mon frère est jeune, A4, mais „„ les sachoms acceptent ss proposition.

— Bien, dit le pirate en allant rejoindre ses compagnons, à qui At part de son projet.

Quelques minutes après, il s’enfonçait dans la forêt, accome pagné de quatre bandits.

Son intention était de tourner la colline et d'arriver à la Mission par le versant opposé, afin de n'inspirer aucun soupçon.

Malheureusement pour les pirates, Sans-Peur les connaissait de longue date ; de plus, il avait constaté leur présence parmi les Peaux-Rouges ; aussi, dès qu'il les aperçut dans la plaine, courut-il vers le colonel à qui il dit quelques mots à voix basse.

M. de Vorcel fit une grimace de désapprobation.

— Croyes-moi, insista le chasseur, aveo ces gens-là, les demi-mesures sonttoujours mauvaises.

— Agisses donc à votre guise.

Sans-Pour s'éloigna en se frottant les mains, signe d’une extreme satisfaction.

Sur l’ordre du colonel, les sentinelles laissèrent sans difficulté approcher les pirates, qui sur l'invitation du capitaine Verdier, escaladérent immédiatement les retranchements.

Le colonel, entouré d’une vingtaine de Canadiens, 80 tenait à peu de distance,

— Que désirez-vous, messieurs ? leur demanda en souriant le capitaine.

— Voir le colonel, répondit un des pirates.

— C'est moi, dit M. de Vorcel en s’avançant,

— Mon colonel, dit un des bandits, nous avons appris ce matin que vous avez eu maille à partir avec les Peaux-Rouges, et, ma foi, nous avons pensé que vous seriez peut-être enchanté d'augmenter votre troupe de cinq fusils qui ne manquent jamais leur homme.

— Ainsi, vous ne voner que dans le but de me rendre service ?

— Mon Divei out. Au désert, les blancs ne se ent- Ils pas aide et protection contre les sauvages ?

— Ces sentiments vous henorent, messieurs ; mais comment pourral- je vous remercier ?

— En nous laissant combattre dans vos rangs.

— Mon colonel, dit Sans-Peur d'un tem goguenerd, je crois que oog braves gens méritent une sutre récompense.

— Que vouies-vous dire ſ um des bandits en fronçans les sourcils.

— Vous allen de savoir, dit le chasseur en faisent un signe à ceux qui l’entouraient.

En un clin d', les pirates furent désermés, jetés sur de sol et garroités.

— C'est une infamie ! hurlaient-iis en se tardant désespérémont dans leurs liens. W

— Vraiment, messieurs, leur dit Sans Peur d’un ton narquois, vous n'êtes pas beaux joueurs ! Quand on perd une partie, on doit en subir philosophiquement toutes les conséquences. Ainsi, vous, John, ajouta-t-il en regardant fxement un des bandits, vous auriez bien dû penser que les blancs ne sont pas aussi faciles à tromper que ces brutes de Peaux-Rouges.

En entendant prononcer son nom, le bandit avait pal; mais, se remetiant promptement, ce fut d’une voix assez calme qu'il répondit :

— ne sais pourquoi vous m’appeles John: mon nom est Richard Sander.

— C'est étrange, fit Sans-Peur en prend un air naïf; j'aurais juré que vous étiez un certain John, eomdamné à mort à la Louisiane, l’année dernière, et qui, je ne sais comment, est parvenu à s’évader la veille du jour ſ pour l'exécution.

Le bandk ricans.

Allons, dit-il, vous êtes plus fort que mol

all parait que je ne me di qui Cat:

— In somme, que comptes-vous faire de nous ?

— Vous pendre, tout simplement.

— Vous n'en ves pes le droit, car nous sommes venus 10 Bremont.

— C'est vrai, mais comme espions; par conséquent, vous wen encours la peine de mort, dit le colonel d’une voix ferme

— Où sont les preuves de notre culpabilité?

— Elles sont indiscutables, fit Sans-Peur : hier soir, en faisant une reconnaissance dans la forêt, je vous ai vus parmi les Indiens.

Les pirates hurlèrent de rage et firent de vains efforts pour rompre leurs liens.

Le colonel attira le chasseur à Pécart.

— Voyons, lui dit-il, que faisons-nous de ces bandits ?

— Mais ne vous l'ai-je pas dit ?

— Je vous avoue qu’il me répugne de / c tuer ainsi. — Soit; mais je vous préviens que cette mansuétude indisposera fort les Canadiens qui sont ici et dont le dévouement se refroidirait singulièrement si vous laissies partir ces misérables, cer il est impossible qu’ils restent au milieu de nous. Ils doivent dono expier leurs crimes ou se retirer sains et sauf.

— Faites ce que vous voudrez, dit brusquement le colonel en s’éloignant rapidement pour ne pas assister à cette exé-

oution que, malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de trouver

juste.

En moins de dix 1 les pirates furent pendus à quelques-uns des arbres qui ombrageaient la colline. Après s'être tordus comme des vers, pendant quelques instants, une convulsion suprême les secous, puis ils demeurérent immobiles.

— Justice est faite, dit tranquillement Sans-Peur.

Le Père Florentin, prévenu par le colonel, accourut et força le brave chasseur à décrocher ses pendus, opération qu’il ne fit qu'en rechignant, tant il éprouvait de plaisir à voir se: balancer au bout de leurs cordes ces pirates souillés de crimes.

Sur l’ordre du religieux, une fosse fut creusée en dehors des retranchements et on y coucha les suppliciés, pour lesquels il demanda à Dieu un pardon qu’ils n'avaient pas obtenu” des hommes.

On combla la fosse et tout fut dit.

La prairie comptait cinq bandits de moins.

Deux jours s’écoulèrent sans que les Indiens donnassent . signe de vie.

Taréas, consulté par le Get, avait expliqué ce silence de la manière suivarce :

— Nos ennemis n'étaient pas au complet lorsqu' ils nous ont attaqués. Ils attendent, pour recommencer, que toutes les tribus soient arrivées.

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Cotte opinion fut partagée par Sans-Pour ; aussi reddublat-on de vigilance pour ne pas se laisser surprendre.

Le soir du troisième jour, un peu avant le coucher du „ leil, une troupe de quatre cents guerriers sortit à pied de la ſoret.

— À vos postes! cria le colonel d’une voix tonnante.

Les défenseurs se précipitèrent derrière les retranchements, le doigt sur la gâchette du fusil.

Lorsque les sauvages eurent fait environ deux cents pas, ils s’élancèrent au pas de course. En même temps, une deuxième troupe sortit de la forêt, marchant en une masse compacte.

Sur l’ordre du colonel, cent hommes montèrent à cheval pour marcher à la rencontre du premier détachement, et dès qu'ils furent sur la pente de la colline, un feu terrible fut dirigé sur la seconde troupe.

Les cavaliers tombèrent comme la foudre sur les Indiens,

dont ils firent un carnage affreux. Les guerriers formant le second détachement tentèrent de se porter à leur secours, mais sans y parvenir : les canons de la Mission vomissaient des paquets de mitraille ; les balles sifflaient au milieu d’eux.

Soudain, la lisière de la forêt se garnit de Peaux-Rouges.

À cette vue, le capitaine Verdier, qui commandait la cavalerie, se replia sur la colline. En un temps de galop, les soldats eurent distancé leurs ennemis.

Ceux-ci s’élancèrent à leur poursuite en bondissant comme

des panthères, mais les canons furent pointés sur eux, et ils durent reculer.

Cependant, les guerriers sortaient toujours de la forêt, se répandant dans la plaine, où ils se formaient en détachements de trois cents hommes.

Le. colonel fit suspendre le feu, car la colline était entourée

d’un nuage de fumée qui ne lui permettait plus de distinguer

les mouvements de l’ennemi.

Alors, il vit un spectacle qui le glaça de terreur, LE CHEF DES HURONS 0

La plainé était remplie de guerriers qui, à mesure qu'ils avançaient, faisaient place à d’autres, comme si la forêt les eût enfantés.

Plus de six mille Indiens étaient là, rangés en bataille, et il en venait toujours.

Le colonel jugea rapidement la situation.

Vaincre était impossible. La Mission devait fatalement être engloutie sous ce flot humain qui s’avançait. II fallait donc mourir ; d’ailleurs, tous le comprenait.

— Mes amis! cria M. de Vorcel, d’une voix qui fut distinctement entendue de tous, vendons chèrement notre vie! Faisons-nous de belles funérailles I. . Feu partout!

Une détonation effroyable retentit.

La colline sembla trembler sur sa base.

Les sauvages poussèrent leur terrible cri de guerre et répondirent par une grèle de flèches et de balles, s’élançant au pas de course vers la colline, dont ils commencèrent à gravir la pente.

Tout à coup, six barils de poudre, auxquels étaient attachées des mèches allumées, furent jetés par-dessus les remparts et roulèrent le long de la pente avec une rapidité vertigineuse.

Les sauvages ouvrirent leurs rangs pour laisser passer ces objets dont ils ne devinaient pas la nature. Mais, bientôt, six détonations formidables ébranlèrent les airs, et plusieurs centaines de guerriers, hachés, broyés, jonchèrent le sol.

Les Indiens s’enfuirent, affolés et hurlant, mais la voix de leurs chefs les ramena au combat, et ils s’élancèrent de nouveau vers la colline. dont le sommet ressemblait au cratère d’un volcan.

Pourtant, malgré l’héroïque résistance des blancs, les Peaux- Rouges gagnaient du terrain. Plusieurs avaient déjà atteint les retranchements, d’où on les avait rejetés à coups de baïonnettes. Tout à coup, des cris d’épouvante dominèrent le tumulte de la bataille : sur la gauche des adiens, une

BÉCATONSE DB SAUVAGES

nombreuse troupe de soldats barrait la plaine entre * colline et la forêt.

A ua commandement, les fusils s’abaissérent et un vent de mort passa sur la plaine; puis, les soldats ouvrirent leurs rangs et quatre pièces de canon tonnérent.

Pris ainsi entre deux feux et ignorant le nombre de leurs nouveaux ennemis, les Peaux-Rouges voulurent fuir; mais un détachement aussi fort que le premier leur coupa le retraite, à droite.

La forêt, seule, pouvait leur offrir un refuge. Ils s’y précipitérent en tumulte, sous une pluie de fer et de plomb, mais ils n'eurent pas plutôt franchi la lisière du couvert, qu’ils reculérent épouvantés.

La forêt était en feu.

Les tambours battirent la charge et les deux détachements de soldats s’élancèrent à la baïonnette, tandis que les cavaliers du capitaine Verdier, en tête desquels s’était placé le colonel, descendaient la colline comme un tourbillon.

Alors commença une mêlée à laquelle il serait impossible

de donner un nom.

Les Indiens, entourés, cernés de toutes pin ne songèrent pas un instant à implorer la clémence de leurs ennemis qui, aidés par Taréas et ses Hurons, les massacraient impitoyablement.

Cependant, tout en combattant, deux hommes se cherchaient : M. de Vorcel et Niocébah. Le premier, pour châtier le meurtrier de sa femme; le second, pour venger Pinjure sanglante qu'il avait reçue.

Tout à coup, le colonel aperçut son ennemi qui, monté sur un magnifique coursier, se battait en désespéré.

I poussa un rugissement de tigre et fit bondir son cheval.

En rapercevant, le chef iroquois eut un rire de démon et précipita sur lui, la hache au poing, mais le colonel fit voleter son cheval et se jeta de côté ; puis, revenant à son ennemi, il lui fendit le crâne d’un coup de sabre.

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