‹ Le chef des Hurons [microforme]Chapitre 13 sur 22 · SO OO · texte numérisé non relu

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quelques houres, ot nous nous mottrons en chesse ! N'oublles pes qu'il y va surtout de notre renommée

Les bandits soclamérent bruyamment leur chef; puis lis s’étondirent our le sol ot ne tardèrent pas à s'endormir

James, lui, ne se coucha point. Assis à l'entrée de la caverne, il fumait sa pipe en repassant dans son esprit leo différents événements survenus depuis la veille.

Ainsi qu'il l'avait dit : le fugitif pouvait être repris, cer, sans armes ot sans vivres, il ne pouvait aller loin, dans ces parages qui lui étaient totalement inconnus.

Il ne pouvait se faire à l’idée de perdre la riche rançon qu’il. espérait obtenir du colonel, rançun qu’il se promettait bien de garder entiérement par Covers lui, car la mort tragique de son frère lui avait suggéré de sages réflexions et, puisque l’occasion se présentait, il voulait en profiter pour se retirer définiti vement des affaires.

I fut tiré de ses méditations par le soleïl qui, en émergeant de horizon, vint tout à coup le frapper en plein visage.

— Allons éveiller les dormeurs, dit-il en se levant.

Une heure plus tard, les bandits quittaiont is caverne et reparpinalent dans les bois,

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LA FAMILLE DUFOUR

rayons obliques du soleil commençaient à allonger dans la plaine l’ombre des arbres gigantesques dont elle était parsemée çà et là.

Soudain des bruits confus s 'élevèrent ; et bientôt une caravane s'avanga à travers les hautes herbes qui ondulaient

|] était environ quatre heures de l'après-midi. Les

| gracieusement sous le souffle d’une brise légère et tout impré-

gnée d'odorantes et âcres senteurs. En tête de la caravane venait un homme paraissant âgé de cinquante ans environ. Ses traits énergiques et brunis par le soleil, étaient empreints d’une loyauté et d'une bonté extrêmes.

Derrière lui venaient cinq chariots trainés chacun par quatre bœufs et contenant des objets mobiliers, des instruments aratoires, des vivres et des munitions.

Joseph Dufour, tel était le nom du chef de cette caravane, se retournait de temps en temps pour s’assurer que la marche continuait en bon ordre.

Chaque fois, son regard se fixait tendrement sur quatre cavaliers qui escortaient les chariots.

BSaisissant les pagaies, il rama si rapidement... (Page 99.)

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Ces cavaliers, dont le plus jeune pouvait avoir dix-huit ans et le plus âgé vingt-cinq, étaient les fils de Joseph Dufour. A chaque regard de leur père, ils répondaient par un affectueux sourire.

Soudain, Joseph Dufour s'arrêta et fit signe à ses fils d'arrêter la caravane.

Aussitôt, une femme de quarante-canq ans environ, qui se tenait assise dans le premier chariot, se leva.

— Eh bien, Joseph, dit-elle doucement, pourquoi nous arrétons-nous ?

— Parce que nulle part nous ne trouverons un plus magnifique emplacement. e

La ſemme promena autour. delle un regard investigateur.

— En effet, dit-elle au bout de quelques minutes, cette situation est merveilleuse.

Puis, poussant un ori de joyeuse surprise.

— Vois donc, Joseph, dit-elle, cette belle rivière 1

— C'est la rivière des Cèdres, ma chère Louise; et c’est justement pour cette raison que nous n’irons pas plus loin. La végétation qui nous entoure prouve que cette terre est riche: et convient à un défrichement.

Les quatre cavaliers s’approchérent de leur père.

— Ainsi, dit le plus jeune, nous allons nous fixer ici?

— Mon Dieu! oui.

— Pourquoi ne pas nous enfoncer pius avant dans les terres?

— Parce que cela me semble inutile.

Le jeune homme fit la moue.

— Charles n'est jamais content, dit en riant l’aîné, robuste gaillard qui répondait au nom harmonieux de Gabriel.

— J'avoue que j’eusse préféré aller plus loin, car les solitudes que nous parcourons en ce moment sont vraiment admirables !

Je suis certain que Jules et Henri sont de mon avis, ajouta-t-il

en ze tournant vers ses deux autres frères, qui écoutaient silencieusement.

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LA FAMILLE DUFOUR 107

— Tu te trompes, Charles, dit l’un; c’est justement parce que ces parages sont superbes que nous aurions tort de pousser plus loin. D'ailleurs, nous venons ici non pour admirer

de paysage, mais pour travailler.

Les parents avaient écouté en souriant cette petite ee Mais en entendant la réponse de Jules, le pere s’écria joyeusement :

— Bien parlé, garçon ! Comme tu Pas dit, nous ne sommes venus au désert que pour gagner notre vie, et non pour admirer des fleurs ou les arbres. Du reste, si Charles l’a oublié, voilà

- Qui va lui rafraîchir la mémoire.

Et de la main il désigna une troupe qui paraissait au loin.

Cette troupe se composait d’une vingtaine de serviteurs à cheval, conduisant des mules dont le pes était ralenti par un lourd chargement.

Une demi-heure plus tard, les ae avaient rejoin leurs maîtres.

Les bœufs furent dételés et placés, ainsi que les chevaux,

dans un vaste cercle formé par les chariots. Puis les tentes furent dressées rapidement.

— Père, dit Gabriel, voulez-vous que j'aille abattre deux ou trois pièces de gibier pour le souper $

— Va, mon garçon, dit Joseph Dufour, mais ne t’éloigne pas trop; nous ne savons encore quels sont nos voisins. Si ce

sont des Hurons, tant mieux; mais si ce sont des Sioux ou

des Iroquois, nous ne devrons pas négliger les précautions.

— Soyez tranquille, père, je serai prudent.

— Veux-tu que je accompagne? dit le jeune Charles.

— Viens si tu veux, répondit le frère aîné.

Les deux jeunes gens visitèrent leurs armes, puis ils s’éloignèrent pédestrement du côté d'un bois touffu qui s'élevait à un kilomètre du campement.

En attendant leur retour, les feux furent allumés et les tentes munies de tout ce qui était nécessaire pour passer la nuit

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1e tous Canadiens, c’est-à-dire Français, vaquaient galement à leurs occupations respectives. Les uns deballalent les provisions, pendant que les autres soignaient les animaux.

Joseph Dufour allait et venait, promenant sur tout et sur tous os regard du maitre soucieux du bon ordre. Mais hâtons-nous de dire que sa présence ne genalt en rien les serviteurs, qui, tous, l’aimaient et le respectaient, car il savait unir la bonté à la sévérité.

Charles et Gabriel étaient partis depuis plus de deux heures. Le soleil était couché ; le crépuscule couvrait déjà la plaine et ils ne paraissaient point.

Bientôt l’inquiétude du père devint si grande qu'il se fit seller un cheval, avec l’intention d' aller à la découverte. I mettait le pied à l’étrier, quand un de ses fils l’arrêta. — Regardez, père, dit-il en étendant le bras du côté du bois. — Que signifie cela? murmura Joseph Dufour avec une

certaine agitation.

Ce qu'il voyait était bien fait pour motiver cette émotion :

ses fils avançaient lentement, portant un brancard fait de

branchages, sur lequel un homme était étendu sans mouvement. Dix minutes plus tard, Charles et Gabriel entraient au cam-

pement et déposaient doucement leur brancard sur le sol.

Leur père se pencha vivement sur l'inconnu, qui ne donnait plus signe de vie.

— C’est un jeune homme! s’écria-t-il.

— Tu pourrais dire presque un enfant, dit la mère, qui avait, elle aussi, examiné l’étranger.

— Est-il blessé ? demanda le père.

— Non, dit Charles. Nous l’avons visité avec soin, et son worps ne porte aucune trace de blessure,

— Alors, il est évanoui.

Tout à coup, M®° Dufour pälit.

— Oh! mon Dieu! gémit-elle.

— Que veux-tu dire? demanda vivement son mani.

LA PANILLE DUFOUR

— Co jeune homme meurt de faim.

— Tu crois — Regarde ses traits contractés et amaigris, son visage

livide ; voilà la cause de son évanouissement. Vite, ajouta-t-elle

en s'adressant à ses fils, préparez-lui à manger, pendant que je vais lui faire prendre un cordial.

Grâce aux soins qui lui furent prodigués, l'inconnu revint

bientôt à lui.

Il essaya de se soulever, mais sa tête retomba lourdement sur le brancard, Alors il promena autour de lui un regard vague en murmurant d'une voix faible :

— Où suis-je?

— Avec des amis, dit M= Dufour qui, en entendant cette interrogation faite en français, vomprit qu’elle avait affaire à un compatriote.

La réponse de la brave dame amena un sourire sur les lèvres pâles du jeune homme, qui referma les yeux et s’endormit.

— Laissez-le dormir, dit Me Dufour. Quand il se réveillera,

nous lui ferons prendre un peu de nourriture. Maintenant,

ajouta-t-elle en s'adressant à Gabriel, raconte-nous comment vous avez trouvé ce malheureux. | — Nous étions partis depuis une demi-heure, quand nous

entendimes, à peu de distance, un bruit de pas. Ignorant à qui

nous avions affaire, nous armâmes nos fusils, en nous jetant au milieu d’un épais fourré. Au bout d’un instant, nous vimes

ce jeune homme s'approcher en chancelant; puis il s'arrêta

tout à coup, leva les bras vers le ciel en poussant un gémissement, et tomba comme une massé. Nous courûmes vers lui afin de lui porter secours, mais il n’avait aucune blessure. Alors nous avons cassé des branches d’arbres pour en former un brancard, afin de transporter ici ce pauvre jeune homme.

— Vous avez bien fait, mes enfants, dit doucement Mne Dufour : au désert comme ailleurs on doit aide et protection à son prochain.

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Après une heure d'un profond sommeil, le jeune homme, qui n'était autre que Louis de Vorcel, rouvrit les yeux pour ls neconde fois; mais bien que sa faiblesse füt extreme, son regard Kalt assuré.

— Merci, dit-il en tendant les mains à Joseph Dufour et à sa femme; vous m' aves sauvé!

— No parlez pas, dit M" Dufour. Vous allez prendre quelques aliments, et demain nous causerons.

Des mets furent placés sur le lit où l’on avait couché Louis. Il les dévora avec avidité.

Ce repas terminé, une légère rougeur couvrit ses joues et I. poussa un soupir de bien-être en se renversant et fermant les yeux.

— Il va dormir jusqu’à demain, dit M= Dufour. Retironsnous afin de le laisser reposer.

La famille sortit de la tente et s'installa devant une table où était servi le diner. N

Lorsque les étoiles marquérent dix heures, tous dormaient dans le camp, sauf deux serviteurs placés en sentinelles.

La nuit s’écoula sans incident, et quand l’aube raya l’horizon. d’une ligne blanchätre, chacun se leva et bientôt le camp fut en rumeur.

Soudain, la toile qui fermait entre d'une tente fut soulevée, et Louis de Vorcel parut, promenant autour de lui un regard étonné.

Le jeune Charles s’avarnça vivement en souriant, lui tendant. la main.

— Eh bien, monsieur, lui dit-il, comment vous sentez-vous ?

— Mais... assez bien, répondit Louis en serrant la main du jeune homme. |

— Tiens! s’écria joyeusement Joseph Dufour, voilà notre: malade qui se promène. Puisqu'il en est ainsi, nous allons. déjeuner ; ensuite, vous nous direz ce qui vous est arrivé.

LA PANILLS DUPOUR \ 441 Une table fut immédiatement dressée, ot M= Dufour servit du café noir et quelques fruits.

Ce frugal repas achevé, Joseph Dufour se renversa sur sa

— Jo vous écoute, dit-il à Louis, à moins que vous ne preis · rien garder le silence; dans ce cas, dites-nous simplement ce que nous pouvons faire pour vous.

— Monsieur, dit lentement Louis, si je n’avais pas affaire à des compatriotes, peut-être hésiterais-je à vous raconter ce qui m'est arrivé, car je cours en ce moment un grand danger.

— Vraiment !

— Vous allez en juger. D'abord, permettez-moi de me faire

connaître : je suis le fils du colonel de Vorcel, ami personnel

du marquis de Montcalm, général en chef de l’armée française au Canada.

Joseph Dufour se leva et s’inclina en disant :

— Monsieur, le fils du brave officier sous les ordres duquel j'ai eu l’honneur de me battre a droit à tous nos égards.

— Je vous remercie, monsieur, pour mon père et pour moi, répondit Louis avec émotion. Maintenant, ajouta-t-il, écoutez-moi.

Il raconta ce qui lui était arrivé depuis que sa mère avait été massacrée par Niocébah. Quand il expliqua comment il avait échappé aux bandits, les quatre frères battirent des mains en riant comme des fous.

— Ma fel! s’écria l’espiègle Charles, c’était bien joué !

— Oui, dit Louis avec un sourire mélancolique, mais cette

fuite n’était que le prélude d’horribles souffrances.

— Pauvre enfant! murmura Mu Dufour.

— Grâce au courant, reprit Louis, je m’éloignai assez rapidement pour ne pas craindre d’être poursuivi. D'ailleurs, les balles des bandits, en sifflant autour de moi, décuplèrent mes forces et mon énergie. Je suivis la rivière pendant plusieurs heures; mais bientôt la faim me décida à aborder. Hélas! sans armes, que pouvais-je faire? Pourtant, je résalus de lutter

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