‹ Le chef des Hurons [microforme]Chapitre 18 sur 22 · LA CHASSE AUX BANDITS · texte numérisé non relu

LA CHASSE AUX BANDITS

— Si vous faites cela, les coureurs des bois vous béniront, car ils pourront au moins exercer leur métier en toute sécurité, sans craindre de se voir dépouiller du fruit de leur labeur, comme ce n'est que trop fréquent. Il est vrai que, lorsqu'ils en attrapent un, ils en font bonne et prompte justice, mais cela arrive rarement : les pirates ne marchent généralement qu’en troupes nombreuses, tandis que les chasseurs vivent isolément.

— Ami Sans-Peur, dit M. de Vorcel, je vous promets de mettre bon ordre à cet état de choses.

— D'autant plus que les braves gens qui vous accompagnent ne demanderont pas mieux, car, en leur qualité de chasseurs, ils ont tous quelque injure à venger.

Et, tout joyeux, Sans-Peur alla serrer la main aux chasseurs de l’escorte, qui, tous, étaient ses amis.

Quand ces braves gens apprirent la résolution du colonel, ils trepignèrent de joie.

Enfin ! ils allaient donc pouvoir exterminer une partie de ces voleurs qui, depuis si longtemps, les dépouillaient du produit de leurs chasses !

Cette perspective les rendit d’une gaieté folle. Ils riaient et chantaient, tout en sellant leurs chevaux et visitant leurs armes.

Une heure plus tard, la troupe se mettait en route, au galop de chasse, afin de ne pas trop fatiguer les chevaux.

Vers midi, on fit halte au pied d’une colline. En quelques minutes, le campement fut installé, et des quartiers de venaison

grillerent bientôt devant d'immenses brasiers.

Les chevaux, débridés, mangeaient à pleine bouche l’herbe de la plaine, dans laquelle ils disparaissaient jusqu’au poitrail. Lorsque bete, et gens furent rassasiés et reposés, le colonel donna l’ordre du départ. | Les chasseurs remirent la bride à leurs coursiers et sautèrent en selle.

Cette fois, l'allure fut plus vive que le matin. À mesure que l’on avançait, M. de Vorcel sentait grandir

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son impatience. S’11 n'eût écouté que son cœur, il se fût élancé à fond de train, tant il avait hâte de revoir son fils.

Sans-Peur se tenait près de lui, silencieux et insouciant.

Les chasseurs plaisantaient entre eux, supputant le nombre de bandits qu'ils extermineralent avant de retourner à Québec.

Quant à Taréas, grave et digne, Il galopait sur les flancs de la troupe. Enfant du désert, il n'acceptait que forcèment cette allure si peu en rapport aveo ses habitudes, car les Indiens ne connaissent que le galop vertigineux de leurs chevaux à demi sauvages. Vers quatre heures de l'après-midi, on aperçut au loln la rivière des Cèdres, semblable à un immense ruban d'argent.

Sans-Peur, qui guidait la troupe, fit un brusque crochet à gauche.

Nous aprrochons ? lui demanda le colonel.

— Dans une heure, nous serons arrivés.

— Ah! mon ami, quelle reconnaissance je vous devrai !

— Vous exagérez le service.

— En ce moment, je ne vois que le dévouement dont vous et Taréas avez fait preuve en cette circonstance.

— C’est pourtant bien peu de chose, je vous assure.

— Vous appelez peu de chose, battre le désert pour retrouver mon fils, au risque d’être tués ou scalpés!

— Etre tué ne me semble pas une grande affaire, car on ne meurt qu’une fois; mais être scalpé, je vous avoue que cela me serait très désagréable. D'autant plus que les Peaux-Rouges ont parfois la fantaisie de prendre les chevelures de leurs prisonniers avant de les mettre à mort, et cela afin de leur prouver avec queile dextérité ils font une coupe de cheveux.

Le colonel frissonna.

— C’est horrible! s’écria-t-il.

— Bah! il faut bien se faire aux coutumes des pays que Ton habite.

— Ces Indiens sont vraiment trop féroces!

LA CHASSB AUS BANDITS — Plus bas. Taréas pourrait vous entendre.

a. — Le chef est un brave cœur!

ombre — Oui, mais il est Huron, c'est-à-dire Indien, et comme tel uébec. il lui déplairait fort d'entendre médire d’une coutume qui lui cs de | est chère et qui u orné sa hutte de nombreux trophées attestant ment N sa valeur. g ar les Le colonel allait reponere, quand Sans-Peur lui pos la main leurs sur le bras en arrétant son cheval.

midi, — Qu'avez-vous donc? lui demanda M. de Vorool.

à un — Ecoutez, ht le chasseur en se penchant en avant.

5 Les chasseurs avaient fait halte,

het à — Tonnerre! hurla Sans-Peur, on attaque la ferme !

Puis, se tournant vers la troupe, il cria d’une voix tonnante : — Camarades, sus aux bandits !

Et il partit comme un trait, suivi du colonel et des chasseurs. 1 Les chevaux, stimulés par leurs cavaliers, volèrent dans l’espace. Ils allaient, tourbillon vivant, franchissant les ravins, vous traversant les fourrés, posant à peine sur le sol leurs fins sabots. Bientôt leur galop furieux se changea en une sorte de vertige. On entendait distinctement des coup de feu crépiter au loin.

duver — En avant! en avant ! hurlait Sans-Peur. Et les chevaux volaient toujours.

kiss Au détour d’un bois, on aperçut, à un kilomètre à peine, cela une quarantaine de bandits qui, massés à cent mètres de la uges ferme, exécutaient un feu terrible.

per Le bruit des coups de fusil les empecha d’entendre le galop uver des chevaux, qui arrivaient sur eux comme un ouragan.

Sans ralentir leur allure, les chasseurs, en tête desquels

.se tenaient le colonel, Sans-Peur et Taréas, passèrent sur les

assaillants comme une avalanche; puis, se retournant, ils se

1 deployèrent en éventail, firent un feu de salve et les chargèrent à coups de crosse de fusil.

Les bandits, surpris à P'improviste par cette foudroyante

attaque, tentèrent de fuir; mais le cercle qui les entourait se

resserra de plus en plus

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Alors, espérant ſfechir leurs ennemis, ceux qui restaient debout, une dizaine au plus, jetérent leurs armes en signe de soumission.

— ces misérables ! ordonna le colonel.

Les chasseurs sautèrent à terre et exécutèrent en un clin d'œil l’ordre de leur chef.

La porte de la ferme s’ouvrit alors, le pont-levis fut abaissé, et Louis accourut au-devant de son père, qui le reçut dans ses bras, le pressant convulsivement contre sa poitrine.

Soudain, le colonel palit.

— Tu es blessé s’écria-t-il, en remarquant du sang sur le front de son fils.

— Ce n'est rien... Une balle m'a égratigné en passant.

— Tu te battais donc aussi?

— Pouvais-je me cacher pendant que ces braves gens se battaient pour moi 7

— Bien, mon fils, bien, dit le colonel en serrant la main du jeune homme ; je suis content de toi.

Joseph Dufour, qui avait voulu laisser M. de Vorcel se livrer sans contrainte i l’élan de sa joie, s’avança alors avec sa famille.

Le colonel, qui avait appris par Sans-Peur ce qu'il devait à des braves gens, leur tendit vivement la main.

— Merci, leur dit-il. Je sais tout ce que vous avez fait pour mon fils.

— Mon colonel, dit de fermier, je regrette presque que Sans-Peur soit venu ici, car nous aimons beaucoup M. Louis, et nous eussions été heureux de le garder avec nous.

La naïveté de cette déclaration fit sourire M. de Vorcel ; mais elle prouvait tant de bonté et de tendresse pour son fils, qu’il en fat touché profondément.

— Soyes persuadé que je n’oublierai jamais votre devouement, dit-il en souriant.

Les chasseurs avaient déjà reconau leur ancien eompagnon d'armes ; aussi lui firent-ils une véritable ovation.

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