‹ Le chef des porte-plume, roman de la vie coloniale [par] Robert Randau, pseudChapitre 14 sur 17 · I.1-: CHniF DES i>oK! i:-pi iME · texte numérisé non relu

I.1-: CHniF DES i>oK! i:-pi iME

noirs, volej* pour un des leurs : unpossible I Ils se détestent entre eux ! Pé^rillard, vous dis- je, il n'y a que Pégrillard I

Et, comme Mouchet, M"^^ Laliouet au bras, s'approcha d'eux, il eut une grimace lubrique et souffla à Toreille de Ledolmer :

— Vous savez, il l'a dans la peau !

Cependant, nombre de personnes qui venaient saluer Ledolmer s'arrêtaient et saluaient Mouchet et M"^- Lahouet ; celle-ci se montrait gracieuse ; elle réserva même un accueil cordial à Balatte aux aguets des conversations ; Mouchet, de la meilleure humeur, imagina de telles plaisanteries que M"^- Pisistrate, en s'esclafîant, rompit, comme elle l'avoua, son corset et ses jarretelles. Le docteur Vachet et Gazeaut qui avaient, au café, combiné un mélange de vin de kola, de café et d'anisette avec du cassis-cognac, s'adjoignirent au couple, et, caressés par M^^^ Lahouet, entreprirent une série de calembours, d'à-peu-près et d'équivoques qui donnèrent à la causerie le tour plus que libre dont ils raffolaient. Ledolmer complimenta Mouchet de sa gaieté : Allons, ne soyez pas ours, on ne vous voit jamais au palais! >). Et Mï»e Gazeaut fit chorus avec lui. Son mari, en l'apercevant, se souvint qu'il avait une commission pour elle : « Attends donc ; voilà ; il est arrivé un colis postal pour toi à la douane ; je ne sais pas ce qu'il y a dedans ; je n'ai pas la facture ; faudrait que tu me la donnes pour le règlement et les droits de douane. »

— Bon 1 bon ! j'y songerai, dit- elle, avec un geste d'impatience, car elle ne se souciait point que sou (Conjoint connût l'énormité de ses dépenses. Et elle ajouta : « .J'ai mon manteau ; je rentre au bercail. Adieu, tous ! Pas besoin qu'on m'accompagne ! A la revoyure I >. Elle s'éclipsa par une porte latérale.

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Ledolnter et les Tol)ie se relircreiit de la jnêmc façon.

— Les gens s'en vont, dit Mouchet : nous n'avons ]ilus le temps d'avoir de l'espriL

— Oh 1 pardon, fit M"^'^ Lahouet, je ne tiens pas quittes Vachet et Gazeant : il faut que nous goûtions le produit de leurs récentes veilles ; ils ont, paraît-il, imaginé, une boisson dont les petites dames des bars à jardins et à tonnelles closes raffolent.

— En effet, dit Mouchet, ces messieurs doivent nous mettre à même d'apprécier leurs talents.

— Ecoutez, dit le docteur, bien qu'il soit à peine cinq lieures du matin, et que cette boisson ne puisse congrument se prendre qu'à deux heures du matin, le n'hésiterai pas à vous la préparer. lUHournons au café.

— C'est ça.

— Faut-il que je voii^ onh^ p(»iir manquer ainsi à l'élégance des heures î

-- Je vous en sais gré, mon peLil, vous êtes un frère I Dix minutes plus tard, la compagnie contemplait Vachet et son ami qui brassaient de bizarres liqueurs dans des gobelets ; le gros lîôtelier, bouffi d'importance, mesurait, les sourcils froncés derrière ses lorgnons, avec une iattention scrupuleuse, des doses de bistrouille ; un boy râpait de la cannelle ; un autre pilait de la glace : <• Voici qui est à point î » s'écria enfin le docteur. 11 brandit une haute éprouvette pleine d un mélange noirâtre sommé d'une écume bleu de ciel. Le cafetier, dont le palais était infaillible, fit l'essai de la boisson ; ses traits se contractèrent un instant : puis son visage se rasséréna : il pontifia : <( C'est partait ! Mais c'est d'un raide ! » Et il sourit, parce que Mouchet commandait du Champagne de haut prix. Il fut impossible aux dames d'absorber plus de trois

gorgées de la mixture des deux compères ; ceux-ci y firent grand honneur : ce n'étaient point leurs premières libations de la journée et ils tinrent des propos singulièrement sentencieux. Soudain, le docteur se rappela que son ami Pégrillard possédait un whisky irlandais d'une marque spéciale et manifesta le désir de lui dire deux mots sans délai ; Gazeaut, de son côté, était liante par le souvenir du colis postal en souffrance à la douane et s'inquiéta de sa femme ;

— Faut que je r'trouve ma petite Vovonne ! Où diable peut-elle être ?

— Il me semble, dit l'hôtelier, qu'elle est chez elle.

— Eh ben, partons aussi ; faut que Vovonne me donne sa facture, parce que, tu sais, mon gros, si j'ai pas la facture, on ne m.e donnera pas le colis.

Au grand air, Vachet persista dans sa résolution de se rendre chez Pégrillard.

— Ce serait pas convenable, dit Gazeaut,. s'il i)ionçait ; mais vois, mon gros, y a d'ia lumière chez lui, à l'étage, donc y pionce pas !

— P'têt qu'il boit tout seul, observa Vachet.

— Tu crois ? Alors, faut l'punir. Donnons assaut à la baraque.

— Ce n'est pas utile, dit Mouchet ; j'a|3erçois une échelle oubliée par les maçons près du mur. Il n'y a qu'à la dresser sans bruit et à entrer chez notre avocat par la véranda de l'étage.

11 fallut peu d'instants aux noctambules pour accomplir l'escalade; à pas de loup, ils traversèrent en biais la véranda; brusquement, Vachet ouvrit la portefenêtre de la chambre à coucher. Un double liurlement accueillit l'invasion. L'niquemenî vêtue de bas grisperle roulés, M"^*' Gazeaut, qui se prélassait sur les genoux de Pégrillard, jurait à perdre haleine.

- Oh î s'écria M^^^ Laliouel ; excusez- moi ; vous étiez occupés ! C'est é^al, messieurs, je bats en retraite, je ne veux pas être compromise dans cette sotte affaire I

Cependant, Pégrillard, rageur, prononçait des paroles excessives et traitait Gazeaut de maquereau. L'autre, plus qu'à demi-ivre, restait très digne ; il se tournait vers Vachet et lui disait :

- - Ben, mon vieux, je comprends maintenant pourquoi tu perdais toujours quand tu jouais avex* moi 1 Pas la peine de vous mettre en colère, bouffi, et de me répéter de foutre le camp, parce que vous me faites l'honneur de f... ma femme. Je suis chez moi partout où ma femme est chez elle ; je suis donc ici chez moi. Et maintenant, comme je ne vous l'ai ni vendue, ni cédée, je ne suis point maquereau ; sans ça j'aurais frappé à la porte, croyez-le ; il me suffît amplement d'être cocu. Je ne porterai plus que des chapeaux hauts de forme.

Et, ce disant, hilare et pantalonnant, il se regardait dans la glace. Il conclut ainsi ses propos :

- Nous divorcerons bien gentiment ; tu t'embarqueras tout de suite pour la France, mère Gazeaut ; notre petite affaire s'arrangera sans potin ; il y a longtemps que ta présence à Keurdoul me produit l'effet d'un suppositoire !

Mari et femme échangèrent ensuite maintes poissarderies, dans le dialecte montmartrois le plus pur ; et ils se soulageaient ainsi du trop-plein de leur émotion première.

Le surlendemain, Ledolmer prenait le paquebot à destination de Bordeaux.

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