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torrides... Par suite du déboisement à outrance, l'air est complètement desséché... Le petit colon ne peut supporter un pareil climat... ; il n'échappera pas à la fièvre » (1). Et de même, M. V. Bérard exprime pareille crainte pour la Mésopotamie : a Sous ce climat tropical, écrit-il, sur cette terre de vase, il ne saurait être question de colons allemands » (1). On prétend bien que lorsque la plaine aura été irriguée, les travaux d'assèchement terminés, les marais pestilentiels disparus, les montagnes reboisées, le climat changera, deviendra plus sain et facilement supportable par les Européens ; mais cela exige encore de longues années, et d'ici-là, des centaines de colons ont ie temps de périr sous l'étreinte épuisante de la fièvre.
En résumé donc, au point de vue physique, la colonisation est très délicate.
L'enthousiasme germanique ne tendra-t-il pas d'ailleurs à tomber, en présence également des tracasseries administratives auxquelles vont se trou ver en butte les premiers colons ? Von der Goltz a beau s'écrier : « Personne plus que le sultan Abd-ul-Hamid II ne désire l'établissement de colons européens et surtout allemands », la grande majorité des auteurs sont d'avis pour reconnaître qu'au point de vue politique, la colonisation ne se poursuivra pas sans entraîner de sérieux conflits :
(1) Revue de Géographie, juin 1902, p. 485 (Rapporté par M. André Brisse).
(?) Ouvrage cité, p. 432.
« Il y a sans doute en Anatolie suffisamment de place pour des centaines de mille d'agriculteurs, écrit M. P. Linderberg en 1901, mais on ne peut songer à créer une colonisation allemande, ni grande, ni petite. Abstraction faite de l'extrême méfiance que provoquerait cette mesure chez d'autres nations, la Turquie elle-même ne permettrait pas l'établissement d'un Etat dans l'Etat qui, rattaché fidèlement à la mère-patrie, ne lui procurerait ultérieurement que des embarras politiques et des difficultés locales inévitables. La colonisation est irréalisable au point de vue politique ». Cette opinion se trouve exprimée la même année par les Berliner Nenesse Nachrichten, sous la signature de M. Hermann : (( Le gouvernement ottoman, écrit-il, ne favoriserait jamais une émigration, même allemande, multiplierait les conflits administratifs et les ferait traîner en longueur ; pendant ce temps, les colons épuiseraient leurs ressources. Ils feraient, en somme, une très mauvaise affaire ». Et encore le docteur During-Pacha signale (( l 'impossibilité de la petite colonisation ». Quant à l'impossibilité de la grande, elle repose, dit-il, (( sur des raisons d'ordre psychologique : 1° le gouvernement ne s'y prêtera jamais ; 2° le Turc ne souhaite nullement de voir la civilisation de l'Occident s'introduire chez lui, il la considère plutôt comme un malheur... La colonisation en grand par des Européens aboutirait à un asservissement moral et matériel des indigènes, à l'accaparement des meilleurs terains exploitables. Or.
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l'Anatolie est considérée par les Musulmans comme leur dernier asile, leur suprême réserve... Il y aurait conflit perpétuel. » (1)
De l'impossibilité politique, découle naturellement l'impossibilité économique de la colonisation. J'entends par là les difficultés que rencontreraient les Allemands pour l'acquisition des terrains qu'ils voudraient exploiter. Le défaut de police rurale, le manque de protection du pays, l'organisation défectueuse de l'impôt foncier, l'absence de législation immobilière sont autant d'obstacles qui empêchent les étrangers de devenir propriétaires de domaines agricoles. Ces inconvénients avaient été signalés par le Dr During-Pacha, que nous avons cité plus liant : « Les conditions de la propriété foncière en Turquie sont si étranges, écrit il, si embrouillées, si différentes des nôtres, qu'elles constitueraient des obstacles insurmontables à l'acquisition des terrains par les grandes Sociétés. La notion du représentant juridique n'existe pas en Turquie ; l 'acquisition ne peut être qu'individuelle. Pour la rendre collective, on devrait entreprendre des pourparlers interminables... » (2). , g . ] Ie
Si nous voulons résumer les quelques considérations que nous venons de présenter au sujet de
(1) Toutes ces citations sont rapportées par M. André I > ri ssc « Les Intérêts de l'Allemagne dans L'Empire ottoman », Revue de Géographie, juin 1902, p. 480 et 487.
(2) Cité par A. Brisse. Revue de Géographie, juin 1902, p. 480.
la colonisation de la Turquie d'Asie, nous dirons : bien qu'ils ne le proclament pas officiellement, les Allemands pénètrent en Asie-Mineure par le rail avec l'idée bien arrêtée d'ouvrir une nouvelle voie au Drang germanique. Pour le moment, peut-être ils ne songent pas à la colonisation immédiate, car ils se rendent compte des difficultés qu'il leur faudrait vaincre ! Mais plus tard, lorsqu'ils auront pris possession du pays au point de vue industriel, profitant d'un moment où la Turquie sera dans une situation précaire, soit au point de* vue politique, soit au point de vue financier, ils chercheront certainement à accaparer l'agriculture comme ils auront accaparé le commerce et l'industrie, à moins qu'une puissance étrangère intéressée ne s'oppose à leur conquête économique.
Quoi qu'il en soit, s'ils ne peuvent cultiver le pays eux-mêmes, ils seconderont les indigènes afin de les pousser au travail, pour faire marcher de pair et l'exploitation industrielle et l'exploitation agricole de la Turquie d'Asie. Le succès de l'une, comme la renaissance de l'autre est la condition sine qua non de la prospérité du Bagdadbahn, comme la construction du Bagdad est indispensable pour que la régénération économique de ces contrées puisse se produire.
Et maintenant que nous avons vu quelles espérances il était permis de fonder sur la richesse du sol et du sous-sol de la Turquie d'Asie, maintenant que nous savons que du jour où il existera une voie de communication rapide et commode, le commerce
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se développera certainement dans ces contrées, que du jour où l'on pourra exporter à peu de frais les produits obtenus, l'industrie naîtra et l'agriculture se réveillera, ne pouvons-nous porter un jugement d'ensemble sur le succès, au point de vue financier, du Chemin de fer de Bagdad ? C'est ce que nous allons essayer de faire dans les quelques lignes qui suivent.