CITA P. TT. LA TOLTTTQIJE FRANÇAISE 3 H
mieux valait, plutôt que de faire une opposition systématique qui n'aurait abouti à rien, les aider dans leur projet, afin qu'ils nous réservent une part et que par notre présence, nous fassions perdre à l'entreprise son caractère exclusivement germa nique pour lui donner un caractère international.
C'est en s 'appuyant sur un pareil raisonnement que certains auteurs, notamment M. Robert de Caix, engageaient nos capitaux à aller alimenter l'entreprise allemande. Si M. Constans a agi dans ce but, nous ne craignons pas d'affirmer qu'il a fait fausse route. En discutant, en effet, l'opinion de M. Robert de Caix, nous avons montré qu'au moment de la concession, comme aujourd'hui, les Allemands ne pouvaient se passer de notre marché financier et que nous tenions encore la clef de l'entreprise (1). Et nous avons vu également que la présence de capitaux français dans l'œuvre allmande ne serait pas suffisante pour lui faire perdre son véritable caractère et que l'Allemagne entendait travailler exclusivement pour elle et ses nationaux.
Envisagée sous cet aspect, la politique de M. Constans aurait été maladroite et notre ambassadeur n'aurait certes pas été récompensé de sa sollicitude et de son dévouement aux projets de la Deutsche Bank.
Troisième explication. — M. Constans a trouvé,
(1) Voir p 297 de la thèse.
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clans sa collaboration avec les Allemands, un moyen de résister aux empiétements des Russes orthodoxes, adversaires des catholiques français. Et M. Chéradame cite un discours que notre ambassadeur prononça à la fin de 1901, dans lequel il déclarait que « les agissements des schisma tiques, des Russes, avant tout, sont pour nous bien plus dangereux », qu' (( ils travaillent à annihiler entièrement notre primauté. » (1)
Quoi ! les Russes orthodoxes sont dangereux pour le protectorat français en Orient, et c'est pour le sauvegarder que M. Constans voudrait s'appuyer sur l'Allemagne et aider sa pénétration en Turquie d'Asie ! C'est non seulement croire à une pure chimère, mais encore favoriser le développement, accroître la puissance de l'ennemi, qui rêve précisément de nous prendre notre place et d'acquérir pour lui ce protectorat que nous détenons depuis plusieurs siècles ! L'Allemagne sera une excellente défense de nos intérêts religieux contre les Russes ? mais il suffit, pour être convaincu du secours que nous trouverons en elle, de relire et de méditer les articles de la Wolkszeintung et de la Germania, de nous rappeler le voyage, tout récent alors, de Guillaume II à Jérusalem .! (2)
Si M. Constans a considéré la pénétration allemande comme un moyen de sauver notre proteètoral d'un danger inexistant, il ne s'est pas aperçu
(lj André Chéradame. Ouvrage cité, p.
(2) Voir p. 279 de la thèée.
qu'il favorisait un adversaire bien plus redou table.
Quatrième explication. — En ne se préoccupant pas, dans cette question de Bagdad, des intérêts russes, M. Constans a voulu par là « relever le prestige de la République amoindrie par la place trop humble qu'elle occupe dans son alliance avec la Russie. » (1)
Inspirée par un pareil motif, l'attitude de notre ambassadeur à Constantinople aurait été doublement maladroite :
1" Si l'on voulait montrer aux Russes que, malgré son alliance, la France était libre d'avoir une attitude entièrement indépendante, il fallait choisir une autre occasion. Le Chemin de fer de Bagdad était une entreprise pleine de conséquences graves pour la Russie. En aidant sa réalisation, M. Constans fortifiait par là-même la puissance militaire de la Turquie, la plus grande ennemie de l'empire des Tsars. C'était donc blesser nos alliés sur une question qui leur tenait particulièrement à cœur et cela ne pouvait que nuire à l'amitié franco-russe.
2° Cette occasion, mal choisie aux yeux de la Russie, était encore plus déplorable en ce qui concerne les intérêts français. Comment ! Pour relever le prestige de la République, M. Constans aide l'Allemagne à s'installer définitivement en Turquie d'Asie où précisément, depuis plus de trente
(1) André Chéraclsme. Ouvrage cité, p. 323.
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ans, elle menace notre influence, elle prend pied à notre détriment ! Comment ! pour relever le prestige de la France, M. Constans laisse mettre aux mains des Turcs une arme dirigée contre la Russie, arme qui, en cas de conflit international, obligera notre alliée à concenter des troupes plus nombreuses sur la frontière du Caucase au détriment de la frontière de Pologne !
De ces quatre explications de l'attitude de M. Constans, quelle est celle qui doit être admise ? On ne le sait au juste. Peut-être toutes ont-elles contribué plus ou moins à lui dicter ses démarches en faveur de l'Allemagne, peut-être, au contraire, a-t-il agi inspiré par des raisons que nous ignorons. Mais quel que soit le motif de cette politique, il n'en reste pas moins établi que notre diplomatie et notre Gouvernement ont secondé auprès du Sultan les intrigues allemandes.
On se demande encore aujourd'hui quel était le but secret que poursuivait M. Delcassé en couvrant de son silence les projets de M. Rouvier et en approuvant le rôle de notre diplomatie à Constantinople, en laissant pendant trois années consécutives (1899-1902) notre représentant en Turquie soutenir ouvertement les projets allemands, M. Delcassé pratiquait une politique qui devait fatalement avoir des répercussions à l'étranger et surtout chez les puissances intéressées au Bagdad comme la Russie.
CHAP. TT. — LA politique fbançaise 323 Section II