LA QUESTION DU BAGUAI) DEPUIS LIRA DÉ DE 1902 A L'ENTREVUE DE POTSDAM
Section I. — Le chemin de fer de Bagdad el la politique allemande en Turquie depuis l'iradé île 1902 aux conventions de 1908. — Les progrès des allemands'en Turquie depuis 1902 ; a leur apparition commerciale à Bagdad et à Rassurai) ; h) l'évadé «*e 1907.
Section II. — Les conventions de 1908. — I. La convention du 23 décembre 1907. — L'augmentation du capital de la Société. — II. La convention du 25 mai 1908; a) concessions nouvelles ; h) emprunts nouveaux ; c) la garantie kilométrique. — III. Critique de ces conventions.
Section III. — La situation allemande en Turquie après lu Révolution Jeu ne-Turque. — 1. Les premières dispositions du nouveau régime. — IL L'habileté allemande. — III. L'affaire de l'emprunt turc. — IV. Conservation de l'influence allemande en Turquie
La période qui s'écoule de la concession du Bagdad aux Allemands (8-21 janvier 1902) à l 'entrevue de Potsdam (4 novembre 1910) est marquée par deux faits importants. L'un intéresse directement le Bag'dadbalm, l 'autre concerne la politique turque ; ce sont :
1° Les conventions de juin 1908 ;
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2° La Révolution Jeune-Turque, qui éclate quelques jours à peine après la signature de ces Conventions.
Ainsi donc, l'étude du Chemin de fer de Bagdad et de la politique allemande en Turquie jusqu'à la rencontre des deux Empereurs peut se diviser eu trois périodes, dont les faits saillants que nous venons de signaler formeront les divisions :
1° De Piradé de janvier 190:2 aux Conventions de juin 1908 ;
L)n Les Conventions de juin 1908 ;
3° Depuis la Révolution de juillet 1908 jusqu'au 1 novembre 1910.
Section Première
LE CHEMIN DE FER DE BAGDAD ET LA POLITIQUE ALLEMANDE EN TÛHQUiE DEPUIS LIHADÉ DE 1902 AUX CONVENTIONS DE 1908
La concession du Bagdadbahn à la Société d'Anatolie était le couronnement de la politique que la diplomatie allemande et l'Empereur avaient pratiquée vis-à-vis du Sultan depuis 1870. Les paroles flatteuses de Guillaume II, ses voyages à un souverain que les autres nations affectai eut de tenir à l'écart, les amabilités de la Wilàemstrasse et de son représentant à Constantinople ax aient séduit Abdul-ïïamid et, connue remerciements, il avait, su perbe cadeau ! accordé à ses amis d'Allemagne la construction d'une voie ferrée du Bosphore au Golfe !
En possession de l'iradé, les Allemands se mi-
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vont aussitôt à l'œuvre. Les offres de collaboration financière faites à l'Angleterre et à la France ayant été repoussées, le Société Impériale du Chemin de fer de Bagdad commença, avec ses seules ressources, la construction de la première section Koniah- Boulgourlou dès la fin de l'aniieé 1902. Cette section fut construite en deux ans, et nous avons déjà vu au milieu de que] enthousiasme eut lieu l'inauguration, le 25 octobre 1904, sous la présidence de Turkan-Pacha.
Mais malheureusement pour eux, les fonds manquèrent aux Allemands et ils ne purent pousser plus avant leurs rails vers Bagdad ! A Boulgourlou, ils se heurtaient au massif du Taurus et, pour le franchir, il fallait qu'ils aient à leur disposition des sommes considérables. L'inaction à laquelle ils se trouvaient condamnés faute de capitaux ne les empêcha pas cependant de continuer leur politi que d'accaparement et de mainmise économique sur la Turquie d'Asie. Chaque année, un fait nouveau se produira, accentuant toujours la pénétration allemande en Asie, tantôt au préjudice de la France, tantôt au détriment de l 'Angleterre.
Jusqu'en 1903, le commerce anglais n'avait pour ainsi dire aucun concurrent dans la région de Bagdad. A cette époque, les produits russes apparaissent, mais en 1905, les Allemands arrivent, et les navires de la Hamburg-'A mérika viennent débarquer sur les rivages du Golfe les marchandises d 'outre-Rhin, que des embarcations plus légères transportent jusqu'aux quais de Bagdad. Et tout
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de suite, le commerce allemand prend dans ce pays une extension remarquable, diminuant d'autant les importations anglaises et ruinant le commerce russe à peine naissant. Ainsi, avant même que le rail n'ait atteint Bagdad, les Allemands font dans la capitale de Mésopotamie une entrée commerciale, annonçant en quelque sorte la prochain venue de leurs locomotives.
Leurs produits amenés sur le marché de Bagdad, les Allemands ne devaient pas tarder à s'introduire dans le commerce de Bassorah. L'année suivante, en effet, en 1906, la Compagnie de navigation Mamburg-Amerika crée une agence dans le port de Bassorah et, de septembre en décembre, quatre vapeurs allemands y débarquent 2.700.000 francs de marchandises (1). Dès le début, l'Allemagne s'affirmait donc en Mésopotamie comme une concurrente commerciale redoutable pour l'Angleterre et, en 1907, le commerce allemand représentait dans le port de Bassorah 70 0/0 environ du commerce total. (( En même temps, des agents allemands préparaient 'l'irrigation de la vallée du Karoum. » (2)
L'année 1906 marque un double succès pour l'inflence germanique en Asie-Mineure.
(1) Victor Bérard. Le Sullan, l'Islam e1 les Puissances, p. 399.
(2) Pourquoi l'Angleterre tient au tronçon Bagdad- (jrolfe Persique. Tour du Monde, n° 23 du 10 juin 1911, |) 180,
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1° Sur les instances de M. C on s tans, la Deutsche Bank rachète, en juillet, la majorité des actions de la ligne Mersina-Adana, lui enlevant son caractère français ;
2° La Compagnie d'Anatolie étend son contrôle sur le réseau Smyrne-Cassaba-Kara-Hissar.
Donc, si en 19051906, les Allemands ne purent, faute d'argent, poursuivre la construction de leur Bagdadbahn, ils ne pratiquèrent pas cependant en Turquie d'Asie, durant ces deux années, la politique du temps perdu et ils surent travailler au développement de leur influence, que le rail raffermirait lorsqu'ils se seraient procuré les capitaux indispensables. Ils prirent leurs précautions pour s'assurer le monopole des diverses industries qui surgiront une fois le pays doté d'une voie de communication rapide et commode. C'est ainsi que la Deutsche Bank obtint un droit de priorité pour l'exploitation éventuelle des gisements de pétrole qui paraissent si abondants dans la région d'Erbil et de Kenkout.
Les Allemands prévoient la renaissance agricole du pays, grâce au rail, et « en septembre 1907, un évadé concédait à la Compagnie des Chemins de fer d'Anatolie et à la Société Holtzmann d'importants travaux d'irrigation destinés à mettre en valeur la région de Koniafo et évalués à 20 millions. » (1) La mise en culture de cette région
(li Revue, article cité, 1er mars 19&9, pi. 20.
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allait créer un essor économique considérable dont bénéficierait le réseau ferré d'Anatolie.
L'affirmation par nous émise, à savoir que depuis 1903, chaque année nous permettrait de constater les progrès incessants des Allemands en Turquie d'Asie, se trouve ainsi pleinement jus tifiée. En 1004, achèvement de la section Koniah- Boulgourlou ; en 1905, apparition des Allemands à Bagdad ; en 1906, création d'une agence de la Bambiirg-Jimerika a Bassorah et rachat de la ligne française Mersina-Adana ; en 1907, travaux d'irrigation concédés à la Société d'Anatolie et droit de priorité sur les gisements pétrolifères de Mésopotamie octroyé à la Deutsche Bank.
Mais en 1908, l'habileté allemande allait chercher un moyen pour améliorer la situation financière de la Société Impériale et reprendre ainsi, si possible, les travaux abandonnés du Bagdad. Sur les instances du baron Mars'chall von Bieberstein, ambassadeur d'Allemagne auprès du Sultan, Abd-ul-Hamid signait deux conventions qui devaient permettre à la Deutsche Bank de trouver des ressources pécuniaires pour la construction de nouvelles sections du Bagdad.
Section II