‹ Le chemin de fer de Bagdad (volume 2)Chapitre 51 sur 67 · U)<S IV PARTIE. — L'ENTREVUE DE POTSDAM · texte numérisé non relu

U)<S IV PARTIE. — L'ENTREVUE DE POTSDAM

Saint-Pétersbourg, au printemps prochain, pour leur donner une heureuse solution (1).

Le voyage en Russie du ministre des Affaires étrangères allemand n'eut pas lieu. Mais en revanche, le prince héritier d'Allemagne se rendit auprès du tzar, au mois de mai, et sa visite fut considérée, même par la presse russe, comme complétant l'entrevue de Potsdam. D'ailleurs, le bruit court que l'entente entre les deux Gouvernements est sur le point de se faire et que la signature de l'accord ne va pas tarder. Cependant, tout le printemps s'écoule, juillet se passe, il y a neuf mois que la rencontre de Potsdam a eu lieu et les pourparlers ne sont pas terminés et l'entente russo-allemande n'est pas encore réalisée. Au milieu d'août, on annonce à nouveau que la clôture des négociations approche. Le 15 août, le Matin assure que l'accord sera signé à brève échéance (2). Cette fois, le bruit se confirme, et le 16 août, la Novoïe Vrémia déclare que l'entente russo-allemande au sujet des affaires d'Asie sera signée très prochainement. L 'Allemagne et la Russie se sont mises d'accord sur toutes les questions, et le journal s'empresse d'ajouter que cette entente satisfaira pleinement la France et l'Angleterre.

Ce ne sont là que des informations semi-officielles. Faut-il y attacher de l'importance et allonsnous enfin assister à la conclusion de cet accord

(1) L'Eclair, 9 mars 1911.

(2) /.<• Matin y 13 aoûi 1911.

dont on parle depuis 10 mois ! Nous serons bientôt fixés. Une dépêche envoyée par son correspondant à Saint-Pétersbourg à la Gazette de Voss nons apprend , le 17 août, que le ministre des Affaires étrangères fait savoir que la conclusion de l'accord russo-allemand, concernant exclusivement les chemins de fer de la Perse, est imminent. Et en effet, le 20 août, je comte de Pourtalès, ambassadeur d'Allemagne, et M. Xératoff, suppléant dn ministre des Affaires étrangères de Russie, signaient l'accord.

Ainsi donc au moment où Les rapports francoallemands étaient excessivement tendus, à la suite de l'incident d 'Agadir, le Gouvernement de Berlin obtenait de la Russie son consentement à une entente qui traînait depuis plusieurs mois. L'instant paraissait bien mal choisi par notre alliée pour conclure un accord qui attestait les bonnes relations entre la Russie et l'Allemagne. La presse germanique s'en empare et l'accueille avec joie. La Gazette de Voss Le représente comme un succès dû à l'habileté de la diplomatie allemande, et le Courrier de la Bourse prétend que « le gouvernement russe se serait engagé vis-à-vis de l'Allemagne à n'intervenir en aucune manière dans l'affaire marocaine. » (1)

Nous ne devons pas prendre au sérieux la déclaration du Courrier de la Bourse, mais nous avo'ns tenu à la citer pour montrer combien était regret table la signature du traité russo-allemand pendant

(1) V. Eclair, 21 août 1911.

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nos difficultés avec l'Allemagne. Il donnait lieu à toute sorte de suppositions, et c'était bien une victoire diplomatique de la Wilhemstrasse.

Il paraît que M. Nératoff, se rendant compte de l'effet déplorable que pourrait produire en France la signature de l'accord dans un pareil moment, hésita longtemps avant de clore les négociations. Il céda sur les instances pressantes de l'Allemagne. Le Temps nous apprend que le Gouvernement de Berlin aurait brusquement consenti les concessions réclamées par la Bussie, et d'après ce grand quotidien, ces résolutions furent prises par la Wilhemstrasse à la suite d'une conversation entre le comte Wolf Metternich, ambassadeur d'Allemagne à Londres et sir Edward Grey, conversation dans laquelle le chef du Forcing Office prit une attitude très énergique contre l'Allemagne à propos de la question marocaine. La diplomatie de Berlin estima qu'il fallait rapidement terminer les pourparlers avec la Russie et faire quelques concessions afin de s'attirer la bienveillance du tzar (1).

Telle est brièvement exposée, la marche des négociations russo-allemandes qui ont abouti à l 'accord du 20 août 1911 et dont l'entrevue de Potsdam a été le point de départ. Depuis 1907 on causait parfois cuire Berlin et Pétersbourg des affaires persanes, et l'on prévoyait bien qu'il faudrait établir nue entente. Celle-ci parut de plus en plus

(1 j Temps, L3 août 1911.

nécessaire, du moins en Allemagne, après les conventions de juin 1908 dans lesquelles elle crut avoir trouvé la baguette magique qui permettrait à la Société de Bagdad de faire surgir l'argent qu'elle attendait depuis quatre ans ! En amenant avec lui ses ministres à Potsdam, le tzar fournit au Gouvernement allemand l'occasion qu'il attendait pour obtenir de la Russie son désintéressement à la question du Bagdad. M. de Kiderlen, ce vieux diplomate que Guillaume II, malgré son antipathie pour lui, avait appelé, à cause de sa supériorité et de son talent, au poste de secrétaire d'Etat à l'office des Affaires étrangères, sut, par son habileté, convaincre M. Sassonoff, ministre depuis trois mois à peine; de la nécessité d'un accord entre les deux pays, et des avantages qui pourraient en résulter ! Alléché par l'idée d'une entière liberté en Perse, estimant que la reconnaissance par l'Allemagne des prétentions russes dan^ la Perse septentrionale, compenserait dans une certaine mesure la défaite que la diplomatie du tzar avait subie dans l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche et serait de nature à détruire la fâcheuse impression qu'en avaient ressentie les cercles politiques de Saint-Pétersbourg, M, Sassonoff s'engagea facilement sur le terrain où M. de Kiderlen voulait le conduire.

Eut-il raison l Nous ne pourrons nous en rendre dompté qu'en étudiant l'accord du 20 août en luimême, en le disséquant en quelque sorte, pour en rechercher les avantages et les inconvénients respectifs pour chacune des deux nations.

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