‹ Le chemin de fer de Bagdad (volume 2)Chapitre 52 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'ACCORD INTERVENU

I. Différence entre le texte officie] et le texte de V Evening -Times. — II. Le texte de l'accord. - III. Sa portée. — IV. Ce que la Russie a gagné dans sou entente avec l'Allemagne. —V. Les engagements pris par la Kussie. — VI. L'adhésion lusse au Bagdad. — VII. Appréciation de cel accord.

Le 6 janvier 1911, 1' Evening Times publiait le texte de l'accord, dont les lignes principales avaient été fixées lors de l 'entrevue de Potsdam, et en annonçait la signature imminente. Ce ne fut cependant que huit mois après, le 20 août, que l'ambassadeur d'Aile insigne, le comte de Pourtalès, et le suppléant du ministre des affaires étrangères russes, M. Nératoff, apposèrent leur signature sur ce traité. .Mais si le journal anglais avait été mal renseigné eu présentant les négociations russo-allemandes comme sur le point d'être terminées, le texte qui lui avait été communiqué par son correspondant de Saiint-Pétersbourg était bien celui sur Lequel les deux gouvernements étaient en train de converser. Le texte de l'accord; publié en août, ne présente, en effet, que peu de différence avec celui dont [9 Evening Times donnait la primeur au mois

CTTAP. ITT. L'ACCORD INTERVENU 4lS

de février. Avec juste raison, le Temps fait observer qu'il n'y a entre les deux textes qu'une différence importante. D'après les informations publiées en février, l'Allemagne s'engageait à ne pas construire en Turquie de voies ferrées au nord de Kanikin, dans les régions comprises hors de la zone des chemins de fer de Bagdad, et s 'étendant depuis la limite de cette zone jusqu'aux frontières de la Eussie et de la Perse. Or, cette clause n'existe pas dans le texte officiel de l'accord. L'engagement pris par l'Allemagne en février n'est pas maintenu. Et la raison doit en être cherchée, paraît-il, dans les protestations que souleva en Turquie l'insertion d'une pareille clause dans l'accord russo^allemand. Le Gouvernement turc aurait agi près de l'ambassadeur allemand pour que cette disposition soit supprimée et que la Société de Bagdad conserve toute facilité pour la construction de voies ferrées dans le nord de la Turquie d'Asie. Désireuse avant tout de ne pas mécontenter la Turquie, avec laquelle le mois suivant elle devait signer une nouvelle convention relative au Bagdad, l'Allemagne aurait demandé au gouvernement de Saint-Pétersbourg l'abandon de cette clause (1).

Ainsi s 'expliquerait la seule différence notable existant entre les deux textes, le texte officiel et celui de VEvening Times. Et ce qui permet" de donner une certaine créance à cette explication, c'est

(i) Temps, 21 août 1911.

41 i ive pautte. — l'entrevu b dé potsdam

que cette disposition, qui précisément ne figure pas dans l'accord d'août, fut celle attaquée avec le plus de violence par la presse turque, lors des révélations du journal anglais. Les Turcs, en effet, attachent au Bagdad un gros intérêt militaire. Ils y voient un moyen rapide et commode de mobilisation, une artère grâce à laquelle les troupes turques d'Asie seront, au jour du danger, en quelques heures, massées à la frontière. Or, si précisément aux abords de cette frontière aucune voie ferrée ne peut être construite, la valeur militaire 'du Bagdadbahn se trouve restreinte, et ce chemin de fer ne répond plus aux espérances que le Gouvernement Ottoman a mises en sa réalisation.

Ces observations faites, examinons maintenant en lui-même l'accord ruisso-allemand ! Sur quoi porte-t-il exactement ? Quelles sont les concessions réciproques que les deux parties contractantes se sont consenties ? Qu'ont-elles respectivement donné ? Qu'ont-elles reçu ?

Et tout d'abord, que contient l'accord du 20 août 1911 ? Le texte en est le suivant :

Parlant du principe que, le commerce de loules les nations jouit de droits égaux en Perse, et considérant (pie la Russie possède des intérêts particuliers, tandis que r Allemagne n'y poursuit (pic des buis commerciaux, les gouvernements allemand el russe se sont mis d'accord sur les points suivants :

Article premier. — Le gûuvèrnemenl impérial allemand déclareqifil n'a pas /-l'intention de solliciter pour lui même la construction de chemins de ter on la concession de ser-

CHAP. III. — l'accord intervenu

vices <le navigation ou 'Je télégraphie, ou de soutenir des demandes en ce sens de la part de ressortissants allemands ou étrangers, au nord d'une ligne allant de Kasrî à Chirin, en passant par Ispahan, lezd et Khakh et atteignant la frontière Afghane au degré de latitude de Gashik

Art. II. — Le gouvernement russe, qui a l'intention d'obtenir du gouvernement persan une concession en vue de la création d'un réseau de chemins de fer dans la Perse septentrionale, s'engage de son côté, entre autres choses, à demander la concession de la construction d'un chemin de fer qui doit partir de Téhéran et aboutir à Khanikin pour relier ce réseau ferré à la frontière turco-persane et à ta ligne de Sadijeh à Khanikin. Dès que ce tronçon du Chemin de fer de Bagdad sera terminé, cette concession une fois obtenue, les travaux de construction de la ligne indiquée doivent commencer au plus tard deux ans après l'achèvement du tronçon de Sadijeh à Khanikin et être terminés dans le délai de quatre ans.

Le gouvernement russe se réserve d'établir en son temps le tracé définitif de la ligne en question, mais il tiendra compte, en cette occasion, des desiderata du gouvernement allemand. Les deux gouvernements favoriseront le Ira (le international sur les lignes de Khanikin à Téhéran et de Khanikin à Bagdad, et éviteront toutes mesures qui pourrait l'entraver, comme la création de droits de douane transitoires ou l'application de tarifs différentiels. Si au bout d'un délai de deux ans, après l'achèvement de l'embranchement de Sadijeh à Khanikin, du chemin de 1er de Koniah à Bagdad, la construction de la ligne de Khanikin à Téhéran n'est pas commencée, le gouvernement russe informera le gouvernement allemand qu'il renonce à la concession pour cette dernière ligne. Le gouvernement allemand aura dans ce cas la faculté de solliciter de son côté la concession de cette ligne.

Art III. — Vu l'importance générale qu'a la réalisation du chemin de fer de Bagdad pour le commerce international, le gouvernement russe s'engage à ne prendre aucune mesure qui pourrait entraver la construction du chemin de fer ou empêcher la participation des capitaux étrangers à cette entreprise, à supposer, naturellement;

416 IVe PARTI B.

— l'entrevue de potsdam

qu'il n'en résulte pour la Russie aucun dommage pécuniaire ou économique.

Art. IV. — Le gouvernement russe se réserve le droit de confier à un autre groupe financier étranger la construction de la jonction projetée entre un réseau de chemin de fer en Perse et la ligne de Sadijeh à Kanikin.

Art. V. — Indépendamment de cela, le gouvernement russe se réserve le droit de participer aux travaux dans la forme qui lui conviendra, quel que soit le mode de construction de la ligne en question el de rentrer en possession du chemin de fer moyennant remboursement des sommes elï'ecti veinent dépensées par les constructeurs.

Les hautes parties contractantes s'engagent en outre à se faire participer mutuellement à tous les privilèges de tarifs ou autres que l'une d'elles obtiendra en ce qui concerne cette ligne. Toutes les autres clauses du présent accord restent valables pour tous les cas.

Tel est l'accord intervenu entre l'Allemagne et la Russie. Il porte uniquement sur deux points : la Perse et le chemin de fer de Bagdad. L'Allemagne ue créera aucun obstacle à la pénétration russe en Perse septentrionale ; la Russie, de son côté, cessera désormais de s'opposer à la construction du Bagdabahn. C'est 'là l'esprit général de l'accord, l'idée essentielle qui «s'en dégage à la première lecture.

On ne saurait en méconnaître la portée. Celle-ci, cependant, offre un intérêt moins grand que celui qu'elle aurait présenté si l'accord avait été conclu en février. Deux faits nouveaux sont venus en restreindre les effets : je veux parler des Conventions tureo-iallemandes de mars 1911 et de la démonstration d 'Agadir.

( !<es conventions de mars 1911, dont nous nous

CHAP. m. — l'accord intervenu

occuperons plus en détail dans le prochain chapitre, donnent le droit à l'Allemagne de poursuivre La construction du chemin de fer de Bagdad jusqu'à la capitale de la Mésopotamie. Les conventions de juin .1908 avaient autorisé la Société Impériale à poursuivre la voie ferrée jusqu'à El-Hélif, celle de mars 1911 lui permet de pousser le rail jusqu'à Bagdad*.

(''était donc une nouvelle victoire (pie l'influence germanique venait 'de remporter en Orient, victoire (pli consacre « la défaite définitive des éléments français et anglais dans la question des voies transasiatiques » (1). Devant ce nouveau pas, fait par ' 'Allemagne dans l'affaire de Bagdad, le consentenxmt russe semble avoir moins de valeur que s'il avait été donné préalablement à ces conventions.

2° Un autre fait diminue la portée de cet accord. [/ Allemagne déclare bien n'avoir en Perse aucun intérêt particulier et laisse toute liberté à la Russie ; mais quelques semaines seulement avant la conclusion de l'entente, elle avait démontré la sincérité de ses promesses. En 1909, elle promettait, d'une façon précise, de ne susciter aucun ennui à la France au sujet du Maroc, et cependant, en juillet 1911, violant la parole donnée, elle avait envoyé la « Pantker » à Agadir. Son désintéressement de la Perse durera jusqu'au jour où, pour un motif plus ou moins frivole, pour des raisons plus ou moins cachées, elle jugera qu'il est temps d'oublier

(1) Temps, 21 août 1911.

118 IVe PARTIE. — L'ENTREVUE DE POTSDAM

l'accord conclu, el qu'il peut être profitable à sa politique de détruire l'engagement pris.

Ne nous préoccupant pas de ce qui peut arriver plus tard, et considérant l'entente russo-allemande telle qu'elle a été actuellement établie, il n'en reste pas moins évident qu'elle va simplifier La politique asiatique des deux nations qui l'ont conclue.

Certains critiques soutiennent cependant qu'on ne doit pas y attacher une grande importance et qu'elle ne justifie en rien ni l'émotion qu'elle a pu soulever, ni les récriminations qu'elle a suscitées, car elle n 'a en somme rien changé à l 'état actuel des choses. « En réalité, les deux contractants ne se seront rien livré », s'écriait le Journal ries Débats, en commentant le texte publié par VEvening Times, et qui est, nous l'avons dit, à peû de chose près, celui adopté définitivement en août 1911. (( L'un se désintéresse de la construction du Bagdad qu'il ne pourrait plus empêcher, l'autre se désintéresse de la construction d'un tramspersan, qui doit traverser une région où il a des intérêts secondaires. La construction d'un embranchement Kanikin-Téhéran, destiné à relier les deux grandes voies, est bien prise en considération, mais elle dépend de tant de circonstances que, quand sera venue l'époque d'y procéder, les inconvénients qu'elle pourra présenter auront sans doute disparu. Ainsi, au point de vue international, on est fondé à soutenir (pie l'accord russo-allemand sur le Bagdad n'a rien compromis )) (1).

(lj Journal des Débats, M février 191 1.

CHAP. ITT. — L'ACCORD INTERVENU

Nous ne sommes pas de l'avis du Journal des Débats, et nous ne croyons pas comme lui :

1° Que les deux contractants ne se soient rien livré ;

2° Que l'accord russo-allemand n'ait rien compromis au point de vue international.

Les explications qui vont suivre nous serviront à démontrer le bien-fondé de notre opinion. Nous allons étudier l'accord du 20 août 1911, en nous plaçant successivement au point de vue russe et au point de vue allemand.

Et d'abord examinons ce que la Russie a gagné dans cette entente avec l' Allemagne.

1° Le gouvernement de Berlin reconnaît <( les intérêts particuliers » de la Russie dans la Perse septentrionale, et déclare n'y poursuivre, quant à lui, que des a buts commerciaux ». Que faut-il entendre par intérêts particuliers ? Les Russes considèrent que dans l'accord d'août, l'Allemas'est engagée à leur laisser une liberté d'action absolue en Perse. « La reconnaissance complète des intérêts spéciaux de la Russie, écrit le Rossiya, doit évidemment être interprétée comme comprenant les intérêts d'ordre politique, stratégique et économique » (1). Est-ce bien là l 'interprétation que le Gouvernement de Berlin donnera à cette formule ? Son engagement implique-t-il une neutralité bienveillante pour toute action politique russe dans la Perse septentrionale ? L'entente est en-

(t) 1 a Rossiya, 20 août 1911.

4 9-0 IVe PARTIE. L 'ENTREVUE DE POTSDAM

core trop récente pour que nous puissions émettre une opinion sur ce sujet.

Cependant, nous sommes quelque peu sceptiques, relativement à cette tolérance absolue. Déjà, dans l'accord, il est bien spécifié que P Allemagne poursuit en Perse des buts commerciaux ; or, elle ne se désintéressera de la politique russe (pie tant que cette politique ne contrariera pas ses buts. Et d'ailleurs, l'expression est ici aussi vague que celle dont nous essayions ci-dessus de donner une définition. (( Intérêts particuliers, buts commerciaux » ? Il y a encore là matière à chicanes, et, dès le lendemain de l'accord, le Courrier de la Bourse de Berlin, ne craignait pas d'écrire : « Le traité russo-allemand ne contient, pas de surprises, mais il peut devenir un jour jusqu'à un certain point préjudiciable aux intérêts de l'Allemagne en Perse. » Et alors ? Alors il est probable que, lorsque ses intérêts souffriront de ce traité, l'Allemagne saura restreindre la portée et le sens de l'expression favorable Tde la Russie, tandis qu'au contraire, elle assignera à ses intérêts lésés un but commercial au nom duquel elle protestera et agira en vue de leur protection.

Par conséquence, l'absence d'ans l'accord- de définition des « intérêts spéciaux » de la Eussie en Perse; d'une part, et la reconnaissance des « buts commerciaux », d'autre part, offre des sujets à discussions futures et laisse au Gouvernement de Berlin la porte ouverte à de nouvelles réclamations.

2° Avec l'article premier de l'entente, nous arri-

CHAP. III. L'ACCORD INTERVENU

vous à des points plus précis. L'accord anglo-russe du 31 août 1907 avait délimité les sphères d'influence russe et anglaise en Perse, suivant une ligne passant par Kasrî, Chirin, Ispahan, Iezd, Khakh et Ghasik. L'action russe s'exercerait au nord de cette ligne, l'action britannique au sud. L'accord russo-allemand, à son tour, trace cette limite à l 'influence moscovite. Et le Gouvernement de Berlin s'engage à ne solliciter pour lui-même aucune concession de voies ferrées, de navigation ou de télégraphes, dans la région nord de la ligne Kasrî-Ghasik. Il promet, en outre, de n'appuyer aucune demande émanant soit de ses nationaux, soit d'étrangers, dans le but d'obtenir semblable concession.

Ainsi, cet article permettra à la Russie d'établir en Perse le réseau de chemins de fer dont elle rêve depuis longtemps. L'engagement pris par l'Allemagne de ne pas solliciter des concessions de voies ferrées en Perse septentrionale favorisera la réalisation du Transiranien. En 1885, l'Angleterre et la Russie avaient conclu une convention, aux termes de laquelle les deux puissances s'engageaient à ne pas établir de voies ferrées en Perse avant 15 ans. Cette convention, qui expirait le 20 mars 1900, fut d'un commun accord, prolongée de 10 années. Dans l'intervalle, il y eut un nouveau traité anglo-russe, le 31 août 1907, stipulant, dans ses articles 1 et 2, la promesse des deux puissances de ne pas rechercher pour elles-

422 ive pàetje. — i/entbevue de potsdam

mêmes des concessions de chemins de fer en dehors de la zone réservée à leur influence (1).

(( C'était donc la porte ouverte aux projets de voies ferrées qui pouvaient se donner libre cours à partir de 1910 ».

L'adhésion de l'Allemagne à cette convention, au moment même où l'entente russo-anglaise de 1885, prolongée le 20 mars 1910, venait à expiration, faisait disparaître le seul obstacle diplomatique auquel pouvait se heurter la construction du Transiranien.

Aux yeux des Russes, c'est donc un immense avantage (pie leur apporte l'article premier du traité du 20 août 1911. Le consentement du Gouvernement du Shah au chemin de fer transpersan n'est pas mis en doute. Et le jour leur semble proche où les lignes du Caucase et de l'Inde se rejoindront. Ce projet grandiose comporte l'établissement d'une voie ferrée partant de Bakou, sur les bords de la mer Caspienne, passant par Recht, Kazvin, Téhéran, Kachan, Ispahan, Yezd et Kirman. A cette station, la voie se scinderait : un embranchement descendrait par Bam et -Las Beyla pour aboutir à Karachi sur la mer d'Oman, tandis qu'un autre irait à travers le Belouchistan, rejoindre les Chemins de fer anglais des Indes à Meskin. Cette voie ferrée «de plusieurs milliers de

(1) V. Questions diplomatiques cl coloniales, «Le Transiranien », article de M. Sauve, 1(3 avril 1911, |>. 186 cl

chap. m. — l'accord intervenu 423

kilomètres serait une concurrente dangereuse pour Je Bagdad. Elle mettrait Londres-Bombay à une semaine de distance. Ce projet a été baptisé le Calais-Bombay (1).

Les Russes attachent à ce Transiranien une grande valeur économique. (V projet grandiose leur tient à cœur, et le désintéressement de l 'Allemagne fut considéré par eux comme un réel succès. Ils redoutaient, en effet, l'opposition de Berlin car « depuis l'accord anglo-russe de 1907, l'Allemagne ne perdait pas une occasion de faire sentir aux Russes et aux Anglais qu'elle s'intéressait à la Perse... Dans la Perse anglo-russe, mêmes efforts, même tracasseries des financiers et des prospecteurs allemands que dans le Maroc franco-espagnol... Il semble qu'à Potsdam le tzar et sou ministre aient voulu, avant tout, mettre fin à ces menaces, protéger la Transcaucasie et la Perse contre toute invasion de rails turco-allemands » (2). Et c'est précisément cette protection que consacre l'article 1er de l'accord du 20 août !

Reconnaissance de ses intérêts spéciaux en Perse, liberté de construire un réseau de voies ferrées dans une certaine zone, voilà les avantages que l'accord russo-allemand a apportés à la Russie.

Mais en échange, le Gouvernement russe a pris

(1) V. Tour du Monde, n° 10 de 1911, « Les Chemins de 1er allant aux Indes à travers la Perse et la Turquie d'Asie », p. 77.

(2) Rame de Paris, Ier avril 191 1 , Victor Bérard « Offres allemandes », p. 655.

M\ IVe PARTIE. L'ENTREVUE DE P0TSDAM

certains engagements qui sont le prix des concessions obtenues.

1° Il s'est engagé à respecter la liberté commerciale en Perse. Dans ce pays, en effet, le Drang nach Osten a déjà lancé quelques ramifications. Des commerçants allemands, actifs et nombreux, se sont fixés dans les principales villes de l'empire du shah et y font un commerce qui s'élève à plusieurs millions.

2° C'est ici que commence l'importance des obligations contractées par la Russie. Parmi les concessions de voies ferrées qu'elle doit solliciter du gouvernement persan, l'accord d'août lui en impose une. Aux termes de l'article 2, le Gouvernement de St-Pétersbourg s'engage (( à demander la concession de la construction d'un chemin de fer qui doit partir de Téhéran et aboutir à Kanikin ». Cette ligne de chemin de fer a pour but de réunir le Transiranien au Transmésopotamien. M. R. Eecouly soutient que cette promesse russe n'a pas grande valeur. « Il s'agit là, écrit-il, remarquons-le bien, d'une purte creiitu(dité. Les Russes s'engagent à relier le Bagdad à leur réseau transiranien, mais seulement lorsque celui-ci sera construit. Or, il ne le sera pas de sitôt et cet engagement-là, au fond, ne leur coûte guère » (1).

El à l'appui de sa thèse, M. Reëouly cite ces paroles d'un Russe << très au courant des affaires

(1) Revue politique et parlementaire. Les suiteê |3e l'entrevue de Potsdaiu, par FUyràqnd Reeouly, février 1911.

CHAP. III. 'L'ACCORD INTERVENU

diplomatiques de son pays » : « Nous avons signé là aux Allemands un billet qui n'a pas de valeur ». L'auteur soutient même que cet embranchement de Kanikin sera profitable à la Russie qui, par une combinaison de tarifs, s'arrangera toujours pour dériver le tarif sur les chemins de fer persans, au détriment du Bagdad.

Mais ce n'est pas là, l'avis généralement admis et les bénéfices que la Russie peut retirer du raccordement des voies ferrées de Russie au Bagdad bahn paraissent tout à fait hypothétiques. Il semble, au contraire, que l'embranchement Sadijeh-Kanikin-Téhéran constituera une artère qu'emprunteront les commis-voyageurs allemands pour écouler leurs produits jusque dans la Perse et faire au commerce moscovite une vigoureuse concurrence, ("est la crainte qu'exprimaient dans un congrès tenu le 23 novembre 1910 à Moscou de notables industriels russes (1).

S0 La conséquence logique de cette jonction des deux réseaux, le Transiranien et le Bagdad, était fatalement la renonciation par la Russie à l'opposition systématique qu'elle avait jusqu'à ce jour faite aux projets allemands d'unir lé Bosphore au Golfe Persique. Elle ne pouvait pas s'engager d'une part à construire une voie ferrée jusqu'à Kanikin pour parvenir an Bagdadbahn et maintenir, d'antre pari, sont veto1 à l'établissement de

(1) V. Questions diplomatiques cl coloniales, - Le Tnmsirariien », 16 aVriî PHI, p. VJ'2.

426 IV" PARTIE. l'eXTREVUÊ DE POTSDAM

ce chemin de fer. Ces deux actes auraient été contradictoires. Aussi, par l'article 3 de Ja convention, a le gouvernement russe s'engage à ne prendre ditanie mesure qui pourrait entraver la construction du chemin de fer ou empêcher la participation dés capitaux étrangers à cette entreprise )). Donc, deux points à considérer :

a) aucune entrave ne sera mise à la construction du Bagdad ;

b) aucun obstacle ne sera opposé à Ja participation des capitaux étrangers.

Et tout d'abord, la Russie renonce à son opposition relativement à l'établissement du Bagdadbahn. Elle ouvre donc aux rails allemands la route de la Mésopotamie et du Golfe,. Elle, la puissance qui, jusqu'à maintenant s'était montrée le plus irréductible aux vues allemandes, qui, en 1902-1903 avait, à plusieurs reprises, par son hostilité, fait échouer divers projets d'entente, consent subitement à abandonner son intransigeance et à laisser toute facilité à la Société de Bagdad pour terminer son œuvre !

C'est que les Allemands ont su faire oublier aux Russes la valeur militaire du Bagdad, pour leur montrer uniquement ses avantages économiques. Ils ont été assez habiles pour lui enlever son caractère politique et le représenter avant tout connue une œuvre commerciale dont la réalisation aura d'heureux effets sur le commerce international. N'est-ce pas d'ailleurs écrit en toutes lettres dans le texte même de l'accord au début de l'article o î

CHAP. III. L'ACCORD INTERVENU

L/a Russie cherchait l'accès à la mer ! Elle avait espéré un moment pouvoir s'établir sur les côtes du Pacifique. Mais le désastre de Mouckden avait marqué l'effondrement de ce projet. — Les concessions que l'Allemagne avait obtenues du sultan depuis 1888 en Turquie d'Asie, les nombreuses voies ferrées qu'elle avait construites en Asie- Mineure où elle s'était solidement fixée ne laissaient plus d'espoir à une descente russe à travers l'Arménie et i'Anatolie jusqu'aux rivages de la Méditerranée. Le Golfe Persique était le seul point où elle pût, après entente avec l'Allemagne, de concert avec elle, parvenir a la mer.

Très habilement, M. de Kiderlen-Waectiter sut présenter cette thèse aux Russes et leur persuader l'avantage qu'ils retireraient d'une pareille solution ! Par l'embranchement Téhéran-Kanikin-Sadi jeli c les deux réseaux se fondraient en un seul, connue deux affluents forment un seul et même fleuve. Et tous deux, arrivés à Bagdad, se porteraient sur la rive droit de l 'Euphrate, et, d'un élan pour ainsi dire invincible, jusqu'au Golfe Persique, jusqu'à Koweit, jusqu'à la route des Indes... La Russie atteindrait ainsi indirectement ce but si longtemps rêvé par elle, le Golfe Persique. Et l'Allemagne se serait débarrassée de cette opposition slave qui, depuis plusieurs années, contrecarrait ses desseins. » (1)

(1) Rewe hebdomadaire, « L'Europe en Orienl », par Gabriel Hanolaux, 10 décembre 1910, p. 157.

428 IVe PARTIE.

— l'entrevue DE POTSDAM

La combinaison allemande réussit ; le gouvernement de Pétersbourg ne pouvait plus combattre une œuvre dont il bénéficierait au point de vue économique et commercial.

b) En cessant son opposition à la construction du Bagdadbahn, la Russie devait naturellement promettre de laisser à la Société Impériale la possibilité de se procurer les fonds nécessaires à la réalisation de l 'entreprise. Elle s'engageait donc à ne pas mettre obstacle à la participation des capitaux étrangers au Chemin de fer de Bagdad. L'Allemagne se souvenait que l'échec des divers projets d'entente relatifs au Bagdad en 1902-190^ était dû surtout à l'opposition russe. Elle ne voulait pas qu'aujourd'hui, comme autrefois, la mauvaise volonté de la Russie soit un obstacle qui empêche les capitaux de France ou d'Angleterre de venir alimenter les caisses de la Société Impériale, Elle a donc pris ses précautions et a exigé de la Russie la promesse écrite de tout renoncement à une opposition matérielle et pécuniaire. Le gouvernement de Berlin n'a pas demandé au gouvernement de Saint-Pétersbourg <J 'autoriser les capitalistes russes à prêter leurs fonds au Bagdad. L'entente aurait été peut-être difficile sur ce point. D'ailleurs, il savait pertinemment que la Russie tenail à conserver la libre disposition de ses ressources maintenant qu'elle entrevoyait la construction prochaine de son transiranien. Et, d'autre part, la situation financière de l'empire du tzar a 'est pas assez brillante pour (pie l'on puisse espé-

chap. ni. — l'accord intervenu 4 J29

toi qu'une émission de valeurs étrangères ait chance d'être couverte !

Donc, aux termes de l'article 3 de l'accord du 20 août 1911, la Russie ne participera pas ellemême au Bagdad, mais elle n'entravera pas la participation des capitaux étrangers !

3° La diplomatie allemande s'est réservé un droit éventuel dans la construction de l'embranchement Téhéran à Kanikin. « Si dents un délai de deux ans après l'achèvement de V embranchement de Sa dijëh à Kanikin, la construction de la ligue Kanikin à Téhéran n'est pas commencée, le gouvernement russe informera le gouvernement allemand qu'il renonce à la concession pour cette dernière ligne. Le goureruemeut allemand aura, dans ce cas, la faculté de solliciter, de sou coté, la concession de cette ligne » (1). Par conséquent, il y a ici une sorte de mise en demeure adressée à la Russie : Un délai de deux ans lui est imparti pour le commencement des travaux de construction de la ligne Kanikin à Téhéran et le même article au § Ie' rixe, en outre, à 4 ans le délai dans lequel cette ligne devra être terminée. Plusieurs remarques ici sont nécessaires :

1° Le délai de 'deux ans ne court pas du jour où le rail russe aura atteint Téhéran, mais au contraire du jour où le rail allemand sera parvenu à Kanikin. Et la distinction est très importante à faire. Il est à présumer, en effet, que les Alle-

(1) Article 2 § u2

430 IVe PARTIE. — l'eNTRÉVUE DE POTSDÂM

mands seront à Kanikiu bien avant que les Russes ne soient à Téhéran, et cela pour plusieurs raisons :

a) Les plans du Bagdad sont tracés et la voie ferrée, lorsqu'elle aura franchi le Taurus, ne rencontrera jusqu'à Bagdad aucun obstacle important. La Russie, au contraire, n'a pas encore obtenu la concession du gouvernement persan pour le réseau ferré qu'elle rêve d'établir dans la Perse septentrionale, et on ne peut prévoir l'époque où cette concession lui sera accordée. D'ailleurs, la distance entre Bakou, point terminus des voies ferrées russes et Téhéran est très longue ; le pays accidenté entraînera une construction lente et pénible ; il faudra traverser le Caucase, les monts Elbourz et cela exigera beaucoup de temps et beaucoup d'argent.

b) Or, pas plus que l'Allemagne pour le Bagdad, la Russie n'a chez elle de ressources suffisantes pour construire le Transiranien. Et les finances de cet empire sont déjà grevées de lourds emprunts. La France lui a fourni plusieurs milliards. C on sentira- t-elle à .lui prêter encore de l 'argent pour une œuvre dont les résultats sont problématiques I

c) Pour entreprendre et mener à bien une œuvre de longue baleine, comme le sera le Transiranien, il faul que dans le pays règne la sécurité, la tranquillité et La stabilité. Or, les idées révolutionnaires ne Pont que sommeiller en Russie ; le dernier attentat contre M. Stolypine le prouve

CHAP. TTT. — L'ACCORD INTERVENU

nettement. Des troubles graves, sinon la Révolution, sont toujours possibles dans ce pays où l'élément nihiliste ne désarme pas et montre de temps à autre, par des complots et des attentats qu'il est toujours vivant et prêt à agir. Ce n'est qu'une hypothèse sans doute, mais l'on peut se demander si, avant l'achèvement du Transiranien une période troublée n'agitera pas la Russie, retardant et compromettant la réalisation de ses projets.

Ce sont probablement ces considérations qui ont poussé la diplomatie allemande à se réserver dans l'accord du 20 août 1911 La faculté de construire la ligne Kanikm-Téhéran aux lieu et place de la Russie dans le cas où celle-ci ne serait pas à même dé tenir ses engagements. L'Allemagne s'est doue en que] (pie sorte réservé le droit de s'immiscer dans les chemins de fer russes en Perse.

Et dès aujourd'hui il ne serait pas exagéré de prédire que le rail allemand ne s'arrêtera pas à Kanikin, mais que, devançant le rail slave, il s'élancera jusqu'à Téhéran et que le réseau ferré germanique, franchissant les frontières de la Turquie d'Asie, atteindra au cœur même de la Perse.

4° A ces avantages matériels apportés par l'accord d'août à l'Allemagne, vient s'en ajouter un autre non moins important, mais qui, celui-là, est purement moral. Cette entente, en effet, a eu pour conséquences de dissoudre le bloc francoanglais-russe relativement au Bagdad. Contre ce

432 IVe PARTIE. — [^ENTREVUE DE POTSDAM

bloc l'Allemagne devait continuellement se heur ter, sans espoir de le surmonter tant qu'elle n'aurait pas réduit ses prétentions et persisterait à ne pas vouloir accorder aux autres nation- une large part dans l'entreprise. Et voici que main tenant le consentement russe disjoignait cette triple entente. M. de Kiderlen-Waeehter avait obtenu à Potsdam un effet moral considérable. En Russie, d'ailleurs, on ne se faisait pas illusion dans certains milieux politiques sur les conséquences de l'accord. Commentant l 'entrevue de Potsdam, M. Milioukow, le leader du parti Cadet, déclarait à la Tribune de la Douma : « Dans les longues négociations qui ont eu lieu au sujet de la question du Chemin de fer de Bagdad entre les puissances intéressées, on a, du côté russe sacrifié les alliés de la Russie ; la France et l'Angleterre ont été placées dans une situation pénible et se sont senties blessées » (1). C'était bien une réelle victoire que M. de Kiderlen avait remportée à Pots dam.

Nous estimons donc que c'est l'Allemagne qui retirera de cette entente avec la Russie les plus grands avantages. M. Robert de Caix prétend bien que la Russie n'a pas donné grand 'chose à l'Allemagne : (( E« somme, écrit-il, la Russie n'a pas pu donner à la Compagnie ottomane en droit et nllemande en fait, qui construit le Bagdadbahn,

1) L 'Humanité, M mars 1911.

OITAP. TIT. L'ACCORD INTERVENU 4

une concession obtenue de la Turquie dès 1903... Il ne dépendait pas non plus des conversations de Potsdam de donner ou de refuser à la Compagnie des ressources lui permettant de gager des emprunts pour « lever » les fonds nécessaires à la construction de la voie ferrée... Bien avant l'entrevue de Potsdam, les Allemands étaient nantis de la concession entière du Chemin de fer dit de Bagdad et ils se trouvaient assurés de garanties financières suffisantes pour gager les futurs emprunts... La question qui se posait pour les concessionnaires était seulement celle de rémission des dits emprunts et elle continue à se poser exactement pour eirx après comme avant l'entrevue de Potsdanl. » (1) Mais M. II. de Caix ne tient pas compte des conséquences de ce consentement russe. Si raccord d'août n'apporte pas à l'Allemagne les capitaux dont elle a besoin, il lui donne l'espoir de se les procurer à brève échéance. Puisque le bloc des trois puissances hostiles au Bagdad est dissous, il sera peut-être plus facile de s'ouvrir les marchés de Paris et de Londres. Et en outre, n'est-il pas préférable, à tous les points de vue, que le Chemin de fer de Bagdad se construise librement, que la Société Impériale puisse poursuivre son œuvré sans être exposée à chaque instant à des obstacles, à des difficultés que n'aurait pas manqué de susciter le Gouvernement de Saint-Péters

({) Questions diplomatiques et coloniales, La Question du Bagdad après Polsdam », Pr mars 1911, p. ^7 0-271,

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— i/entrevue de pôtsdam

bourg, s'il avait persisté dans son opposition systématique ?

Et allons plus loin. Admettons même, comme M. Robert de Caix, que l 'accord survenu après Potsdam n'ait rien changé an point de vue matériel et financier du Bagldadbahn. Il n'en reste pas moins établi que -cet accord a encore une portée immense : c'est une victoire morale que la diplomatie allemande a remportée. Qu'a-t-elle abandonné à sa contractante ! La liberté politique en Perse septentrionale ! La principale intéressée, l'Angleterre, l'avait déjà consentie à la Russie lors de l'accord du 31 août 1907, et cette concession ne lésait d'ailleurs aucun intérêt allemand, puisque la liberté commerciale serait respectée dans l'empire Perse. Il n'y avait là, de la part de l'Allemagne, aucun sacrifice : c'était simplement la promesse de ne plus mettre d'obstacles à l'action russe, c'était l'engagement pris par elle que ses financiers et ses prosj>ecteurs ne continueraient plus, dans la Perse anglo-russe, les tracasseries répétées et nombreuses qu'ils avaient inaugurées dans le Maroc francoespagnol.

La faculté de construire un embranchement Téhéran-Kànikin pour relier le Transiranien au Transmosopotamien ! Mais, nous l'avons vu, certaines sphères russes très compétentes, au lieu de se réjouir de cette voie nouvelle, en redoutent les Conséquences, et la Novoïe Vrémia, se faisant ('écho du Congrès industriel tenu le 23 novembre H) H) à Moscou, écrivait, lors de la signature défi-

CHAP. TTT. — L'ACCORD INTERVENU

nitive de l'accord, au mois d'août dernier : (( La ligne Téhéran à Kanikin serait une sentence de mort pour les industriels de Moscou. »

Ce n'est donc pas la Russie qui paraît devoir retirer de l'accord russo-allemand les plus grands bénéfices. En commentant Le texte publié par VEvening Times, M. R. Recouly affirmait dès le début que « les Allemands semblaient avoir roulé les Russes » (1) et que la Russie avait fait (( un marché de dupes ». L'article que le docteur Schiemann publiait dans la Nèue Frew Pressai, le 21 janvier 1911, démontre suffisamment le bienfondé de l'opinion de M. Recouly : « En ce qui concerne l'Orient proche, l'entente créée par une confiance réciproque entre la Russie et l'Allemagne signifie un renforcement encore plus durable du statu quo et une sorte d'assurance contre les surprises politiques venant de l'extérieur. Cette entente n'est pas cependant un abandon de la Perse ». Et M. Christian Patrimonio, auquel nous empruntons cette citation du journal étranger,, ajoute : « A lire ces lignes, on serait tenté de croire que la Russie a été bien imprudente en introduisant officiellement l 'Allemagne dans la question persane. » (2)

Imprudence ou naïveté, manque de clairvoyance

(1) Revue politique et parlementaire, article cité, numéro de février 1911.

(2) Correspondant, « L'enl revue de PostHam et les alliances », 2f> mais 1911, p. 1204.

436 ive partie. — l'entrevue de potsdam

ou fausseté d'appréciation, la Russie n'a pas coin pris l'importance qu'avait son consentement au Bagdad allemand et n'a pas su le faire payer à sa juste valeur ! Pour conclure un accord sembla ble, qui ne devait pas lui apporter des avantages plus réels, plus palpables, en quelque sorte, que ceux obtenus, elle avait toujours le temps, et nous ne regrettons pas, comme te Journal des Débat.'}, qu'elle n'ait pas donné son approbation plus tôt, que, « mieux inspirée, elle n'ait pas compris dès le début de l'affaire, que le Bagdad était destiné fatalement à être construit et qu'il était infiniment préférable de s 'intéresser, de participer à son exécution que d'essayer de se mettre en travers. » (1) Aux termes de l'accord, d'ailleurs, la Russie ne participe en rien au Bagdad, n'a aucune part, ni dans la direction, ni dans l'exécution ; par l'accord d'août, elle ne s'est pas intéressée à l'œuvre allemande, au contraire, elle s'en est « désintéressée ». Mais nous estimons néanmoins que ce désintéressement a été promis maladroitement. Compact, le bloc franco-anglo-russe aurait été une force avec laquelle l 'Allemagne aurait dû compter, vis-à-vis de laquelle elle se serait montrée peutêtre plus conciliante, plus plarge, plus disposée à donner aux nations étrangères une part rémunératrice et honorable dans le Bagdad. Dissous, ce bloc ne représente plus (pie des nations isolées, avec lesquelles elle discutera séparément ; sa poli-

(1) Journal des Débats, '25 février 191 ï.

CHAI\ III. — l'accord intervenu

tique sera plus ferme, ses prétentions plus excessives, l'entente plus difficile, te caractère germanique du Chemin de fer de Bagdad plus assuré et plus certain !

En résumé donc, un des premiers effets de l'entrevue de Potsdam et de l'accord qui en est résulté aura été de remettre de nouveau à l'ordre du jour la question du Bagdadbahn. Après Potsdam, le problème se pose encore, mais sous un aspect différent : les données en sont changées, un point est déjà acquis, la solution est en partie trouvée ; deux points cependant restent toujours à élucider : quelles vont être les conséquences de cet accord sur les puissances qui, adoptant la politique suivie jusqu'à maintenant par la Russie, se sont montrées hostiles au Bagdad ? Quels seront les effets de l'entrevue russo-allemande sur l'attitude de la France et de l'Angleterre dans cette question !

438 ivc paktie. — i/entjïevue de POTSDAM

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