VP PARTIE. — L'ENTREVUE DE POTSDAM
nous essayerons de démontrer, en examinant quelle fut l'impression que produisit en Angleterre l'entrevue de Potsdam et quelle fut depuis lors la politique anglaise relativement au Chemin de fer de Bagdad.
Section II
L'ENTREVUE DE POTSDAM ET L'ANGLETERRE, — LES NÉGOCIATIONS ANGLO-TURQUES
Devant l'enthousiasme débordant de la presse germanique au lendemain de l'entrevue de Potsdam, les journaux anglais manifestèrent, comme d'ailleurs en France, une certaine inquiétude ! En Allemagne, on annonçait bruyamment que la Russie allait inaugurer une politique extérieure nouvelle et que la Triple-Entente ne se dresserait plus sur une base aussi solide.
Si l'article du Novove Vréfftia, affirmant que la Russie entendait toujours conserver ses amitiés et ses alliances, si la révélation par VEvening Times du texte de l'accord rassurèrent quelque peu l'opinion publique de France et d'Angleterre, le pessimisme ne disparut cependant pas complètement. La politique européenne de la Triple-Entente n'avait subi à Potsdam aucune modification, mais il n'en était pas de même de la, politique asiatique. Un des liens de l'entente entre la France, l'Angleterre et la Russie avait été que toutes trois sentaient leur influence et leurs intérêts menacés en Asie par une puissance, dernière venue, niais qui déjà avait su se tailler une place prépondérante et qui rêvait d'agrandir sans cesse, au détriment des autres
CITAT. TV. CONSÉQUENCES DE ï/eNTRKEVUE 451
nations, la « Platz an (1er Sonne » qu'elle avait acquise ! Le Chemin de fer de Bagdad, instrument puissant et merveilleux de pénétration germanique en Turquie d'Asie, était l'ennemi contre lequel, depuis 1903, les cabinets de Londres, de Paris et de Pétersbourg s'étaient parfaitement unis.
L'adhésion de la Russie à l'entreprise allemande changeait la situation. Sans doute, le consentement russe n'engageait en rien la France et l'Angleterre qui, toutes deux, conservaient leur entière liberté d'action. Mais une brèche était faite, la cohésion n'existait plus, puisque des trois alliés de la veille, un venait d'abandonner la lutte et de traiter pacifiquement.
Les journaux anglais dégagèrent bien vite la conséquence de cette nouvelle politique de la Russie. « L'accord russo-allemand, écrivait le Daily Télégraphie, le 10 janvier 1911, nuit à la solidité de la Triple-Entente en ce qui concerne la question importante du Chemin de fer de Bagdad qui, pendant 10 ans, fut opposée à l'Allemagne par la Russie, la France et l'Angleterre ; cet accord menace les intérêts anglais et peut-être les intérêts français. »
Donc, l'accord russo-allemand fut mal accueilli en Angleterre, tout au moins par la presse et l'opinion publique. Quelle allait être l'attitude du Gouvernement anglais dans cette question du Chemin de fer de Bagdad, qui maintenant se trouvait posée avec plus d'acuité que jamais ?
Dès le 3 février, une dépêche de Constantinople au Petit Parisien nous apprend que la Porto i