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LES OUVRIERS DU CHEMIN DE FER. — LA HOUILLE

LE CALCAiRE.

|ù trouvera-t-on les bras nécessaiiesà la conslruc-

tion de la ligne? »

Cette question n'est pas la moins intéressante. II est a fcz

difficile d*y répondre dés aujourd'hui, et cependant c'est un

|)Oint qui aura une influence sérieuse sur le prix de revient

de la voie.

En tout état de choses, il faudra d'abord un novau d'Kuropéens, entourés d un groupe de travailleurs capables de montrer aux indigènes la besogne nouvelle que l'on réclamera d'eux.

Le groupe compact de travailleurs, le trouvera-t-on sur les lieux mêmes, dans le voisinage des chutes?

Certains émettent des doutes. M. le lieutenant Valcke, qui, mieux que personne, est à môme d'apprécier la valeur du [iays pour l'avoir pratiqué, a confiance.

Il compte sur les indigènes de la rive sud.

«« Ces gens, dit M. le lieutenant Valcke, ont toujours été prôts au travail. Ils sont aujourd'hui devenus porteurs, parce que cest le seul travail rémunérateur qu'on leur ait offeii;. Ce métier a développé d'ailleui^ parmi eux le goût des tissus, avec lesquels on les paye, et le jour où ils ne pourront plus faire le métier de porteurs, ils feront celui de terrassiers ou tout autre qui leur offrira des chances de gain .

« Quand j'ai transporté le Stanley ^ j'ai réussi à recruter à Loukoungou, en 15 jours, un millier d'hommes. Certes, ce ne fut pas sans peine. On n'obtient rien sans peine.

« Ces gens me suivirent en masse jusqu'à environ 30 milles de leur village. Ils restèrent â mon service un mois entier. Ils m'ont souvent créé des difficultés, c'étîiit la première fois qu'ils travaillaient sous l'oeil du blanc, il fallait de l'indulgence : ils en ont trouvé chez nous. Grâce à cola, le résultat fut obtenu. Il est cer-

tain qu'à l'avenir, lorsqu'on voudra des ouvriers, on les trouvera là. Il suffira de s'entendre avec eux, de leur montrer qu'ils ont quelque chose à gagner, de les traiter honnêtement. Ces gens ont des besoins à satisfaire. Ils nous sont acquis.

Ce n'est pas à Loukoungou seul que, lors du transport du Stanley, le long de la rive sud, le lieutenant trouva les indigènes prêts à le seconder dans sa difficile mission.

(* En 1882, dit-il, je fondai la station de Loutété pour assurer le recrutement de nos porteurs au milieu des villages de Ngombi, Kandoke, Loufounzou, Kindounga, Kinangilwa, Kimbanza, Tounzou, Nzoundou, Nkoko, Jyenzi, Vounda, Kindemba, etc.

« Si je cite les noms de quelques-uns de ces villages, c'est pour prouver qu'il y en a beaucoup. En 1885, je réussis à y engager en un seul jour 800 jeunes gens, pour le transport du Stanley. Le plus âgé ne dépassait pas 23 ans. Le plus jeune avait 18 ans. Cela vous donne une idée de la population de cette région.

«Ce nombre considérable de travailleurs avait été recruté dans un rayon de 3 milles, autour du point où je me trouvais.

« Ces populations savent qu'il faut travailler pour vivre; elles sont avides des produits manufacturés d'Europe, et c'est pour se les procurer qu'elles s'engagent chez nous comme porteurs, s'astreignant ainsi à un travail pénible, dans un pays où il leur suffît de gratter un peu le sol pour y trouver leur nourriture. »

Dans tous les cas, si, contre toute attente, la contrée que le chemin de fer doit traverser ne fournissait pas les bras nécessaires àl a construction, on pourrait toujours s'adresser aux indigènes des districts voisins, voire à ceux du haut Congo. Il y a aux environs de la station des Bangala unfr population de 100,000 hommes, parmi lesquels l'État du Congo a déjà réussi à engager des soldats et des travailleurs. Il y a de ces enrôlés Bangala, en ce moment, à Léopoldville et à Boma.

« Ces hommes, dit M. le lieutenant Van Kerckhoven,sont « forts, courageux, habitués aux travaux de terrassement, « auxquels ils sont fort habiles. On pourra trouver sans « peine parmi eux une partie des travailleurs nécessaires « pour la construction du chemin de fer. »

Enfin, si, à la dernière rigueur, la race noire se dérobait à ce travail que l'on attend d'elle, on pourrait toujours répéter ce qu'ont fait les entrepreneurs des chemins de fer transpacifîques et de l'isthme de Panama : s'adresser aux

coolies chinois, dont )e courageux concours est assuré partout moyennant un salaire très modéré*

« Les principaux travaux de terrassement sur le chemin de fer Central, dit M. Simonin dans son livre : A travers les États-Unis j ont été faits par des Chinois, fort habiles en ce genre d'ouvrage. »

Et plus loin, lorsque Tauteur décrit la fôte d'inauguration de la première ligne transpacifique :

« Deux escouades composées d'Irlandais, du côté des Unionistes, et de Chinois, du côté des Centraux, s avancèrent en tenue correcte pour combler la dernière lacune de la voie. Dans les deux camps, c'était l'élite des travailleurs. Les Chinois, graves, silencieux, alertes, s'entr aidant adroitement, furent l'objet de l'admiration générale. « Ils travaillent comme des prestidigitateurs, » dit un témoin oculaire; et pour qui a vu avec quel art opèrent les Chinois, même dans les plus petites choses, cette expression est des plus justes. »

Les Américains reconnaissent tous aujourd'hui que, sans l'introduction des Chinois, la construction du grand chemin de fer central américain, qui relie San-Francisco à New- York, eût été impossible.

Faudra-t-il encore recourir à la race jaune pour terminer le chemin de fer central africain?

Nous ne le pensons pas.

Dans rUtah, le Nébraska et la Californie, la race rouge, hostile, s'est opposée à la construction ; aujourd'hui, devant la locomotive victorieuse, elle s'évanouit et disparaît.

Au contraire, à Matadi, à Loukoungou, à Loutété et à Léopoldville, on trouvera la race noire pacifique, et prête, moyennant salaire, à coopérer à la grande entreprise qui doit,, non l'anéantir, mais la régénérer.

L'extrait suivant d'une lettre de M. le baron von Schwerin, en mission au Congo pour le compte du gouvernement suédois, prouve que les espérances que l'on avait mises dans la coopération des Bangala à l'œuvre de régénération entreprise au Congo, n'ont pas tardé à se réaliser :

« Les résultats que Ton vient d'obtenir avec eux, écrit le voyageur au Mouvement géographique, sont tout simplement superbes, sans la moindre exagération. C'est une race belle,

forte, intelligente et brave. Elle s'offre en foule pour suivre, n'importe où, les blancs, dans lesquels elle a une confiance illimitée. L'empressement est tellement grand que l'on se voit forcé, pour le moment, de refuser des centaines d'enrôlements. C'est un triomphe complet, bien fait pour réjouir tous les partisans de l'œuvre africaine. MM. Coquilhat et Van Kerckhoven peuvent être fiers des résultats qu'ils ont été les premiei*s à provoquer et à obtenir. Ils ont bien réussi. On en a fini, maintenant, avec les soldats haoussa, zanzibarites, cafres et autres, chèrement enrôlés au loin. Vivent les Bangala! L'Etat a trouvé des soldats sur son propre territoire et de rudes gaillards, je vous assure. Je les ai vus à l'œuvre : ils sont magnifiques, en tout. Ce sont les seuls indigènes qui savent épauler un fusil à la manière européenne ; tous les autres prennent des positions impossibles en voulant tirer. Au surplus, ils sont aptes à bien des choses. Ainsi, mon « boy >» est un jeune Bangala; il me sert à merveille, et est intelligent comme une soubrette du temps de Louis XV. »

Tous les rapports émanant d'agents qui ont vu les nouveaux engagés bangala à l'œuvre sont unanimes à déclarer leur aptitude au travail, leur bonne volonté et leur vaillance. Reste la question de discipline. Ce sera l'œuvre des années. Déjà environ deux cents sont enrôlés et travaillent aux plantations d'Iboko, de Léopoldville et de Borna, en même temps qu'ils s'exercent au maniement des armes à feu.

La houille.

(Mf^E Congo fournira-t-il un jour de la houille pour les besoins ^—i des machines des steamers de sa flottille et des locomotives de ses voies ferrées ?

Il n'est pas possible encore de répondre afiîrmativement à cette intéressante question. Jusqu'à présent, les steamers du haut Congo brûlent du bois et il eat à supposer que c'est du bois aussi que brûleront le« premières locomotives de la ligne des chutes, à moins qu'il n'ait été reconnu que l'établissement d'un dépôt de charbon à Matadi soit préférable et plus économique.

En attendant, tout ce que l'on peut dire, c'est qu'on a déjà constaté.en différentes régions de l'Afrique centrale la présence de la houille.

Le Zambèse traverse un bassin houiller immense Dans tous les endroits où se trouve le grès gris de Tété, on trouve la houille à l'étage supérieur. En aval de la cataracte de Victoria, elle se rencontre en filons abondants dans les berges rocheuses des nom-

breux affluents du cours moyen et inférieur et particulièrement du Lofoubou et de la Losito.

L'espace compris entre Zoumbo et Lopata renferme une houillère dont la largeur est au moins de doux degrés et demi de latitude («).

« L'objet le plus important des environs de Tété, dit Livingstone, à peu près le seul qui soit intéressant, est la houille que Ton rencontre au nord du village, à une distance de quelques milles. Elle y apparaît dans les berges rocheuses des ruisseaux qui alimentent le Révouboué.

« Les veines ont une puissance de quatre à cinq pieds ; nous en avons trouvé une de vingt-cinq pieds d'épaisseur. Prise à la surface, cette houille contient beaucoup de schiste ; mais ayant sondé horizontalement, à une profondeur de huit à dix yards, nous avons obtenu un charbon meilleur, et qui a produit de bons résultats pour le chauffage du steamer Ma-Robert.., Mais aussi longtemps que durera lesclavage, on ne l'exploitera pas. Ces richesses ne profiteront qu'aux générations futures (*). »

Lorsque le Pioneer remonta le Chiré pour la première fois, des fi'agments de houille furent mis sous les yeux d'un groupe d'indigènes, composé de membres de beaucoup de tribus : tous les reconnurent sans hésiter pour du makala, c'est-à-dire pour du charbon.

Plusieurs voyageurs ont signalé la présence de la houille dans le fleuve Rovouma, qui a sa source à l'est du lac Nyanza et débouche à la c6te orientale, au sud de Zanzibar.

« Quand on a remonté la rivière, dit Livingstone (^), sur un espace d'environ 60 milles, on trouve à la surface du sol, au pied des pentes qui surgissent des plateaux, de nombreuses pièces de bois silicifiées. C'est en Afrique l'indice certain de la houille. »»

Et plus loin :

« Les morceaux de houille sont tout à fait communs dans le sable da Loendi (une des branches de la Rovouma). *»

Depuis lors, M. Angely, ingénieur français au service du sultan de Zanzibar, a exploré le pays et reconnu l'existence d'impoi'tants gisements. Son rapport a été publié dans le Bulletin d^ la Société de Géographie de Paris.

Si maintenant nous nous attachons plus spécialement aux territoires renfermés dans les limites de l'Etat du Congo, nous trou- Tons les deux informations suivantes :

Stanley, en quittant Nyangoué avec Tippo-Tip, pour com-

. (1) Explorations dans l'Afrique centrale, p 627. — Le Zambèae^ p. 48, 172, 173 et 315.

(2) Le Zambèse, p. 137.

3) Dernier journal, t. I, p. 94.

mencer sa descente du grand fleuve, traversa l'Ouregga, le pa^» des forêts. En quittant le village de Kimnipounzou, situé à peu de difîtance de la rive droite du Congo, au nord de Nyangoué, voici l'information que le voyageur note dans sa relation de voyage :

« De ce village, un sentier conduit à Meghinna et à Mianngo, près de rOurindi. Au sud de cette rivière, disent les Arabes, on trouve en abondance un cbarbon très noir et très brillant. « (A travers le continent mystérieux, t. II, p. 155.)

La rivière Ourindi est un des affluents de la rive droite du Congo, entre Nyangoué et les Stanley-Falls. Elle n'a pas encore été explorée.

Dans la relation de sa navigation sur le lac Tanganlka, voici ce qu'écrit Cameron :

« En sortant du Lougouvou, nous longeâmes des murailles presque verticales, formées de grès et de marbre noir rayé de blanc ; puis, sur une longue étendue, de grands lits qui nous parurent être de la houille. Quand mes gens de Bagamoyo virent ce point de Ri falaise, ils s'écrièrent tous : Makoa marikeboa (cbarbon de vaisseau). Le filon principal, situé au sommet de courbes rocheuses de même inclinaison, tandis que les courbes d'inclinaison contraire avaient disparu, offrait une épaisseur de quinze à dix'huit pieds.

« Il me fut impossible d'avoir un fragment de cette houille, mais, plus tard, on me fit présent d'un échantillon qui venait de ritahoua, province située dans la même latitude, à peu de distance du bord occidental du lac. Ce charbon, sans nul doute, est légèrement bitumineux. »» (A travers rAfrique, p. 186.)

Plus loin (p. 325), Cameron ajoute : « Djoumah (le traitant arabe) avait visité les mines de cuivre et d'or du Katanga; il avait été chez Msama, où il avait trouvé de la houille, dont il me donna un échantillon. "

Msama est le nom d'un chef indigène dont la résidence est située à moitié chemin entre l'extrémité nord du lac Moero et l'extrémité sud du lac Tanganlka, sur la frontière sud-est de l'Etat indépendant.

Jusqu'à présent, aucune trace de houille n'a été signalée à l'ouest par les agents de l'Etat du Congo. Il faut ajouter que jusqu'ici aucune étude ou exploration n'a encore été faite dans le but d*en trouver.

Le calcaire.

Quant au calcaire, on avait prétendu qu'il n'existait pas au Congo et que, puisque la chaux faisait défaut, les grands travaux

de constmction seraient ilifficiles, ou tout au moins extrômexnont coûteux.

On sait aujourd'hui à quoi s'en tenir sur ce point : la région dos cAtaractes monti*e des roches calcaires on quantité suffisante .pour fournir la chaux à l'érection de tous les travaux d art.

« Nous trouvons, à dit M. le lieutenant Valcko, ce phénomène assez singulier des stratifications verticales c6te à cAte avec des stratifications horizontales. On dimt une fracture nette survenue dans une masse entièrement horizontale. Une i>aitie n'a pas bougé ; Tautre, en basculant, est venue appliquer sa surface <)e rupture au niveau de Tancienne masse horizontale, présentant ainsi à l'observateur toute la série dos couches. La plus basse visible, formant le lit même de la rivière, est de la calcite.

« Cest un des rares gisements de pierre calcaire dont In pré> senceaitété reconnue au Congo. Jen connais pourtant un autre à Niin^ia.

« J'ai souvent entendu signaler des gisements do oaloairo; mais chaque fois que j'ai contrMé la nature do la nierro, j'ai )ui constater qn*on avait pris du quartz blanc \\o\\v du calcaire.

« Les deux gisements que je viens d'indiquer sont absolument authentiques. La quantité de calcaire qui s'y tix^uve est suliisante pour les besoins du pays dans la venir. «*

De son côté, M. le docteur Peschuol-Lœsche signale, lui aussi, la présence de roches calcaires sur les doux rives du fleuve m amont d'Isanghila.

« A Isanghila, dit-il, commence la zone dos schistes argiloux qui dominent jusqu'à Kaloubou. Ils sont plus ou moins raloairos, parfois à un tel degré qu'ils pourraient otro regardés comme un <!alcaire argileux. »

Ces découvertes ont été obtenues sans recherches spéoialo:*. Il eet évident qu'une exploration du pays au point do vue géologique nous réserve bien d'autres surprises.

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