DU HAUT CONGO
<^J(^EStanley-Pool est, on le sait, une expansion du Congo, ^=^ affectant la forme d'un lac ou vaste étang {pool en anglais). Il a d'après Stanley une étendue d'environ 400 kilomètres carrés (*);à vol d'oiseau, il mesure 28 kilomètres de longueur et 25 de largeur. La grande île Bamou, longue d'environ 22 kilomètres, en occupe le centre et divise le fleuve en deux bras principaux dont chacun renferme plusieurs îlots de sable ou de rochers. Navigable en toute saison, le bras méridional a une ligne de côte de 38 kilomètres, qui sont à l'État du Congo; le bras septentrional, une rive de 20 kilomètres, qui sont à la France.
« Le pays, dit un correspondant de la Deutsche colonial Zeitung, diffère entièrement des contrées du bas Congo. La rive droite du Pool (rive française) et la région en aval sont seules montagneuses ; la rive gauche, au contraire, à part quelques collines, présente des terrains plats. Aussi loin que peut porter la vue, on n'aperçoit que dés bois ou des basfonds fertiles recouverts d'herbes abondantes. Plus aucune trace de ces déserts rocailleux qui nous avaient causé tant et de si rudes fatigues. »
Quel changement en cinq ans !
Lorsqu'on 1881, Stanley, à la tête de l'expédition du Comité d'études du haut Congo, arriva au Stanley-Pool, il y trouva la solitude, la barbarie et l'hostilité des indigènes. Il fonda Léopoldville, où s'installèrent deux officiers belges, le capitaine Braconnier et le lieutenant Valcke, et il lança sur le fleuve le steamer En Avant,
Depuis ce moment, tout s'est rapidement transformé, et aujourd'hui le Pool, si morne il y a cinq ans, constitue l'une des colonies les plus actives de l'Afrique centrale. Elle ne compte pas moins
(1) Le lac de Genève mesure 573 kilomètres carrés.
de neuf établissements différents, abritant plus de trente blancs, sans compter les Européens do passage qui sV arrêtent chaque semaine.
Ce sont d'abord les deux stations que l'État du Congo possède à Léopoldville et à Kinchassa, et qui sont dirigées par douze à quinze agents, y compris le personnel des steamers. Léopoldville est situé dans un site pittoresque et possè<le, à l'heure actuelle, un jardin conunencé par MM. Teus et Wichman, très bien enu^ tenu par les ouvriei^ cafi*es et qui produit en abondance des légumes indigènes et européens : choux, fèves, laitues, patates, tomates, etc., etc. Autour de la station s'élèvent do véritable» forêts de bananiers, et les arbres fruitiers y sont nombreux. Léopoldville a une garnison de soldats bangala et haoussa. Il ne manque à la station, pour que la vie y soit agréable et facile, qu'un .troupeau de gros bétail, fournissant de la viande de bonchérie, et de vastes plantations de manioc pour la subsistance du personnel.
A Léopoldville se trouve également l'établissement de la Limngstone Inland Mission, desservi par des missionnaires américains.
Kinchassa, de son côté, prend un développement tout à fait inattendu.
A côté de la station de l'État, M. Grenfell a transporté le gi^nd établissement de la mission baptiste, qu'il occupe avec deux missionnaires, dont une dame, mistress Spearing. Bientôt après, sont arrivés M. Greshoff et son adjoint, qui ont élevé une jolie factorerie pour le compte de la maison de Rotterdam.
Enfin, en ce moment même, M. Taunt, chef de la Sanford Explofing Expédition^ y fait construire \\\\ bâtiment et y. fait amener un steamer, dont la moitié des pièces démontées sont déjà parvenues, à destination.
La Sanford Exploring Expédition est une expédition de reconnaissance scientifique et commerciale. Elle a été organisée par M. Sanford et feu M. Malou, avec le concours de quelques Belges, de quelques Américains et Anglais, dans le but de recueilbr des renseignements commerciaux, scientifiques et ethnographiques sur les régions du haut Congo.
Les rapports de M. Taunt seront rendus publics pour le grand bien de ceux qui s'intéressent aux affaires du Congo.
A Kimpoko, près de l'entrée du fieuve, c'est le personnel de la mission de Tévêque Taylor qui s'installe. Il se compose de huit missionnaires, qui y sont arrivés au mois de mai de l'année dernière. Parmi eux, il y a un médecin, le D' Harisson, et une dame, mistress Elkins, l'épouse d'un des missionnaires.
Ces messieurs ont déjà creusé un canal d'un kilomètre et demi
de longueur, pour faire servir à l'irrigation de leur» champs un torrent qui passe à 60 mètres de leur habitation ; sa profondeur ▼arie de 0.^ à 2 mètres.
Au printemps prochain, ils ont l'intention de profiter des 6 mètres de chute du torrent pour faire mouvoir une turbine.
En ce moment, le chef de la mission, Tévêque Tajlor, est en Angleterre, où il est allé commander un steamer pour le service de la mission.
Enfin, sur la rive opposée s'élève le quatrième centre européen, la station française de Brazzaville, près de laquelle s'est installée une factorerie de la maison Daumas, Béraud et C'«.
L'animation déjà grande de ces différents centres est augmentée par le va-et-vient des caravanes venant du bas Congo en destination du haut. Vienne, maintenant, le chemin de fer, et le Stanlej- Pool subira une notivelle transformation, bien autrement mar* quante encore.
L'état sanitaire y est très satisfaisant. M. le D' Mense, qui y dirige depuis quelques années le service, s'apprête à rentrer en Europe, son temps de service étant expiré. Il sera remplacé par notre compatriote, M. le D"* Paternotte, parti pour le Congo par le dernier bateau d'Anvers.
Dès que le chemin de for sera construit, le marché va naturellement se transporter vers la source des richesses, et Léopoldville supplantera Borna comme centre commercial primaire. Là sera le grand entrepôt des marchandises européennes ; lÀ vien> dront affluer l'ivoire, le caoutchouc, le copal, les huiles, le tabac, l'orseille, le bois de teinture, le coton, le café, le mais, le riz, la cire, les épices, etc.; les 20 à 30 millions d'habitants du haut fleuve viendront échanger ces produits & la tête de ligne du chemin de fer, soit directement, soit par l'intermédiaire des stations d'exploitation, contre les tissus, les vêtements, les outils, les armes, la poudre, la verroterie, etc.
La petite flottille du haut Congo compte à Theure actuelle sept embarcations à vapeur, savoir :
l» Quatre à TÉtat, — le Stanley, le Royal, Y En Avant et l'A. 7. A;
2° Une à la France, — le Ballay;
3<* Deux aux missions prolestantes, — le Peace et le Henry Read,
Elle sera vraisemblablement doublée d'ici à la fin de l'année par l'arrivée de 6 ou 7 steamers nouveaux :
l*» La Ville de Bruxelles, à l'État, qui a été expédié au Congo par le bateau parti d'Anvers le 2 février de cette année ;.
2** Le steamer de la Sanford Explonng Expédition, dont une partie des pièces est déjà arrivée à Léopoldville ;
3" Le steamer de la mission Taylor, qui sera expédié de Liverpool le 20 avril prochain. Il est en acier galvanisé. Sa longueur est de 18 mètres, sa largeur de 4"'80 ; il cale 1°*60. Il est muni de deux cabines et d'une salle de bains. Une scierie à vapeur sera installée à bord pour le sciage du bois destiné au ocmibustihle ainsi qu*à la fabrication des planches pour la construction des habitations. Enfin, innovation qui ne manquera pas de produire une vive impression sur les sauv^iges du haut €ongo, — le steamer sera éclairé à la lumière électrique ;
4® Le steamer de la Compagnie du Congo pour le commerce et rinéustrie^ en construction chez Cockerill ;
S^et 6" Les deux steamers dont les maisons de Rotterdam et de Daumas, Bénaud et G^*^ ont Tintention de doter, sous peu, leur factorerie du Stanley-Pool ;
£nfifl 7<> le Djové, le steamer de la mission française, ^ont les pièces sont depuis quelques années sur TAlima, attendant le remontage.