LE HAUT PLATEAU AFRICAIN
i quelques voyageurs, n'ayant vu du Congo que le coure du fleuve entre Banana et Vivi, et la route aride qui longe la rive entre Matadi et Léopoldville.ont pu, il y a quelque temps, émettre un avis défavorable sur l'avenir du haut plateau central africain, ces voix isolées ont été vife réduites au silence par l'ensemble de Topinion des explorateurs qui ont traversé le pays en tous sens.
Car, bien qu'il reste encore beaucoup de provinces à connaître, on peut dire qu'aujourd'hui l'on est fixé, d'une manière générale, sur la valeur des régions qui constituent l'État indépendant du Congo.
Stanley, Cameron et Wissmann l'ont traversé de part en part ; Sch>yeinfiirth et Junkcr y ont pénétré par le nord ; Livingstone et Reichard par l'est; Capello et Ivens ont exploré les provinces les plus méridionales ; Grenfell, les agents de l'Etat du Congo et les membres de l'expédition Wissmann ont parcouru les régions centrales. Tandis que certains de ces voyageurs, tels, par exemple, que Stanley, Grenfell, Hanssens, Van Gèle, von Schwerin, Taunt, etc., se bornaient à suivre les rivières en bateau, d'autres prenaient la voie pédestre par monts et par vaux, tels que Cameron, Schweinfurth, Reichard, Wissmann et les membres de son expédition.
On peut donc dire que l'on possède déjà un ensemble varié de renseignements, suffisant pour pouvoir se faire une idée assez exacte de l'Afrique centrale. Tous concluent à la fertilité du pays et à son avenir, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les extraits suivants :
Opinion de Stanley.
« Du moment où l'on franchit la Pointe-Rocheuse et qu'on débouche sur cette large étendue de fleuve, on na-
vigue en plein sur le haut Congo, coulant entre les plaines et les terres basses que nous voyons se déployer sur les deux rives et qui ne se transforment en cminences qu'aux approches du Biyerré. Cette fertile région, dont Tincomparable richesse compensera tous les efforts, tous les sacritices qu'on voudra s'imposer pour la mettre à la portée de l'Europe, est le véritable cœur de l'Afrique.
« L'intérieur del'Afriquepeut être comparée une immense noisette dont les 1,600,000 kilomètres carrés déterre presque plane que nous abordons maintenant forment l'amande. C'était cette amande que je convoitais. On ne tarderait pas à en connaîti*e la valeur, si on se donnait la peine de briser, pour l'atteindre, son épaisse enveloppe, — ces 280 kilomètres de rudes montagnes qui la dérobent actuellement au monde civilisé. »
H. -M. Stanley.
[Cinq années au C7o«<70,chap. XXI.'
Opinion de M. le lieutenant Camer on.
« Le centre de l'Afrique est un pays merveilleux, dont les produits égalent en nombre et en diversité ceux des régions les pi us favorisées du globe; et si l'on employait les habitants de cet heureux pays à l'exploitation de ces richesses minérales et végétales, de grandes fortunes seraient la récompense des pionniers du nouveau commerce. »
Comm^ Camerox.
(A trai-ei's l'Afrique, chai). XXXVI.
Opinion de M. le D** Schweinforth.
« Le pays des Mombouttous — on ne se lasse pas de le dire — produit sur le voyageur l'efTet d'un paradis terrestre. D'innombrables bosquets de bananiers y couvrent les ondulations du sol ; des élaïs d'une beauté sans pareille et d'autres monarques des forêts déploient leurs cimes audessus d'une végétation favorisée et surmontent d'une voûte ombreuse les demeures rustiques des habitants. Le pays a une altitude de 7o0 à 830 mètres au-dessus du niveau de la mer... Dans le fond des vallées, les arbres poussent avec une vigueur et arrivent à une circonférence qu'ils n'atteignent jamais dans la partie septentrionale du bassin du Nil. On pourrait appliquer au pays la description que le capitaine Speke a faite de l'Ouganda... (*).
« Le territoii'e des Momboullous doit figurer parmi les l'égions les plus populeuses du <^iuinent... Les cultures se succèdent d'une manière ininterrompue, les hameaux se rencontrent à chaque pas...
« Les Morobouttous sont une noble race... Leur industrie est avancée. En dehors de tout contact avec les chrétiens et les musulmans, ils sont parvenus à un haut degré de civilisation. »
D'G. SCHWEIXFURTH.
;Ai« amur as V Afrique, t. II, chap. XV.
Opinion de M. le lieutenant Wissmann.
« C'est un pays fort abondamment arrosé, à une altitude favorable au-dessus de la mer et ne présentant pas de parties marécageuses étendues. Il est extraordinairement peujilé... La saison sèche, si défavoi*able ailleurs, n'existe pas ici... Les forêts vierges, en galerie, sont souvent si nombreuses et si étendues, qu'on ne pourrait mieux les comparer qu'à de fortes veines, parcourant le terrain en tous sens, se rejoignant et s'entrecoupant sur les plateaux, entre les cours d'eau... A la côte, on ne se rend pas compte de l'abondance et de la richesse des récoltes de manioc, de mais, de millet et d'arachides faites par les indigènes de ces contrées... Le D*" Pogge, à son retour de Nyangoué, a pu constater et admirer l'immensité de la population... Ces prairies et ces savanes conviennent fort bien à l'élevage du bétail; je l'ai trouvé partout dans un état excellent... La richesse du caoutchouc est énorme dans toute la partie méridionale de l'État que j'ai traversée. »
L* Wissmann.
(Extrait de la brochure : Mei appréciatiom sw let critiques de Vœuvre du Congo contenues dans les répliquen de M. le 1/ Peschuël-Lœsche à Stanley, Bruxelles, mars 1886.)
Opinion de M. le D^ Eeichard.
. « Le Maroungou est un plateau élevé, excessivement bien arrosé, traversé par une chaîne de montagnes de 900 mètres environ d'altitude et courant parallèlement à la rive du Tanganîka... Les vallées sont extrêmement fertiles et présentent d'épaisses couches d'un humus gras. Les nombreux lits des cours d'eau sont bordés d'une végétation tropicale luxuriante, parmi laquelle on remarque principale-
ment des pandanus, des bombacées, des fougères, des bambous, plusieurs espèces de dracènes, ainsi que des lianes. Au sommet de cerlaines montagnes et le long de leurs flancs se déroulent parfois de vastes étendues de torêts vierges, où les tribus riveraines du lac trouvent les troncs gigantesques dans lesquels elles creusent leurs canots. Le climat est très favorable [zehr zutràglich) et les cas de fièvre sont rares.
« Les vallées de TOusanga sont extrêmement fertiles et couvertes de splendides forêts de bambous ; toute la montagne était jadis fortement peuplée. Mais, maintenant, Msiri, par ses guerres continuelles, a transformé toute la contrée en un immense désert... Après avoir traversé les montagnes boisées de Koni, je parvins dans le Katanga, remarquable par ses forêts étrangement belles et ses paysages, qui sont souvent d*un aspect infiniment mélancolique, aspect dont la tristesse est encore augmentée par l'état misérable où se trouve la population, en voie d'extinction. Il y a à noter qu'au delà du Tanganîka, le pays présente un caractère tout différent de ce qu'il offre à Test du lac, en ce sens que l'on trouve partout, de ce côté, des filets d'eau courante, qui manquent complètement de lautre... »
D"^ Reichard.
(Extrait du Bulletin de la Société de Géographie de Bei'lin, 1886, n* 2.)
Opinion de M. le lieutenant Mûeller.
« Mon opinion intime est que le climat du Congo a été jusqu'ici jugé avec trop de rigueur; celui du bas Congo présente seul des dangers ; ceux du haut Congo et du Kassaï sont bons... Le terrain est, au Kassaï, d'une grande fertilité... J'ai traversé à diverses reprises des forêts immenses, aux arbres touffus... Dans les forêts se trouve le caoutchouc en quantité presque illimitée ; le café croît à l'état sauvage... Nous avons pu obtenir les légumes d'Europe pendapt toute l'année... Les indigènes font trois récoltes de maïs ou d'arachides par an... L'élevage du bétail ne présentera aucune difficulté : le climat est bon, les animaux y résistent parfaitement ; il suffît de leur procurer des fourrages convenables. Les animaux amenés par nous au*Louloua vivent parfaitement et se sont déjà reproduits... Je crois que les nègres travailleront quand ils y trouveront quelque profit... En dehors
de rivoire et du caoutchouc, les Balouba ne vendent rien, parce qu on ne leur demande rien ; mais j*ai la conviction absolue que le jour où des moyens de communication seront créés, ces régions deviendront une grande source de richesses et prendront un grand développement commercial. »
L' MUELLER.
(Renseignements fournis au Mouvement géographique^ dane une entrevue à Bruxelles, en Juin 1036.)
Opinion de M. le lieutenant von François.
« Au point de vue du climat et comparativement aux régions de la côte, celles-ci sont fort privilégiées... Il n'y a pas de véritable saison de pluies... La végétation est si luxuriante et si dense, qu'elle oppose partout de nombreux obstacles aux travaux quotidiens... On pourrait se livrer à l'élevage du bétail sur la plus vaste échelle, dans les vallées du Kassai, couvertes de pâturages immenses... Le sol est excellent, tous les produits des tropiques s'y développent; les Balouba font tix)is récoltes de maïs par an... Je ne puis que confirmer ce que dit Stanley sur la masse des produits d*exportation et sur les aptitudes des indigènes au travail... Le profit à retirer pour le commerce de cette région sera immense, aussitôt que les communications par chemin de fer seront établies entre le bas et le haut Congo... On peut aflSrmer avec certitude que cette région commerciale de premier ordre enrichira dans peu d'années les marchés d'une foule de produits. »
L* voN François.
[Rapport adressé à Vadtninistration générale de l'État du Congo. Décembre 1885.)
Opinion de M. le D' Ludwig Wolf.
« L'intérieur de l'Afrique, pour autant que je le connaisse, semble avoir, pour la colonisation, la plantation et l'élève du bétail, un avenir qui promet beaucoup...
« Je ne doute aucunement que des planteurs entreprenants ne puissent trouver au centre africain un champ d'activité rémunérateur. Je suis pleinement d'accord avec d'autres voyageurs — avec le D^ Pogge, par exemple, qui était luimême agronome — sur ce point : qu'un Européen, sans nuire à sa santé, serait fort bien en état de travailler là-bas
une couple d'heures par jour, même à la culture des terres. . . Le charpentier Bugslag a fait lui-même à Loulouabourg de grandes plantations de riz, de. maïs, de cannes à sucre, de fèves, de manioc ainsi que de légumes européens, et déjà il a obtenu une série de récoltes... Bugslag avait l'habitude de travailler lui-même et de s'exposer souvent imprudemment au soleil de midi et, néanmoins, pendant toute une année il ^st senti bien portant et à même de poursuivre ses travaux. iNiait si satisfait de sa condition de planteur, que souvent il m'exprima le désir, une fois son terme expiré, de retourner au pays des Balouba avec sa femme et son fils, qui habitent l'Allemagne, afin de continuer ses entreprises agricoles et de s'appliquer à l'élève du bétail. »
D"" LlD^MG WOLF.
(Lettre adressée au gouveinement de rÉtat indépendant
du Congo.)
Opinion du révérend M. Oeorge Orenfell.
« J'aurais eu le plus grand plaisir à vous écrire longuement, si la chose eût été possible, et à dire un mot en faveur du Congo et de ses ressources si méconnues. Ceux qui l'ont vu seulement jusqu'à quelques centaines de milles anglais de son embouchure n'hésitent pas à se prononcer défavorablement sur le cours entier, comme s'il ressemblait aux collines arides qu'ils ont dû traverser dans la région des chutes. Mais s'ils avaient vu, comme moi, 3,000 milles anglais du magnifique cours d'eau et reconnu ses immenses ressources, un chemin 4e fer (un chemin de fer peut seul résoudre ce problème) serait bientôt construit. Il n'y a peutêtre aucune portion de rivières dont je ne puisse parler de visu, mais le magnifique Kassaï du lieutenant Wissmann aura peut-être une valeur plus immédiate que tout le reste, car il y a là une voie ouverte au commerce très actif, un commerce qui, sans aucun doute, offrira une récolte comme l'Europe n'en saurait espérer de plus belle. »
George Grenfell.
(Lettre datée des Stanley-Falls, le 17 février 1886, et adressée à la Scdété de Géographie de Paris.)
Opinion de M. le jy von Sdiwerin.
« On a dit que les bords du fleuve étaient marécageux... Certainement cela arrive parfois, là surtout où la terrasse
^iveraine a été enlièrciiient ro:ïiî«'o par Il'S eaux. Mais der- "^ii^re ces bandes nîaréi-a^eii?o*i, tir jwu d\'U'ndui\ on lotroiive, :*esl ceilain, des terrains extrêmement fertiles. ?fe parlons
ne pas de vastes marais et d*un fleuve aux eaux sta- -ignantes. Le Congo coule, et très bien, et ce n*est pas la terre "ferme qui manque sur ses bords... Que Tintérieur dune contrée si abondamment ai*rosée que le bassin du Congo doit, selon toute probabilité, pix>duire des forèts en graijii nombre, est une conclusion que j'ose faire théoriquement, sans ci*aindre le moins du monde d'être accusé de chauvinisme congolais. Les rap|>orts des voyageurs allemands et de M. Grenfell viennent, du reste, contiriner cette théorie.
« La population est très inégalement répartie sur les bords du fleuve. Là où les rives sont marécageuses, on ne trouve aucune habitation permanente. Mais rien ne prouve que, deiTière cette bande inhabitée, ne se trouvent pas des populations très denses — au contraire. Ailleure, des agglomérations de villages, vraiment immenses, se succèdent le long des berges, par exemple, aux Bangala, à Ikounoungo, à Oupoto, etc. En ce qui concerne la valeur de la race congolaise, on peut affirmer que plus on avance vers l'intérieur du bassin, plus les indigènes paraissent forts, riches et intelligents.
« Je ne vous parlerai pas des plantations des indigènes ; c'est trop connu. Elles sont magnifiques.
« Je vous assure, en terminant, qu'après un voyage tel que celui que je viens de faire (0, on a foi dans Tœuvre du roi des Belges. Elle est sérieuse et grandiose. Après s'en être rendu compte sur place, il y aurait faiblesse d'esprit — je dirais même quasi-lâcheté — à douter de son avenir et de celui de l'Afrique centrale. »
Baron von Schwerin.
(Lettre adressée le 10 septembre 1880 au Mouvement géographique.)
Opinion de MM. Capello et Ivens.
« Toute la région élevée qui s'étend vers le nord jusqu'au 6® parallèle, et qui s'allonge entre le 2S« et le 31' degré,
(l)M.yon Sohwerin a vu le Kassal jusqu'à la station de Louëbo et le haut Congo Jusqu'à la station des Falls.
constitue Tun des pays les plus riches de TAfrique, celui auquel est réservé, sans aucun doute, le plus brillant avenir.
« Couvert de terre d'une étonnante fertilité, arrosé par des cours d'eau comme le Loualaba et le Louapoula, qui sont d'excellentes voies de communication reliant les deux points extrêmes de la contrée ; abondant en richesses minérales tout à fait exceptionnelles et en une infinité de produits naturels, tels que le caoutchouc, la gomme, Torseille, sans compter rivoire d'éléphant et d'hippopotame; situé à 1,400 mètres, en moyenne, au-dessus du niveau de la mer ; rafraî- 'Chi par le vent du suîl-est, ce pays mérite d'être sérieusement étudié, car il est hors de doute que l'Européen peut s'y établir et y vivre. »
L' IVENS,
de Tarmée portugaise.
[Bulletin de la Société de géographie de Paris, 1885, p. 559.