LÀ COMPAGNIE DU CONGO POUR LE COMMERCE
ET l'industrie.
(^1^ 'entreprise de la construction da chemin de fer du -^^ Congo est entrée dans une phase nouvelle : la phase belge.
Une compagnie s*est constituée à Bruxelles pour Tétudc du tracé de la voie ; les fonds nécessaires à cette étude sont souscrits par un important groupe de capitalistes, d'industriels, de constructeurs et de commerçants portant tous des noms bien connus dans le monde des affaires (*).
Les choses vont marcher rondement. Une expédition composée d'ingénieurs et de spécialistes va être envoyée au Congo, où la question du tracé, de la construction de la voie, du coût de Tentreprise et de son avenir sera examinée sous toutes ses faces. On pense que cette expédition aura terminé ses travaux endéans les dix-huit mois. Puis, ses membres entendus en leurs rapports, les plans et les devis dressés, la compagnie décidera si elle construira elle-même le chemin de fer ou si elle constituera, à cet effet, une société distincte. La compagnie sera internationale, mais avec une forte majorité de capitaux belges.
Voilà la nouvelle, dans ses grandes lignes. Elle ne manquera pas de réjouir, en Belgique, le monde des affaires qui, il y a quelques mois, avait exprimé ses regrets de voir cette même entreprise concédée à un syndicat anglais. On sait que depuis lors, et à la suite de difficultés survenues à propos de la rédaction du contrat définitif, TÉtat du Congo a été forcé de mettre fin aux négociations, et qu a la suite de cette renonciation, le syndicat anglais s'est dissous.
(1) Voir, aux Annexes^ les statuts de la Compagnie et la liste des actionnaires.
Immédiatement, l'affaire a été reprise à Bruxelles, grâce à l'initiative et à Tactivité de quelques-uns. Les circonstanœs, du reste, avaient heureusement préparé le terrain. On se souvient, en effet, de l'étude de la question du Congo, qui a été sérieusement poursuivie, l'hiver dernier, à la Société belge des ingénieurs et industriels, au local de la Bourse. Une suite de conférences y ont été données par quelques-uns de nos compatriotes qui ont joué dans l'œuvre du Congo un rôle prépondérant : — MM. Thys, Valcke, Vande Velde, Coquilhat, Monet, Allart, etc.
Tout récemment, dans un rapport substantiel, extrêmement intéressant, signé de M. Auguste de Laveleye, président du Comité d'études, et de M. l'ingénieur J. Dery, secrétaire, la Société a présenté un résumé de l'état actuel de l'étude de la question au Congo au point de vue du commerce et de l'industrie belges. Précisément la construction du chemin de fer constituait la conclusion pratique du travail.
« Pour que le haut Congo, dit le rapport, puisse répondre à ses promesses, pour qu'il puisse devenir eàectivement une de ces belles colonies dont l'exploitation joue un rôle prépondérant dans l'industrie et le commerce du pays avec lequel elles ont le plus d'intérêts communs, il n'y a qu'un moyen efficace : c'est Y établissement d'un chemin de fer permettant d'amener, sans un fret exagéré, les riches produits de l'intérieur des terres au port d'embarquement.
« La création d'un chemin de fer est donc indispensable. Ce chemin de fer possédera-t-il un trafic assez développé pour assurer une juste rémunération au capital nécessaire à son établissement? Nous n'hésitons pas à répondre à cette question d'une manière affirmative... H »
Pour s'exprimer avec cette assurance, le rapport de MM. de Laveleye et Dery — est-il besoin de le dire? — s'appuyait sur les conclusions des explorateurs.
Stanley d'abord :
« Parmi les 325 millions d'habitants que compte l'Europe, -— dit-il en terminant son ouvrage, — il ne manquera pas d'hommes assez intelligents pour se laisser convaincre par l'Évangile de commerce, d'initiative, d'activité que
(1) Société belge des ingénieurs et industriels. — Rapport du comité d'études ^ur la question du Congo. 1 brochure de 40 p. avec 1 carte. Bruxelles, 1886- Nous avons fait à ce travail plusieurs emprunts.
constitue ce chapitre. Je suis encouragé à le croire par l'erapressement avec lequel on commence à accueillir les idées émises depuis quelques années au sujet du continent mystérieux. Il y a là des richesses énormes qui attendent le chemin de fer destiné à les recueillir. J'en avertis le commerce et suis persuadé que Tavertissement ne sera pas perdu. »
Et Cameron :
(( Par ses affluents, le Congo permettrait à nos marchands et à nos missionnaires de pénétrer dans la plus grande partie des régions actuellement inconnues de TAfrique... L'embouchure de cette énorme rivière n'est sous la domination d'aucune puissanceeuropéenne. . . Pourquoi laisser dans l'abandon un pareil chemin, qui nous mènerait en des contrées d'une richesse infinie?... Nous en avons dit suffisamment pour démontrer qu'il y a au centre de l'Afrique des richesses incalculables. Que les gens qui cherchent un emploi à leurs capitaux inactifs se réunissent pour ouvrir le pays au commerce... La première chose à faire serait d'établir des voies de communication, »
Et M. le lieutenant Wissmann :
« J'ai la ferme conviction qu'avec le chemin de fer, la vitalité des États du Congo est pleinement assurée. »
Et M. le lieutenant von François :
« Le profit à retirer pour le commerce de cette région sera immense, aussitôt que les communications par chemin de fer seront établies entre le bas et le haut Congo. On peut affirmer avec certitude que cette région commerciale de premier ordre enrichira dans peu d'années les marchés d'une foule de produits. »
Et M. le lieutenant Mueller :
« J'ai la conviction absolue que le jour où des moyens de communication seront créés, ces régions deviendront une grande source de richesses et prendront un grand développement commercial. »
Et M. le lieutenant Valcke :
« Nous connaissons une voie. J'ai mesuré les obstacles qu'elle présente, et la conclusion à laquelle j'arrive c'est que, quelle que soit leur importance, l'établissement d un che-
min de fer s'impose. Aucun de ces obstacles n'est de nature à créer une difficulté sérieuse. L'entreprise est très faisable et promet d'être rémunératrice. »
Et M. de Bra2za :
« L'avenir du bassin du Congo, considéré d'une façon tout à fait générale, dépend en partie des voies de communication à créer. Dans les obscurités actuelles de la question, je ne sais ni où, ni quand, ni comment ces voies seront établies. Mais je puis affirmer qu'elles le seront quelque jour. »
Et M. Grenfell :
« Si l'on avait vu comme moi 5,000 kilomètres du magnifique cours d'eau et reconnu ses immenses richesses, un chemin de fer serait bien vite construit. Le Kassaï aura probablement une valeur plus immédiate que le reste du réseau ; il y a là une voie ouverte à un commerce très actif, à un commerce qui, sans aucun doute, offi*ira une récolte comme l'Europe n'en saurait espérer de plus belle. »
Après des affirmations aussi catégoriques, émanant d'hommes aussi compétents, il est évident que la construction du chemin de fer du Congo n'est qu'une affaire de temps. D'ici à un an, un an et demi, nous aurons, grâce à la nouvelle compagnie qui vient de se fonder à Bruxelles, une étude complète et définitive sur la question.
En attendant, dans les chapitres qui suivent, nous allons essayer de décrire la contrée que la future voie traversera, les difficultés que sa construction aura à vaincre, le magnifique réseau fluvial qu'elle est appelée à relier à l'océan, enfin l'avenir qui attend l'entreprise.