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LE BAS CONGO

UELQUEs mots, d abord, du bas Congo, c'est-à-dire de la partie navigable du fleuve qui s'étend entre Banana et Matadi. Elle est trop connue pour que nous nous y arrêtions longtemps.

Banana.

La crique de Banana constitue un port accessible aux navires dont le tirant d'eau ne dépasse pas 9 mètres. L'amplitude de la marée est de l^'SO. Les mouillages se font dans les meilleures conditions. Les bateaux, les chaloupes, les allèges des factoreries, ceux de TÉtat indépendant, les navires de guerre des diverses escadres de l'Atlantique et des voiliers marchands y stationnent continuellement.

Moyennant certaines améliorations qu'il serait utile d'y ajouter, tels que quelques travaux de dragage, des quais sur une longueur de 3 kilomètres, un phare, des bouées indiquant la passe, il deviendrait un port de premier ordre. Il présente pour l'instant le plus beau port depuis le Niger jusqu'au Cap ; par sa situation à l'entrée du Congo, il est appelé à un grand avenir.

Des habitations en briques et en bois pour les Européens et pour les travailleurs noirs, pour les magasins et les ateliers, y ont été construites par les négociants hollandais, français, anglais, portugais, et par l'État indépendant, qui y a établi son service des postes et celui des douanes. Dernièrement, la maison hollandaise a fait bâtir un hôtel pour les voyageurs, dans lequel, moyennant 9 francs par jour, ils auront logement et nourriture. Ses installations ne laissent rien k désirer au point de vue du confort.

La maison hoUandaise, dont le siège social est à Rotterdam, est, sans contredit, la plus importante. Sa fondation remonte à 1869. Elle couvrç un territoire d'une étendue de

700 arpents; elle a, comme personnel, à Banana 30 blancs et 800 noirs; elle possède 40 succursales dans la rivière.

Vient ensuite : 2<* la maison française Daumas-Béraud et C'% qui est la plus ancienne; elle a été fondée en 1855. Son siège social est à Paris; elle a, comme personnel, 8 blancs et 100 noirs environ; elle possède 15 succursales sur la rivière ;

3<> La maison anglaise « British Congo O" »», dont le siège social est à Manchester, compte un personnel de 6 blancs et 50 noirs. Elle a 12 succursales sur la rivière;

4» La maison Valle et Azevedo, dont le siège social est à Lisbonne; elle possède environ 20 succursales.

Tous ces établissements ont des embarcations à vapeur et des voiliers qui desservent leurs différentes succursales. La maison hollandaise a quatre bateaux à vapeur; la maison française, la « British. Congo C** » et la maison Hatton et Cokson, chacune un ; et, enfin, TËtat indépendant quatre, savoir : le Héron, jaugeant 114 tonneaux, la Belgique, 30, Y Espérance et le Prince Baudouin, chacun 8.

C'est à Banana que le voyageur abandonne le vapeur qui Ta amené d'Europe, pour prendre le steamer de l'État et remonter le fleuve, soit jusqu'à Boma, le port intérieur, soit jusqu'à Matadi, tête de ligne de la route terrestre vers le Slanley-Pool.

Boma,

OMA est actuellement le centre principal du commerce du bas Congo et le siège d'importantes factoreries. Des warfs permettent aux plus grands navii'es d'y aborder. L'État a fait construire à Boma une jetée en fer fournie par les ateliers Rolin, de Braine-le-Comte, munie de grues puissantes, ainsi qu'un chemin de fer à petite section, livré par M. Legrand, de Mons. Si Boma possédait un phare, si l'on y érigeait des quais et si l'on y exécutait certains travaux de dragage, peu importants du reste, on en ferait très facilement et à très peu de frais un port intérieur de tout premier ordre.

A Boma, le Congo, qui, un peu avant, à Fetiche-Rock, s'est resserré jusqu'à 1,500 mètres et a traversé quelques passes difficiles, obstruées par des [bancs J de sable, reprend sa majestueuse largeur de 4 à 5 kilomètres ; sa profondeur est

de 6 à âO mètres («) ; la marée n'atteint plus que 6 à 7 œatimètres.

La rade est superbe, d une largeur d un kilomètre el d une profondeur variant de 6 à 20 mètres. Il y a déjà actuellement un développement de quais de 1,700 mètres, de la rivière des Crocodiles, à Touest, jusqu'au pied de la colline des Missionnaires, à Test.

Les installations de l'État se divisent en Boma-rive et en Boma-plateau. Â Boma-rive se trouve Tâncienne maison à étage et ses dépendances, construite par M. Gillis. Le service topographique, dirigé par M. le capitaine Jungere, y est installé.

A Boma-plateau, il y a, outre le sanitarium construit par M. le docteur Âllart, toutes les grandes maisons en bois qui proviennent de Vivi et qu'occupent M. l'administrateur général Janssen, MM. Destrain et Âvaert, ses secrétaires, le lieutenant Yalcke, administrateur des travaux publics et des transports, M. le major Parminler, administrateur des finances, le chef de la station, le lieutenant Roget, chef de la force armée, et le personnel de la comptabilité, de la poste et de la douane. Les deux centres doivent être, actuellement, reliés par un chemin de fer Decauville, ainsi que par le téléphone.

L'État entretient, pour l'alimentation de son personnel, deux jardins, qui sont florissants. Toute espèce de légumes d'Europe et d'Afrique y viennent magnifiquement. Il possède également un troupeau de bétail.

Boma est le centre du commerce du bas fleuve. On y trouve des factoreries hollandaises, françaises, anglaises et portugaises. A peu de distance, en aval, est située l'île de Matebba, où M. de Roubaix, d'Anvers, a un établissement dirigé par 9 agents blancs.

Navigabilité du fleuve.

<5|][^E bas Congo, dont la largeur varie dans de fortes procfc=^ portions, — de 1,500 mètres à 10 kilomètres, — présente en certains points de son cours inférieur une navi • gation assez difficile.

(1) Rappelons ici, comme points de comparaison, que TËscaut devant Anvers mesure de 335 & 550 mètres d» largeur et de 4*50 à 8"40 de profondeur, sui van t les endroits et l'heure <iA la marée.

En quittant Banana, le fleuve mesure 3,000 mètres de largeur; sa profondeur, qui n'est jamais inférieure à 20 mètres, en atteint parfois 270; son courant est de 5 nœuds à l'heure.

Les navires du plus fort tonnage peuvent arriver, sans la moindre difficulté, jusqu'à Ponta da Lenha, situé à 50 kilomètres de rembouchure.

Au delà de Ponta da Lenha, de nombreuses îles obstruent le fleuve et rétrécissent son lit. La navigation devient plus incertaine à cause de bancs de sable qui se forment et se déplacent suivant les saisons. Pour supprimer tout danger, il suffit de déterminer exactement où se trouvent les bas-fonds. Une reconnaissance sérieuse du fleuve permettra de rechercher les passes favorables et de les indiquer à l'aide de balises et de bouées. L'exemple de l'Escaut, assez connu, prouve que les moyens ne manquent pas pour vaincre les difficultés de ce genre. Du reste, maintenant déjà, la connaissance du fleuve est suffisante pour que les navires de mer puissent atteindre Borna et dépasser même ce point. L'accord intervenu entre V « Empreza Nacionale » et l'État indépendant du Congo — accord par lequel la ligne portugaise s'était engagée à envoyer un bateau-transport jusqu'à Boma et même au delà — prouve jusqu'à l'évidence que les propriétaires de cette ligne de navigation considèrent la traversée de cette partie du fleuve comme ne présentant aucun danger réel. Les steamers belges de la ligne Walford et O^ d'Anvers, qui relient toutes les six semaines Anvei's au Congo, vont également jusqu'à Boma.

Au delà de la future métropole commerciale du Congo, le fleuve laisse entrevoir quelques récifs ; la vitesse du courant augmente et la navigation présente de plus grandes difficultés. Les navires possédant une vitesse suffisante peuvent, néanmoins, le remonter facilement jusque Matadi. Ce point est situé à peu près en face de Vivi ; il oiïve un bon mouillage et est appelé par cela même à prendre, pai' la suite, une grande importance.

Au delà de Matadi, la navigation n'est plus guère possible que jusqu'à Vivi, et encore pour des vapeurs de petit tonnage, d'une grande vitesse et à faible tirant d'eau.

A quelques kilomètres de Vivi, on entre dans la région des cataractes. La première, celle d'Yellala, arrête toute navigation.

Voici le tableau des distances et de la durée du trajet, par steamer marchant à raison de 9 nœuds à Theure :

De Banana à Ponta da Lenha . 50 kilomètres en 3 h. 30

De Ponta da Lenha à Borna . . 43 — 3 30

DeBoma à Mossouko. ... 50 — 4 00

De Mossouko à Noki .... 20 — 2 00

De Noki à Maladi 15 — 1 00

Total. . . 180kilomèlresenl4h.

Depuis que Vivi, sur la rive droite, a été abandonné, c'est Matadi, sur la rive gauche, qui est devenu la tête de ligne des transports vers Léopoldville. Il est probable que ce sera de ce point, ou d'un autre situé dans les environs, que partira le chemin de fer projeté.

Au point de vue technique, on voit, parles renseignements qui précèdent, que fort peu de travaux d art sont nécessaires pour établir diiférents ports le long du bas Congo. La profondeur d'eau est suffisante pour trouver de bons mouillages, et les rades se présentent en quelque sorte d'elles-mêmes. On devra certainement, ici comme partout où l'homme veut établir son empire sui* la nature, améliorer les moyens que celle-ci a mis gratuitement à notre disposition ; mais s'il y a des difficultés à vaincre, elles sont relativement peu importantes et, du reste, aucune raison n'oblige à commencer ces travaux immédiatement.

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