DE FER
Yellala, avons-nous dit, commence la région des cataractes, région sauvage, qui, jusque dans ces dernières années, était restée complètement inconnue. C'est Stanley qui, le premier, la traversa de Test à Touest en 1877 et c'est lui encore qui, trois ans plus tard, la remonta le premier, de Touest à Test, à la tête de l'expédition du Comité d'études du Imut Congo.
Pour se faire une idée d'ensemble du fleuve dans cette partie de son cours, que l'on se représente un gigantesque escalier, zigzaguant au fond d'un précipice aux parois élevées et dont les 32 marches, d'inégale hauteur et d'inégale largeur, sont formées par des blocs de toutes formes et de toutes dimensions. Sur cette construction cyclopéenne — qui s'étend le long de 280 kilomètres, avec une pente dont la différence de niveau est de 260 mètres — roule, par places, avec une vertigineuse rapidité et des profondeurs insondables, un fleuve géant qui, à certains endroits, mesure 2,000 à 3,000 mètres de largeur, pour se resserrer, à d'autres, jusqu'à 300 à 400 mètres et qui, à l'époque des crues, débite, par seconde, 800,000 mètres cubes d'eau !
Voilà ce qu'on appelle les 32 chutes ou rapides de Livingstone; voilà l'obstacle qui, jusqu'en 1881, a arrêté toutes les explorations qui, de ce côté, ont tenté de pénétrer dans l'intérieur; voilà la barrière qu'il s'agit, aujourd'hui, de contourner par un chemin de fer, pour atteindre les plaines fertiles du haut plateau de l'Afrique centrale.
Deux projets de tracé ont été mis en avant.
Le premier, celui de Stanley, ayant Vivi pour tête de ligne, comprend deux tronçons mesurant ensemble 17S kilomè^ très, et reliés entre eux par un bief navigable, entre Isanghila Manyanga.
Le voyageur prendrait le train à Vivi, à Songata, i Ikon* goola ou à quelque autre port voisin sur la rive droite, et sui* vrait celle-ci jusqu a Isanghila. lA, il trouverait un bateau à vapeur, qui remonterait le fleuve sur la section navigable et longue de 130 kilomètres, qui s*étend jusqu a Manyanga, débarquerait sur la vive gauche, où il suivrait le seo.>nd tronçon de la ligne qui le conduirait à Léopold ville.
Si ce projet devait être adopté, le chemin de fer ù construire serait moins long que la section de la ligne du Luxembourg entre Bruxelles et Arlon (192 kilomètres).
Le second projet part de la rive opposée, aux environs de Matadi, et va directement à Léopold ville, sans transbordement. Il présente une longueur totale de 380 kilomètres, ce qui est de 30 kilomètres moindre que la ligne de Bruxelles- Paris (310 kilomètres).
Ce second projet aurait sur le premier les avantages multiples et considérables de pouvoir opérer ses transports sans rompre charge à Isanghila d'abord, à Manyanga ensuite, de traverser des plateaux populeux, enfin, de se rapprocher de la roule pédestre des caravanes de l'intérieur vers la côte d'Âmbriz.
Les éléments d'appréciation manquent encore pour pouvoir se prononcersur la valeur respective de ces deux projets et sur le tracé de la ligne qui sera la plus facile à construire et la plus économique à exploiter. La question ne pourra être résolue qu'après des études complètes et sérieuses. Disons cependant que la plupart des explorateurs qui ont parcouru les deux rives assurent que la rive sud serait moins défavorable à la création de la voie ferrée que la rive nord et, d*un autre côté, il n'est pas douteux que Matadi conviendrait beaucoup mieux comme point de départ que Vivi. L*expédition qui va partir sera chargée de résoudre définitivement la question.
Quant au coût de la voie, les études ne sont pas encore assez avancées pour que l'on puisse considérer comme sérieux les chiffres approximatifs qui ont été mis en avant par quelques voyageurs. L'expédition ciomposée d'hommes compétents qui va être envoyée sur le terrain par la Compagnie du Congo, nous fixera définitivement sur ce point important.
Comme il paraît probable que la préférence, pour le traéc
de la voie, sera donnée à la rive sud, nous allons, pour donner au lecteur une idée du pajs, résumer une conférence de M. le lieutenant du génie Valcke, qui connaît la route, d'abord, pour l'avoir créée avec Stanley, ensuite, pour l'avoir parcourue nombre de fois et, enfin, pour y avoir dirigé le transport du steamer le Stanley (^).
(1) On trouvera le texte entier de cette conférence dans le recueil de Conférences sur le Congo données & la Société belge des ingénieurs et industriels.