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LE CHEMIN A ‘ LISSES ” DE BOIS

Ce n’était pas 1à une tentative dérisoire, comme on serait porté À le croire de nos jours où de pareils chiffres feraient sourire. On voulait naïvement essayer, on voulait voir quelle figure feraient des capitaux canadiens dans

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une entreprise de chemin de fer ; surtout, on voulait commencer par quelque chose, n'importe quoi, pour tirer la capitale de son isolement, des barrières qui l’étreignent dans tous les sens, et pour la doter d'un arrière-pays productif dans la direction du nord, puisque de ce côté-là seulement elle pouvait essayer de se déployer.

Mais on reconnut bientôt l'impossibilité de construire un chemin de fer avec d’aussi maigres ressources. Alors on eut l’idée d’en faire un avec des “ lisses de bois ”, et, effectivement, on posa des rails en bois de Québec à Gosford, et, pendant près d’une année, des trains cireulèrentsur cette ligne d’un genre inédit. Les résultats furent surprenants, étonnèrent jusqu'aux directeurs de la Compagnie eux-mêmes.

En quelques semaines trois grandes scierics s’élevaient sur des rivières traversées par la ligne, et de grandes quantités de bois de chauffage et de construction étaient transportées à la ville.

Mais la saison des pluies glaciales et des tempêtes de neige survenant, on se buta immédiatement contre une autre impossibilité, celle de faire rouler des trains sur des “ lisses ” de bois couvertes de verglas. Néanmoins on ne se laissa pas décourager et, pendant plusieurs années, tous les printemps, on recommençait l’exploitation de la ligne, qui ne fut abandonnée définitivement qu’en 18:4.

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Le 27 novembre de cette même année, M. Edmond Giroux, conseiller de ville, proposait de demander à l’Assemblée Législative l’autorisation d'émettre des débentures au capital de la “ Compagnie de Gosford et du Lac Saint-Jean.” |

Le montant de ces débentures devait être de quatre cent cinquante mille dollars, représentant une subvention de $2500 par mille .et payables successivement par sommes de 590,000, au fur et à mesure que la Compagnie aurait construit trente-six milles dechemin. La distance entre Québec et le lac Saint-Jean étant évaluée À 180 milles, la ligne se trouvait divisée en cinq sections égales et la Compagnie devait recevoir 90,000 dollars, chaque fois qu’une section nouvelle serait complétée.

La proposition de M. Giroux fut adoptée avec empressement et, dès l’hiver qui suivit, M. Ilorace Dumais, arpenteur-géomètre d’une grande autorité, était chargé par le gouvernement provincial de faire une exploration minutieuse de tout le pays compris entre le lac Saint-Jean et le lac Edouard, la rivière Batiscan et le Saint-Maurice, Ses travaux terminés, M. Dumais se prononçait énergiquement en faveur de la construction du chemin de fer projeté, dans une lettre qu’il adressait au commissaire des Terres Publiques, et la Compagnie, reprenant un nouvel essor, décidait d'adopter le tracé indiqué par M. Dumais ; elle se constituait, cette fois définitivement, sous le nom qu’elle p:rte aujourd’hui, avec un capital de cinq

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millions de dollars ; les travaux, longtemps interrompus, recommençaient par la construction d’un pont monumental sur la rivière Jacques-Cartier, et l’entreprise tout entière prenait une physionomie et une allure inconnues jusque-là.

Nous étions parvenus alors à l’année 1878. Kien ne semblait devoir désormais troubler l’action de la Compagnie, mais de nouveaux nuages s'étaient formés subitement à l'horizon et, grossissant toujours, allaient fondre sur l’entreprise en paralysant encore une fois ses mouvements à peine rendus à leur liberté et à leur vigueur.

Une compagnie rivale s'était formée et avait obtenu de l'Assemblée Législative un acte l’incorporant sous le nom de “Compagnie du chemin de fer du Saint-Laurent, des Basses Laurentides et du Saguenay.” Elle avait

pour objet principal l'exploitation des forêts entre les vallées du Saint-Maurice, de la Batiscan et du lac Saint- Jean, et voulait construire une ligne qui, partant du Lac, aboutirait À un point quelconque entre Batiscan et Trois- Rivières.

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