CARDWELL
Ce qui suit est un rapport du discours prononcé par le député de Cardwell, mardi, le 20 avril 1880, au cours du débat sur le chemin de
fer canadien du Pacifique :
M. WHITE (Cardwell) : Monsieur l’Orateur, il est impossible d’exagérer l'importance de la question qui occupe la Chambre depuis trois ou quatre jours. On ne saurait imaginer une question impliquant davantage les intérêts présents et futurs de la Confédération canadienne. Selon moi, elle se présente sous un double aspect : obligation nationaie, intérêts matériels du Canada.
Relativement au premier aspect, l'honorable député de Durham- Ouest (M. Blake) a dit que l'honorable ininistre des chemins de fer s'était ‘ plongé dans des antiquités” Or, comme avocat, l'honorable monsieur doit savoir que tous nos droits dépendent de principes établis de toute antiquité. Quand il a un différend légal à régier entre deux hommes, il ne donne son avis qu'après s'être ‘ plongé dans les antiquités” Nous sommes obligés d’avoir recours au mème moyen dans les différends qui s'élèvent entre des sociétés, des parties de sociétés, on
entre des individus.
Je crois que l'honorable député de Durham-Ouest a eu bien mau. vaise grâce à se rire de l'honorable ministre des chemins de fer, parce que celui-ci a fait l'historique de la question, et à traiter cet historique de ‘‘ fouilles dans les antiquités.”
Malgré ces plaisanteries, et avec la permission de la Chambre, je prendrai la liberté, moi aussi, de me ‘* plonger dans les antiquités de
cette question,” de rappeler quelles ont été les relations entre la Confé dération et cette province, quelles sont les obligations que nous devons
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remplir envers elle. Il n’est pas nécessaire de rappeler l'origine de ce projet. Toutes les personnes qui ont un peu étudié la question du chemin de fer canadien du Pacifique savent que ce ne fut pas, à l’origine, une question de parti, que les deux partis politiques favorisaient sa construction. Toutes les personnes qui ont l’halitude de se tenir au cours des événements, savent de quelle manière énergique l’orgaue principal de l’opposition dénonça les personnes qui ont oublié que la
‘Construction du chemin de fer du Pacifique, d’un océan à l’autre, est
pour nous un devoir dont l’oubli nous exposerait à la double accusation de manque de patriotisme et de loyauté à la couronne anglaise.
Les chefs des deux partis n’ont pas cherché à nous convaincre de l'obligation de construire le chemin de fer du Pacifique; mais ils ont insisté sur la manière de le construire et sur la date à laquelle il doit être construit. Quand la Colombie britannique entra dans la Confédération, nous nous engageâmes à construire le chemin de fer, à le commencer sous un délai de deux ans et à le terminer dans dix ans.
Le gouvernement du jour, agissant d’après les instructions de la Chambre, adjugea le contrat à une compagnie particulière aidée d’une subvention en argent au moyen d'octrois de terres ; et si cette compagnie eût réussi, je crois que le Canada en retirerait aujourd’hui de grands avantages. Qui ne donnerait pas volontiers, aujourd'hui, $830,000,000 et 50,000,000 d’acres de terres pour voir ce chemin construit d’un océan à l'autre? Mais ce projet a échoué. Je ne discuterai pas les causes de cet échec, qui sont multiples. Sir Hugh Allan, qui, avec ses associés, obtint le contrat, était malheureusement, je crois, engagé dans d’autres ent: prises de chemins de fer, ce qui lui attira la violente hos.tilité des plus puissantes compagnies de chemins de fer de Londres. Il proposait non-seulement de construire la ligne à travers le continent, mais un chemin de fer reliant Québec à Ottawa et se prolongeant jusqu'au Sault Sainte-Marie, avec embranchement à Toronto, puis se continuant vers l’ouest sur le prôlongement du Great Western, pour faire concurrence à la compagnie du Grand-Tronc. Ce projet lui attira la violente hostilité des directeurs et actionnaires du GrandTronc, à Londres, qui firent tous leurs efforts pour l'empêcher de réussir. Outre les influences qu’elle avait à Londres, cette puissante corporation fut aidée par des influences de ce côté-ci de l'Atlantique,
Je ne prétends pas blâmer les honorables messieurs de la gauche d'avoir essayé à renverser le gouvernement d'alors ; mais en faisant un retour sur le passé, chacun admettra qu'ils eussent montré plus de patriotisme, eussent mieux servi les intérêis du pays en insistant à ce que la ligne fût construite, et si, en provoquant ici une crise politique, ils n’eussent pas aidé ceux qui, de l'autre côté de l'Atlantique, avaient
juré de faire échouer l’entreprise.
Je crois que, malgré l'opposition du Grand-Tronc en Angleterre, sir Hugh Allan aurait réussi, qu'il aurait fait dépenser chez nous des capitaux anglais énormes pour la construction de cette voie ferrée, si l'opposition canadienne n’eût pas provoqué la crise politique dont j'ai déjà parlé. La ligne aurait ainsi été construite par une compagnie puissante qui, par son président, aurait eu le contrôle d’une magnifique ligne de vapeurs, et qui aurait employé, dans le Royaume-Uni, 1,200 agents voyageurs dont chacun serait devenu un agent d'émigration et aurait contribué à peupler nos territoires du Nord-Ouest, Mais la compagnie Allan échoua ; le gouvernement du jour fut défait et les honorables mess:eurs de la gauche entrèrent en charge. Si les déclarations que nous avons entendues depuis le commencement de ce débat sont acceptables, je crois que l’ancien gouvernement aurait fort bien pu dire à la Colombie britannique: ‘Nous ne pouvons pas nous en teuir au marché conclu; veuillez nous libérer de nos engagements ; nous Construirons la ligne aussi rapidement que nous pourrons, avec nos ressources.” Mais le gouvernement n’adopta pas ce moyen. Au contraire, son premier acte fut de reconnaître l'obligation contractée par le gouvernement libéral, ds construire la ligne, malgré ses protestations réitérées, alors et depuis ; que les finances du pays ne pérmettaient pas d'entreprendre cette construction, et qu’à cette seule condition il pouvait l’entreprendre.
Dans un rapport d’un comité du conseil privé, en date du 8 juillet 1874, sur la mission de M. Walkins en Angleterre, et dans un câblegramme du secrétaire d'Etat au département des colonies—rapport dans lequel la rude main de l'honorable député de Lambton est visible à chaque ligne, nous trouvons, ainsi formulées, les conditions du marché:
M. Tratch, le délégué du gouvernement de la Colombie britannique, présent à ‘Ottawa pendant la discussion au sujet des conditions de
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l’'Uniou, s'exprima dans les termes suivants à une assemblée publique, pour rassurer Ceux qui craignaient que l'ont vint à donner une interpré tation aussi exagérée à des obligations d'une pareille gravité :
‘ Lorsqu'il vint à Otiawa l’année dernière, en compagnie de ses co délégués, ils firent, avec les membres du conseil privé, une estimation de l'argent et du temps qu'il faudrait mettre pour construire la ligne, et ils en vinrent à la conclusion qu’on pourrait la construire dans l’espace de dix ans aux conditions telles que proposées. Si, au lieu de dix ans, il eût été question de douze ou dix-huit ans, on y aurait consenti dvec un égal empressement, vu que tout ce que l’on désirait, c'est que la ligne se construisit le plus tôt possible. La Colombie britannique s'était unie avec le Canada, et cette union s'était opérée dans le but de faire certains travaux publics ; mais avant que personne n’eût élevé la voix de manière à faire comprendre que le gouvernement allait emprunter cent millions de piastres, ou taxer la population du Canada et de la Colombie britannique afin de faire ces travaux dans un certain temps (bruyants applaudissements), on l’accusait d’avoir fait un véritable marché de Juif; mais Shylock lui même n'aurait pas demandé ‘* sa livre de chair,” si on eût dû la prendre sur son propre corps (Rires et applaudissements.)”
‘ Ces expressions font voir à l'évidence que les conditions arrêtées étaien: plutôt suggestives qu'impératives sur le mode qu'on devrait suivre, et qu'on devait les interpréter «après les circonstances, vu que d’après l'essence même de l'obligation contractée, les travaux devaient se poursuivre avec une diligence telle qu’elle n'entraïnerait pas des dépenses trop considérables, et qu’elle n’augmenterait en aucune façon les taxes alors existantes.”
Dans un autre rapport du conseil, en date du 23 juillet, l'honorable monsieur répète la même déclaration, d’une manière plus positive :
“ IL avait été parfaitement reconnu, avaut la retraite du dernier ministère, que l’une des conséquences de la visite’ en Angleterre des directeurs de la compagnie Allan démontrait l'absolue nécessité de reculer d'au moins quatre ans l’époque fixée pour commencer les travaux de construction. ”
Or, c’est avec cette entente que l’ex-premier ministre entama les négociations dont nous avons à nous occuper. Il aurait parfaitement bien pu dire à la Colombie britannique, en ce moment: ‘ Nous ne pouvons construire ce chemin de fer ; mais nous ferons tout notre possible pour en pousser la construction à travers le continent, et nous réunir à vous le plus tôt que faire se pourra, aussi vite que les ressources du pays le permettront, et vous pouvez Compter sur notre
LA
bonne volonté et notre bonne foi.” Ge langage eût été d'autant plus opportuu, vu l'état de nos finances à cette époque.
L'honorable rainistre des finances venait justement d'augmenter nos taxes de $3,000,000 au moment où l’ex-prenier ministre envoya son délégué à la Colombie britannnique et souscrivit aux condirions Caruarvon. Il ne tint donc point ce langage. Il envoya un délégué, M. Edgar, à la Colombie britannique, pour faire une offre, sans exercer de pression, mais une offre conforme à l’idée qu'il se faisait des obligations contractées avec la Colombie britannique. Je ne rappellerai pas les incidents de cette mission, ne voulant retenir la Chambre que le moins possible. Dans le rapport du conseil privé que j'ai déjà cité, les propositions avancées par l'honorable député de Lambton sont ainsi résumées :
‘“ Les propositions faites par M. Edgar comportaient qu'il serait dépensé immédiatemeut dans la Colombie britannique une somme d'argent considérable, nullement prévue par l'acte d'Uniou, et ce, pour la construction d’un chemin de fer sur lile de Vancouver, du port d'Esquimalt jusqu'à Nanaïmo, somme que l'on offrait à la partie de la province la she habitée comme compensation pour la prolongation du délai nécessaire pour achever le chemin sur la terre ferme. Les propositions contenaient également une obligation de la part du gouvernement fédéral de construire immédiatement un chemin ou route ainsi qu’une ligne télégraphique à travers le continent, et de dépenser chaque année dans la province une somme de pas moins d’un million et demi pour les travaux du chemin de fer sur la terre ferme, outre les sommes qui pourraient être dépensées à l’est des Montagnes- Rocheuses, faisant une moitié de plus que toute la somme qui serait dépensée annuellement sur toute la ligne.”
Dans une dépèche en date du 16 août 1874, lord Carnarvon explique comment il comprenait ces propositions. .Comme il importe beaucoup que l’on sache bien quelles offres ont faites les houorables inessieurs de la gauche alors qu'ils étaient au pouvoir, je citerai textuellement cette partie de la dépêche :
“ Les propositions faites par M. Edgar de la part du gouvernement canadien, au gouvernement de la province de la Colombie britannique,
peuvent s'énoncer Comme suit :
1. Commencer de suite et achever bientôt uu chemin de fer d'Esquimnalt à Nanaimo ;
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2. N'épargner aucune dépense pour localiser le plus promptement possible la ligne qui doit être suivie par le chemin de fer sur la terre ferme ;
3. Construire immédiatement une route carrossable et une ligne télégraphique tout le long du parcours du chemin de fer de la Colombie britannique, et de continuer cette ligne télégraphique à travers le continent ;
4, Du moment que les explorations et le chemin sur la terre ferme seront terminés, dépenser au moins un montant de $1,500,000 tous les ans pour la construction du chemin de fer dans les limites de la province.”
Lord Carnarvon suggéra deux amendements à ces conditions : d'abord, que la dépense annuelle serait de deux millions au lieu d’un million de dollars ; en second lieu, que la ligne serait achevée en 1890. ue gouvernement accepta la première de ces propositions dans les termes suivants, qui, on peut bien le supposer, sont les propres paroles de l’honorable député de Lambton :
Quant à la seconde proposition, le comité recommande que lord Carnarvon soit informé (dans le cas où il deviendrait impossible d’arriver à un réglement par l'acceptation de la première offre), que le gouvernement cousentira à ce qu'après l’achèvement de l'exploration, les déboursés annuels pour la terre ferme soient d’une somme minimum de deux millions.”
Quant à la seconde fixant l'époque de l'achèvement, comme le désirait lord Carnarvon, l'honorable député de Lambton s'exprime ainsi :
“Il n'y a pas de doute que ce serait une tâche bien difficile d'obtenir l’assentiment du parlement canadien à aucun marché particulier en ce qui regarde le temps, eu égard aux conséquences déjà produites par l'adoption peu judicieuse d’une époque fixe, dans les conditions de l'union, pour l'achèvement d’une aussi vaste entreprise, dont l'étendue doit être nécessäirement inconcevable pour les personnes à distance. Le comité est d'avis que lord Carnarvon soit informé que, bien que le gouvernement ne puisse, en tout état de cause, entreprendre d'achever la ligne tout entière dans le temps indiqué, il lui répugne considérablement, néanmoins, d'adopter toute autre fixation de temps ; mais s'il devenait absolumerit nécessaire de faire de nouvelles conces sions pour assurer le réglement du litige, il pourrait promettre que la partie à l’ouest du lac Supérieur sera complétée de manière à la relier par D aux ligues de chemin de fer qui existent déjà à travers une
partie des Etats-Unis, et par les eaux canadiennes durant la saison de la navigation, en 1880, tel que suggéré.”
Et, finalement, nous en arrivons à l’arrangement conclu, aux termes de la dépèche de lord Carnarvon en date du 17 septembre, et je vais en donner lecture pour compléter cette partie de mon exposé. Voici donc les conditions proposées par lord Carnarvon et acceptées par le gouvernement d’alors :
“1, Le chemin de fer de Nanaimo sera commencé et achevé aussitôt que possible.
‘2, Les études, sur le continent, seront poussées avec la plus grande vigueur, Sur ce point, après avoir examiné les représeniations de vos ministres, je crois qu'il n’y a pas d'autre alternative que de s’en remettre, comme je le fais moi-même sans réserve, à leur assurance qu'aucun effort, aucune dépense justifiables ne seront épargnés d'abord pour déterminer le meilleur tracé, ensuite pour commencer les travaux de génie civil dans leurs détails. Il me répugnerait, s'il ne m'était même pas impossib!°, de fixer un minimum de temps ou de ädépenses pour des travaux d’une nature si variée ; mais, par bonheur, il m'est également impossible de supposer un instant que voire gouvernement ne fera pas tout en son pouvoir your hâter a d'un devoir qui engage ses sentiments d'honneur et de justice.
“3. Le chemin carrossable et la ligne de télégraphe seront construits immédiatement. !! semble y avoir diversité d'opinions sur les avantages que les deux constructions procureront à la province. Mais examinant tout ce qui a été dit à ce sujet, je crois, comme vos ministres, que ces deux constructions doivent être commencées immédiatement.”
Il est bon d'observer que ces deux constructions, le chemin carrossable et la ligne de télégraphe, n'étaient pas demandées par la Colombie britannique, qui, au contraire, les regardait comme inutiles. Mais elles furent imposées à la province par lord Carnarvon, à la demande des hcaorables ministres de la gauche, alors qu'ils occupaient les siêges de la droite :
‘4, La somme de $2,000,000 par année, et non pas $1,5060,000, sera le minimum des dépenses pour les travaux du chemin de fer dans les limites de la province, à partir de la date que les études seront suffisamment complètes pour permettre d'appliquer ce montant à des tra vaux de construction. En fixant ce montant, j'ai compris que, comme il est dans l'intérêt du gouvernement fédéral de hâter autant que possibie l'achèvement de ces travaux que l’on va entreprenüre, on dépeusera au-dessus de $2,000,000 autant qu’il sera possible chaque année.
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“5, Enfin, le ou avant le 31 décembre 1890, le chemin de fer sera terminé et ouvert à la circulation depuis la côte du Pacifique pans un point à l'extrémité ouest du lac Supérieur, point auquel il se ieliera aux lignes de chemin de fer actuellement existantes sur une certaine partie du territoire des Etats-Unis, et aux lignes de navigation sur les eaux canadiennes, La construction actuelle du reste du chemin de fer, au nord du lac Supérieur, ne me semble pas nécessaire pour le moment, et l’époque où l’on commencera cette entreprise devra dépendre du développement de la région. J'espère néanmoins que le jour n’est pas très éloigné où il y aura une ligne continue de ce chemin de fer sur le territoire du Canada, et je considère cette partie du projet comme différée plutôt qu'abandonnée.”
L'autre soir, l'honorable député de Darham-Ouest (M. Blake) a fait appel aux représentants de la province de Québec, en insinuant que cette disposition du gouvernement à faire des dépenses seulement st» l'extrémité ouest de la ligne, à l'exclusion de la partie située au nord du lac Supérieur, était préjudiciable aux intérêts de cette province. Mais nous voyons, par cette convention passée par les honorables messieurs de la gauche alors qu’ils siégeaient de ce côté-ci de la Chambre, qu’ils s'étaient engagés à dépenser autant que possible, au moins $2,000,000 chaque année, à la Colombie britannique, sur la terre ferme, et que la section au nord du lac Supérieur était différée indéfiniment, abandnnnée même, suivant toutes les apparences. Voici les termes dans lesquels le rapport du conseil privé acceptait ces conditions. Le rapport est daté du 18 décembre 1874:
# La miaute du conseil du 17 septembre renferme un exposé des motifs pour lesquels il ne devrait pas être insisté sur quelques-uns de ces détails ; mais, par le vif désir de faire disparaitre toute difficulté, le gouvernement a déclaré qu'il était prêt à faire ces nouvelles concessions afin de ne pas mettre obstacle au réglement immédiat d'une question aussi irritaute, vu que les concessions suggérées pouvaient se faire sans violer l'esprit d'aucune résolution parlementaire ni la lettre d'aucune disposition lég: : ”
Ainsi, la raison mise en avant pour dépenser deux millions au moins par année à la Colo nbie britannique, après les explorations faites, en outre des dépenses à l'extrémité Est de la ligne, était que cela pouvait se faire sans violer l'esprit d'aucune résolution parlementaire, ni la lettre d'aucun engagement. Et cela, après avoir imposé un excé-
dant de $3,000,000 de taxes sur le montant auquel elles s’élevaient
lorsque ia province fut admise dans l’uniou, après que la première résolution, si souvent ientionnée et limitant les engagements fédéraux, eût été adoptée par les Chambres. Voici la suite du rapport du conseil :
‘ Le comité du conseil prie respectueusement Votre Excellence de vouloir bien faire nart à lord Carnarvon qu'il apprécie à un haut degré ie complaisance avec laquelle Sa Seigneurie a offert ses bons offices pour aider au réglement de l'affaire en litige, tout en lui assurant que tous les efforts seront faits pour arriver au résultat désiré.”
Quand lord Carnarvon lira les débats de cette Chambre; quand il ira lee déclarations diverses faites à différentes époques par l'honorable chef du gouvernement d’alors et par un de ses partisans qui avait, quelque temps auparavant, fait partie de l'administration et y rentra plus tard, il sera choqué de la perfidie des hommes d'Etat canadiens. La comparaison ne nous fera certainement pas grandir dans l'estime des hommes d'Etat anglais. Lord Carnarvan accepta les remerciements dans l'esprit qui animait ceux qui les lui offraient. Le 4 janvier, il écrivait :
‘ J'ai reçu ce témoignage avec beaucoup de plaisir, et je me réjouis réellement d’avoir pu contribuer au réglement d’une question aussi difficile, réglement qui, je l'espère, fera disparaître tout sujet de malen-
tendu entre la Colombie britannique et le Canada, tout en assurant l'exécution de travaux publics auxquels s'intéresse l'empire même.”
L'honorable député de Durham-Ouest à déclaré, dans son discours, que quelques mois après cel échange de correspondance et de compliments avec lord Carnar von, il entra au ministère avec l'entente rormelle que ces conditions seraient abandonnées. J'ai trop bonne opinion de lui et de l'honorable député de Lambton pour croire, un instant, que semblable pacte ait été conclu. Il prétend, c’est vrai, que le projet de la ligne d'Esquimaiït et de Nanaïmo ayant été abandonné, les conditions Carnarvon n'étaient plus applicabies, IL prétend que l'offre de $750,000 était une compensation pour l’abandon de ces conditions. Tout cela est inexact. La ligne d’Esquimalt et de Nanaïmo était promise en dehors des termes de l'union et comme compensation pour le nonaccomplissement de la condition d’après iaquelle la ligne principale devait être construite er 1881, Quand le bill pourvoyant à la construction de cette ligne fut rejeté au Sénat. le gouvernement se trouva
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obligé de fournir une compensation pour le délai des travaux sur la terre ferme. Il offrit une compensation sous forme d'octroi d'argent ; c’est, en effet, la somme que l'honorable député de Lambton offrait, comme subvention, à une compagnie particulière pour construire la ligne sur l’île.
Cette offre n’était donc aucunement un abandon des conditions Carnarvon, mais plutôt une confirmation, une admission qu’elles étaient
obligatoires, un azcomplissement, sous une autre forme, de ces mêmes conditions.
Mais, monsieur l'Orateur, on ait que le gouvernement est engagé à ne pas continuer la ligne si ces travaux doivent entrainer de nouvelies taxes. Lorsque le premier ministre souscrivit aux conditions Carnarvon, quand il passa le contrat avec la Colombie britannique, il fit voter $3,000,000 de taxes nouvelles pour le mettre à même de remplir ces conditions. Voici la déclaration de l'honorable député fe Lambton telle que formulée dans l’article du conseil en date du 23 juillet 1874 et dont minute fut envoyée en Angleterre, pour l'information du gouvernementi impérial :
‘“ Cependant, le gouvernernent actuel avait tellement à cœur de faire disparaître tout sujet possible de se plaindre, qu'il prit des mesures pour augmenter considérablement les droits de manière à se mettre en position de coïiclure des arrangements pour faire commencer, aussitôt que possible, es travaux aux premières parties du chemin et dans les endroits difficiles; en même temps on dépêcha à la Colombie britannique un agent spécial de confiance dans le but avoué de conférer avec le gouvernement de cette province et de pouvoir s'entendre sur la ligne de conduite à suivre de manière à donner satisfaction à la Colombie britannique, tout en répondant aux exigences de la position où se trouvait placé le pays.”
Telle est la déclaration faite au gouvernement impérial, sous la responsabilité des honorables messieurs de la gauche. Ces honorables messieurs déclarent qu’ils ont envoyé à la Colombie britaunique un agent porteur de la nouvelle que nos taxes avaient été augmentées de $3,000,000 pour nous mettre en mesure de remplir les conditions relatives à ce chemin de fer. Et ces honorables messieurs viennent nous dire que nous manquons à l'honneur parce qu'en imposant un fardeau beaucoup moindre au peuple, nous voulons remplir les conditions’aux-
quelles ils s'engageaient à se conformer moye:nant un surcroît de taxes de $3,000,000.
Mais voici un autre rapport. Afin de mettre le gouverrement à même de remplir les conüitions et dans l'impossibilité de s'y soustraire, un autre arrêté du conseil, en date du 8 juiliet, nous inforrae que les taxes ont été portées à 15 pour cent.
Voici les termes mêmes de cette déclaration :
‘ Pour permettre au gouvernement de mettre à effet ces propositions qu’on espérait voir acceptées par la Colombie britannique, le taux moyen des droits a dû Ôtre porté à 15 pour ce:iit, ia session dernière. Les droits de douane ont été élevés de 15 à 174 pour cent, et les croits d’accise, sur les spiritueux et le tabac, d’un chiffre correspondant, ce qui donnera une augmentation de taxes de $3,000,000 pour l’année.”
Ainsi donc, le gouvernement déclare que cette augmentation de taxes a été décidée précisément pour le mettre à même de rempiir les conditions Carnarvon ; et aujourd’hui, ces messieurs protestent devant le pays, s'opposent au programine du gouvernement et ne veulent pas qu'il remplisse ces conditions de crainte de voir augmenter les taxes, bien que le gouvernement leur assure qu’il n’y aura aucune augmentation dans ce sens. Comme je le prouverai tout-à-l’heure, l’ex-premier ministre n’était jamais revenu sur ces engagements avant celte année.
Chaque session, l'honorable député de Lambton s’empressait de reconnaître l'obligation Carnarvon. Chaque session il nous renouvelait Les assurances les plus formelles.
Je citerai quelques passages de ses discours à ce sujet. Voici ce qu'il disais, en 1876, en soumettant la partie de son programme relative au chemin de fer du Pacifique-—-et, à cette époque, l'honorable député de Durham-Ouest était membre de l'administration et, par conséquent, est responsable de chacune de ces paroles :
‘ Dès le début, nous avons compris que s'il nous était impossible de nous conformer, à la lettre, aux engagements pris par nos prédécesseurs, la bonne foi du pays exigeait que l’administration fit tous les efforts raisonnables pour remplir les engagements pris avec la Colombie britannique, sinon en entier, du moins les parties qui pouvaient contribuer au bien-être du pays et satisfaire cette province, qui aurait pu se plaindre si, de nôtre part, nous eussions mis de la mauvaise foi dans l'exécution de ces engagements...
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men inon fixar
devant ent pas , taxes, ugmenbremier année.
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oici ce relative député équent,
ossible édécesous les blombie uvaient
aurait ise foi
‘* En ce qui concerne l’entreprise, je déclare que ‘ai toujours été en faveur de la construction d’une voie ferrée à travers le continent, mais je n'ai jamais cru que nous pourrions construire cette ligne dans la période que l'honorable premier ministre a imposée au parlement et au pays.” .
C'est-à-dire sn 1881. Après avoir longuement expliqué les études et explorations déjà faites, et avoir signalé les avantages de la passe de la rivière aux Pins, il continuait :
‘# Mais on ohjectera que, si nous adoptons ce tracé, il faudra l’étudier, ce qui retardera la construction, retard qui n'aurait pas lieu si uous adoptions le tracé déjà étudié. Si, tout en insistant sur les obligations prises par le gouvernement fédéral, la Colombie britannique considérait les intérêts généraux du pays, elle ne trouverait certes pas mauvais que l’on fasse des études plus complètes du pays avant de commencer Jes travaux. Mais, en face de l’irritation qui existe à la Colombie britannique et des plaintes qu’elle répète constamment, il est douteux qu’on puisse suivre pareille marche, bien qu’elle dût avoir pour résultat des avantages permanents. Supposant donc—ce qui est presqu'une certitude—que la ligne traversera les Montagnes-Rocheuses ar la passe de Jasper House, le tracé se trouve assez bien défini de est à l’ouest.”
Ainsi, monsieur l'Orateur, à cette époque, le gouvernement déclarait ne pas vouloir entreprendre de nouvelles explorations, de peur de retarder le commencement des travaux. A cette époque, l'honorable député de Durham-Ouest siégeait à côté de l’ex-premier ministre. Pendant la même session, l’ex-ministre des finances, parlant de taxes, déclara un déficit de $1,900,000 et modifa le tarif en vue d'augmenter nos Laxes, et cela après la déclaration de l’ex-premier minisire. Or, malgré ce déficit, malgré l'augmentation des taxes, l'honorable député de Lambion nous déclarait que, vu limportance de remplir cette convention en commençant de suite les travaux, il était prêt à abandonner les explorations dont les avantages ne seraient pas évidents à première vue,
Dans le même discours, l'honorable monsieur disait:
“ Voici quel était notre programme: Il est impossible de commencer la construction à la Colombie britannique, avant d’avoir surinonté les premières difficultés eu explorant soigneusement le pays et fixant le tracé qui devra être adopté définitivement. D'après l'exposé
que je viens de faire, on voit qu'un personnel énorme a été employé et une somme considérable dépensée à la Colombie britannique, et la population de cette province à tort de se plaindre que nous n’avons pas exécuté les travaux avec toute la diligence possible. Le gouvernement a donné à l'ingénieur en chef des instructions qu'il à répétées à son personnel et d’après lesquelles les travaux doivent être poussés avec toute la rapidité possible.”
Dans le même discours, pour donner une nouvelle preuve de sa ferme détermination d'exécuter l’entreprise, il parle, dans les termes suivants, des lisses d'acier qu’il a expédiées à la Colombie britaunique :
‘ On a piéteudu que, si cette ligne ne doit pas être construite, les lisses expédiées à la Colombie britannique sont parfaitement inutiles. C'est une grave erreur ; si nous pouvons commencer la construction à la Colombie britannique, l’année prochaine, ces lisses seront requises. Il serait impossible de commencer la construction à la Colombie britannique sans avoir les lisses sui place.
“Il ya cinq mille tonnes de ces lisses à la Colombie britannique, et si nous nous sommes trompés en les y expédiant, c’est seulement par le ferme désir de montrer à la population de la Colombie britanni-
que que nous sommes de bonne foi, que nos paroles ne son, pas vaines et que nous voulons être bien compris.”
Voilà ce que, conime ministre, l'honorable monsieur nous disait eu 1876. L’honorable député de Durham-Ouest siégeait à côté de lui et était responsable de chacune de ses paroles. Et cela n’empêchait pas l'honorable monsieur de nous dire qu'il avait antérieurement spécifié que ces travaux seraient différés. Je lirai encore un autre extrait des rapports de ce débat, L’honorable député de Cumberland s'exprimait ainsi :
‘“ J'ai écouté attentivement l'honorable monsieur, ei je ne puis aucunement comprendre ce qu’il compte faire relativement à la grande question du chemin de fer du Pacifique. Les journaux de la Colombie britannique ont démontré une chose: c'est que le gouvernement a réussi à mettre la question dans une impasse, et que le premier ministre aurait dû faire cet aveu avant de demander à la Chamb.e un vote d'argent aussi considérable.
‘ M. BLAKE : Le dernier paragraphe donne l'explication.
“M MACKENZIE: J'ai dit que notre programme consistait à faire tout en notre pouvoir pour remplir les engagements pris par les
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honorables messieurs de la gauche, et nous ne négligerons rien. pout donner satisfaction à la Colombie britannique. J'ai démontré, d’une manière assez concluante, qu'à ma connaissance, rien de possible n’a é:é négligé. J'ignore ce que veut l'honorable monsieur.”
Voilà comment on peu: interpréter les conditions faites par l’honorable député de Durham-Ouest à son entrée dans le ministère. Mais une &utre autorité nous démontre les intentions de l’ancien gouvernement, et cette autorité, selon moi, contredit entièrement les déclarations de l’honorable député de Durham-Ouest, et prouve qu’il est entré au ministère dans des conditions qui auraient déshonoré le gouvernement qui lacceptait ainsi.
Lord Dufferin, alors gouverneur-général d': Canada, fut envoyé à ia Colombie britannique en 1876. Je ne devrais peut-être point employer le mot “envoyé ;” mais il se rendit à la Colombie britannique, et son discours prouve que j'ai peut-être raison de dire qu’il fut envoyé. Il s’y rendit en tous cas. Il parcourut la province. Les honorables messieurs qui ont une tendance a déprécier la Colombie britannique feront bien de lire le discours dans lequel lord Dufferin parle de ‘ ce glorieux pays” Mis, monsieur l’Orateur, après avoir fait une tournée dans la Colombie britannique, et juste au moment de s’embarquer pour San-Francisco, lord Dufferin fit un discours, et la phrase suivante, bien extraordinaire dans la bouche d’un homme de sa position, montre quelle importance il attachait à ce discours :
“Je me couperais plutôt la main droite que de prononcer une seule parole que je saurais contraire à la vérité.”
Cette déclaration avait pour but de convaincre la population de la Colombie britannique qu’il n'avait parlé qu’en connaissance de cause et avec la ferme détermination de ne ‘dire que ce qu'il savait être parfaitement vrai. L’honorable député de Durham-Ouest sait parfaitement que, d’après la constitution, vu qu'il avait un portefeuille à l'époque, il était responsable de chacune des paroles de lord Dufferin.
Voici un autre extrait de ce discours :
‘# Permettez-moi donc de vous assurer, de la part dn gouvernement
et de la population du Canada, qu’ils ne désirent rien autant que
d'apprendre que votre cœur, vos sentiments et vos pensées sont les
leurs. De fait, le Canada serait mort à tous les sentiments d'intérêt bien entendu et d'orgueil national, s’il ne se sentait pas heureux d’être uni avec une province si richement dotée par la nature, habitée par une populatir 1 tellement animée de la loyauté et de la bravoure britanniques, une province qui lui fournira les moyens d'étendre son commerce jusqu’au grand océan Pacifique et aux régions situées au delà”
Monsieur l’Orateur, à cette époque, on soupçonnait que l'honorable député de Lambton n'avait pas agi de bonne foi relativement à la con: vention Carnaivon. Ce soupçon semblait d'autant plus fondé que deux honorables sénateurs, partisans éminents de l'honorable monsieur, et qu’on ne s'attendait pas à voir voter contre aucune mesure du gou vernement, avaient voté con ‘e ce bill; on soupçonnait que l'honorable monsieur lui-même avait fait rejeter par le Sénat le bill relatif à la section de Nanaïmo.
Voici comment lord Dufferin fait allusion à ce soupçon :
Si M. Mackenzie avait agi d’une manière aussi perfide avec lord Carnarvon, avec le représentant de sa Souveraine en ce pays ou avec vous, il serait coupable d’un acte atroce et dont, je l'espère, pas un autre homme public du Canada, et de toute autre colonie anglaise, n’est capable. Je vous déclare donc de la manière la plus formelle- et j'engage mon honneur sur ce poirt—que M. Mackenzie n’est pas coupable d'un acte aussi perfide que méprisable; si je l’en avais cru
coupable, il eùt cessé d’être premier ministre, ou J'aurais quitté le pays.”
Or, je vous le demande, quelle différence y at-il entre cette conspiration pour faire rejeter, au Sénat, la mesure que le ministère favorisait à la Chambre des Communes, et cette conspiration d'aujourd'hui, à
l'effet de soulever l'opinion publique pour empêcher l’accomplissement de la convention Carnarvon ?
Lord Dufferin continue :
“ Je vis M. Mackenzie le lendemain, et jamais homme ne m'a paru plus déconcerié, plus désappointé. Ilétait venu me voir pour protester contre la décision du gouvernement anglais qui, sur l'avis des officiers en loi de la couronne, lui avait refusé de nommer de nouveaux sénateurs après l'entrée de l'Ile du Prince-Edouard dans la Confédération.”
Et ces honorables messieurs viennent nous demander aujourd’hui de différer la construction du chemin de fer, de différer l’exécution de
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cette convention qu'ils voulaient mettre à etfet, il y a quelques années, en violant la constitution et en nommant de nouveaux sénateurs. Après
avoir discuté la décision du Sénat, monsieur l'Orateur, lord Dufferin ajoutait :
* Maïs j'admettrai que le Sénat a fait une chose : il a rétabli, dans leur intégrité, les obligations du traité sur la foi duquel vous êtes entrés dans la Confédération, il a imposé de nouveau à monsieur Mackenzie et à ses collègues l'obligation de vous offrir une compensa-
US cette clause de la convention Carnarvon qu’il n’a pu mettre à effet.
Puis il parle de cette offre de $750,000 comme compensation pour le non-accomplissement de la clause rejetée par le Sénat :
‘ En parlant de ces questions, j'ai pour but de bien vous persuader que monsieur Mackenzie, ou le gouvernement du Canada, aient jamais eu l’idée de manquer de bonne foi avec vous. Chaque clause de la convention Carnarvon est aujourd’hui en voie d’accomplissement.”
L'hoaorable député de Durham Ouest est responsable de cette déclaration. Lord Dufferin a admis ce que j'avance ici : et, à ce propos, je prie l'honorable député de Durham-Ouest d'écouter attentivement ce qu'a dit lord Dufferin relativement à la conduite des ministres qui, ayant une forte majorité, chercheraient à opprimer une petite province qui n’a pas la force numérique pour se défendre :
‘“ Votre faiblesse numérique est réellement votre force aux yeux de toutes les personnes douées de quelque générosité. Loin d: nous le jour où, sur aucun? parcelle du territoire où flotte le drapeau anglais, la force matériel.e, la prépondérance politique, dans sa brutalité, décideront des questions comme celles qui nous occupent. C’est à des hommes comme vous qui avez implanté des lois, les libertés et l’heureuse influence de l'Angleterre parmi les déserts, les rochers et les forêts, grâce à votre indomptuble énergie, c’est à vous que l'Angleterre doit augmentation de son prestige, la diffusion de sa langue, laugmentation de son commerce et sa renommée toujours croissante, et malheur au gouvernement, à l’homme d'Etat qui, parce que vous êtes en petit nombre, parce que votre influence politique est encore faible, traiterait avec dédain les représentations de la plus faible et de la plus éloignée de nos provinces, quand même ces représentations seraient exagérées et sans motifs suffisants.”
J’attire spécialement, sur ces paroles, l'attention de l'honorable député de Durham-Ouest qui, dans un moment d'erreur, ne s’est plus montré l’homme d'Etat qui songe à la prochaine génération, mais le politiqueur de village qui ne pense qu’à l'élection prochaine.
Telle était la position en 1876, et je crois avoir démontré, d’une manière incontestable, que les honorables messieurs de la gauche, de leur nombre l'honorable député de Durham-Ouest, étaisnt engagés à remplir les conditions auxquelles ils avaient souscrit,
En 1877, il fut rumeur—je ne sais si elle était fondée— qu'un des résultats de la visite de lord Dufferin avait été le choix du tracé de Burrard Inlet dont il fut question alors pour la première fois. Jusqu'alors, on avait à peine parlé de ce tracé, et il était bien connu que l'honorable député de Lambton était en faveur de Bute Inlet.
M. MACKENZIE : Je n'hésite pas à répondre que lord Dufferin n’était pour rien là dedans. Ge tracé fut adopté simplement sur la recommandation des ingénieurs. L’honorable monsieur a ràäison de dire que, pendant longtemps, j'ai été en faveur de Bute Inlet, jusqu’au moment où j'ai cru qu’on pouvait choisir un meilleur tracé.
M. WHITE : Le nom de la personne qui a suggéré ce changement importe peu à mon argumentation. Je rapporte seulement la rumeur qui avait cours alors, et l’honorable monsieur, connaissant les faits,
la contredit.
C'est en 1877 que le tracé de Burrard Inlet fut mentionné au parlement pour la première fois d’une manière sérieuse.
L’honorable député de Cumberland demanda à l'honorable député de Lambton si, par certaines déclarations qu’il venait de faire, on devait comprendre que le gouvernement avait l'intention d’adjuger le contrat sans consulter les Chambres. Monsieur Mackenzie répondit: ‘ Certainement non ; j'ai dit que nous espérons avoir la soumission prête pour la prochaine session” En sorte qu’en 1877, pas plus qu’en 1876, il n’était question d'abandonner la ligne de la Colombie britannique ou de violer la convention Carnarvon; au contraire, le gouvernement du jour agissait de bonne foi pour remplir cette convention,
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En 1878, monsieur l'Orateur, la dernière fois que l'honorable monsieur eut le privilége de faire une déclaration comme ministre, il parla des explorations qui avaient été frites en vue de construire la section de la Colombie britannique. Dans tous ces discours, du commencement à la fin, il se montre parfaitement sincère dans sa détermination de commencer les travaux sur la terre ferme. Il spécifia même que les partis envoyés pour faire les explorations avaient parcouru 47,000 milles, et que l’on avait fait des mesurages, verge par verge, sur un parcours de 12,000 milles, ou près de cinq fois la longueur de la ligne, quand elle sera complète du lac Nipissing à l'océan Paci-
fique. Il donnait ensuite les raisons pour lesquelles il désirait continuer les travaux :
‘ Si des considérations politiques ne s’imposaient pas au gouvernement, si nos engagements avec la Colombie britannique ne nous obligeaient pas à pousser les travaux aussi rapidement que possible, à ‘ commencer de suite,” pour me servir de l’expression de l'honorable dép'ité de Vancouver (monsieur Bunster), nul doute qu'il serait désirable de consacrer deux autres années à explorer toute cette région qui est comparativement inconnue. Mais il me semble, monsieur l'Orateur, que nous devons nous guider sur les recommandations de l'ingénieur en chef. Dans le moment, le gouvernement n’a pas encore adopté de tracé; mais, comme je viens de le dire, il ne se guidera, dans toute cette entreprise, que sur Ce que lui conseillera l'intérêt public”
Telle est la déclaration que fit l'honorable monsieur la dernière fois qu’il parla dans cette Chambre en qualité de ministre. Qu’arriva:t-il ensuite? Le parlement fut prorogé, les élections générales approchaient, et l'honorable monsieur demanda des soumissions pour cette même section du chemin de fer dont on nous demande aujourd’hui de différer la construction. Que devons-nous inférer de là? Les gouvernements qui ne se croient pas impopulaires ne font pas semblables démarches à la veille des élections générales. Il demanda des soumissions parce que l'opinion publique était profondément pénétrée que l'honneur du pays était engagé dans cette afaire. Pendant quatre sessions, il avait déclaré que les travaux commenceraient sitôt que les explorations seraient terminées. Il est vrai qu'ii insinue —et cett: insinuation m'a étonné autant qu'elle étonnera la Chambre quand j'en fournirai les preuves—il insinua qu’il demandait des soumissions, non pas avec
l'intention de commencer les travaux, mais pour s'assurer combien ils coûteraient, et cela après toutes les explorations faites, après avoir reçu tous les rapports des ingénieurs. Son seul objet en lançant cette annonce d’un bout à l'autre du pays, en engageant les entrepreneurs à faire des frais pour s'assurer de la nature des travaux et préparer leurs soumissions, était de s'assurer du coût de l’entreprise, sans avoir aucune intention de commencer les travaux. En agissant de la sorte, s’il avait l'intention de tromper ses amis, il réussit à merveille. Voici ce que disait le Globe du 20 septembre dernier. Je ne fais pas cette citation parce qu’elle est empruntée au Globe, mais parce qu’elle montre quelle était l'opinion générale relativement à l'intention qu’ .l avait en deman-
dant des soumissions :
‘ Les résolutions de sir Charles Tupper concernant le chemin de fer du Pacifique proposaient de construire 125 milles de la ligne à la Colombie britannique pendant la présente saison. Cette promesse induisit les députés de cette province à voter pour un tarif qui leur était si préjudiciable. Depuis lors, on Îles amuse avec des histoires d'explorations, d'études, de garanties, d'achats de lisses d'acier et des annonces à l'effet que les opérations vont bientôt commencer. La saison est avancée, rien n’a été fait, et si l’on commençait maintenant, ou ne pourrait faire que bien peu avant l'hiver. Si M. Mackenzie était resté en charge, une grande partie de la ligne serait aujourd’hui construite et donnerait accès à l’intérieur. La populatior de la Colombie britannique peut bien déplorer sa folie d’avoir laissé échapper ‘ l'oiseau qu'elle avait dans la main.”
Telle est l'impression que fit l'honorable monsieur. Peu après, monsieur l’Orateur, on annonça que le tracé de Burrard Inlet avait été choisi, et que, conformément à cette décision, le gouvernement deman-
dait des soumissions.
Voici ce que disait, à ce sujet, le Globe du 27 octobre:
“Il y a précisément un an, M. Mackenzie, alors ministre des travaux publics, sc préparait à adjuger les contrats pour la construction d’une ligne d'environ 120 milles entre Yale et Kamloops, etcommençait à faire transporter les lisses d'Esquimalt sur la terre ferme. A son avénement, l'administration actuelle contremanda l’ordre de transporter les lisses et abandonna le projet de construire la ligne de Yale à Kamloops...
En d’autres termes, le gouvernement devra, de deux choses l’une : ou reconnaître que, par son incompétence, il a perdu toute une année,
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ou avouer qu'il n’a jamais eu l'intention de construire la ligne et ne
cherchait qu'à temporiser pour tromper la bonne foi des malheureux habitants de l’île.”
Telle était l'opinion du Giobe relativement à l'honorable mansieur. Il ne dit pas qu'on aurait dû différer les travaux, mais qu’on a perdu du temps en ne les commençant pas plus vite.
Mais j'ai des preuves plus fortes que ceiles-là : j'ai le témoignage de l'honorable députèe de Lambton lui-même, témoignage que les honorables messieurs de la gauche accepteront peut-être. Je veux parler d'un discours prononcé par l’honorable monsieur, l'an dernier. Il n'était pas ministre alors ; il aurait pu, alors, s’humilier comme il le fait aujourd’hui. Mais, non. Voici les assurances qu’il nous donna :
‘ La droite trouvera toujours que l’opposition est prête à examiner toutes les questions au point de vue national. Nous reconnaissons, comme Canadiens, l'obligation qui nous est imposée. Pendant notre tenure d'office, aucun ministère n'aurait pu, plus que nous, remplir les obligations contractées par les honorables messieurs de la droite, lorsque la Colombie britannique fut admise dans la Confédération. Nonseulement nous avons respecté ces obligations nationales, mais, jusqu’à un certain point, nous avons risqué notre existence comme gouvernement et notre position politique pour accomplir les promesses que les honorables messieurs de la droite avaient faites.”
Aujourd’hui, ces honorables messieurs n’ont plus à risquer leur position politique pour accomplir, le mieux possible, les promesses faites par leurs adversaires. Puis, de son siége parmi l'opposition, comme il l'avait fait quand il était ministre, l'honorable monsieur déclare quel est son programme :
# Voici quelle était notre proposition : D'abord, nous avons essayé de faire modifier les conditions. Nous avons envoyé un agent à la Colombie britannique et, ultérieurement, lord Carnarvon a offert ses bons offices pour arriver à une entente avec cette province. Il fut convenu que nous essaierions de terminer, en 1890, la ligne du lac Supérieur à la Colombie britannique ; que chaque année nous dépenserions une certaine somme à la Colombie, une fois les explorations terminées et le tracé choisi. Jusqu'à l’an dernier, les explorations étaient insuffisantes pour fixer notre choix. £Sitôt que nous eûmes les renseignements nécessaires, nous adoptâmes le tracé de Burrard Inlet et nous demandâmes immédiatement des soumissions pour la construction de « e partie de la ligne.”
Telle est la déclaration de l'honorable monsieur. Mais un passage de son discours va plus loin. On se rappelle quel était le programme de l’honorab.e ministre des chemins de fer, Il demandait à la Chambre de déclarer que le choix du tracé de Burrard Inlet était prématuré, de l’autoriser à faire de nouvelles explorations et à adjuger le contrat pour 125 milles de la ligne sitôt que les explorations seraient terminées. Que répondit l'honorable député de Lambton à cette proposition ? Voici un passage de son discours, et je prie la Chambre de le bien noter:
‘ Je ne vois pas comment la Chambre pourrait autoriser le gouvernement, d'abord à choisir un tracé, pus, sans le lui faire connaître, adjuger le contrat pour 125 milles. Si le gouvernement demandait d’adjuger un contrat suivant un tracé bien étudié, je ne blâmerais pas ses partisans d'appuyer pareille demande ; et s’il demandait l'autorisation de construire 125 milles suivant le tracé que je crois le meilleur, j'appuierais cette proposition; mais je ne saurais appuyer une proposition d'autoriser le gouvernement à construire une partie de la ligne sans que la Chambre sache où les deniers publics seront dépensés ”
Cela veut dire que si l’honorable ministre des chemins de fer n’est pas tenu de choisir le tracé Le plus avantageux à la Colombie, s'il eût demandé, lan dernier, l'autorisation de construire 125 milles suivant le tracé de Burrard Inlet, l'honorable mousieur et, naturellement, tout .son parti auraient appuyé cette demande. Or, monsieur l’'Orateur, d’où vient ce changement? Certainement, notre position financière n'était pas meilleure l’an dernier que cette année. Les affaires n’allaient pas mieux. Nous u’avions pas une meilleure perspective de coloniser le Nord-Ouest.
Pourquo: donc avoir approuvé ces dépenses l'an dernier et demander, ce'te année, que les travaux soient différés? Voici la raison : Un honora) le monsieur qui ne siégeait pas, l’an dernier, dans cette Chambre, y est aujourd'hui; l’honorable député de Durham-Ouest (M. Blake) nous est revenu. Voilà pourquoi la gauche fait cette proposition. ‘eux qui ont suivi sa carrière politique depuis 1867, savent qu’il n’a jamais dédaigné la place de chef du parti, et qu'aujourd'hui, il ne la dédaigne point encore. Il y aspire maintenant. Mais je lui dirai que celui qui n’est pas bon partisan ne fera jamais un bon chef. Que résulte-t-il de ses tergiversations? Non content d'imposer à son parti un nouveau
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sage mme mbre ré, de ; pour inées.
Voici :
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programme, non content de se contredire lui-même, il va plus loin, Ceux qui ont suivi les débats parlementaires comme je les ai suivis de la galerie, savent que l’incorporation des territoires du Nord-Ouest a toujours reçu l'appui de l'honcrable député de Lambton. Il a toujours été ea faveur de la colonisation de ces territoires, et jamais, jusqu’à hier soir, il n'avait rien dit pour les déprécier, Mais ceux qui, comme je viens de le dire, ont suivi les débats du parlement, se rappellent Là ru; ture qui eut lieu entre le député (alors) du comté de Bruce-Sud (M. Blake) &t l'honorable député de Lambton, lorsque celui-ci appuya l’ancien gouvernement dans son projet d’annexer les territoires du Nord- Ouest. Tis se rappellent que l'honorable député (alors) de Bruce-Sud quitta la Chambre de dépit et ne vota pas. Non satisfait d'avoir placé son chef dans une position aussi humiliante, en l’induisant à remier sa carrière politique, il l’a forcé à passer deux heures, hier soir, dans ce triple discours des honorables députés de Durham-Ouest, Norfolk-Nord et Lambton, discours annoncé par ce dernier, à lire des extraits de rapports et de brochures qui, s'ils étaient exacts, auraient prouvé que l’honorable député de Durham-Ouest avait raison de ne pas vouloir incorporer le Nord-Ouest, et que l'honorable député de Lambton avait eu tort d'appuyer le gouvernement sur ce point.
L’honorable député de Durham-Ouest nous a dépeint comme merveilleux le développement de l'Ouest. Ce que tous les représentants, à gauche et à droite, doivent trouver merveilleux, c’est que les honorables messieurs de la gauche trouvent beau tout ce qui est américain, et ont une opinion contraire de tout ce qui existe en Canada. Il a parlé de deux Etats—le Kansas et le Nébraska — comme ayant progressé rapidement, et il a expliqué ce progrès par les grands avantages que ces Etats nossèdent sur le Nord-Ouest canadien.
L'honorable monsieur a longuement insisté sur ce qu’il appelle “ la source de recrutement ” que les Etats de l'Ouest trouvent aux Etats-Unis et, comme preuve de cette assertion, il nous a dit que, de 1850 à 1860, 81 pour cent des habitants de l'Ouest étaient américains et 19 pour cent étrangers; que de 1860 à 1870, la proportion était de 19 à 21 pour cent. Puis il a démontré que nous ne pouvons espérer atteindre ce merveilleux développement dans notre Nord-Ouest ; que
tous n'avons point de ‘“ sourre de recrutement” camme les Etats de l'Ouest. On voit que l'honorable monsieur se plait à élever une muraille de Chine pour empêcher ies émigrants de venir dans notre pays, en le dépréciant par tous les moyens.
On a parlé, deux ou trois fois, du grand nombre de Canadiens qui émigrent aux Etats-Unis. Nul doute que cette émigration a eu lieu. Mais il est bon de rappeler que, d’après le recensement de 1870, 1.26 pour cent de la population des Etats-Unis est composée de Canadiens, et que, dans l'Amérique Britannique du Nord, il y a 1.85 pour cent de citoyens américains. Cela renverse assez bien la muraille de Chine et prouve que les émigrants vont d'un pays à l’autre. Mais après avoir prouvé, à sa satisfaction, que nous ne pouvons attirer d’émigrants dans notre Nord-Ouest, l'honorable député de Durham-Ouest se demande à quoi servira aux anciennes provinces la population qui s’y renûra. Puis, mentionnant le fait que les manufactures de l'Est trouveront un marché dans l'Ouest, il demande, avec le cynisme qu’on lui connaît, si la politique nationale n’a pas d'effet là-bas. Or, M. l’Orateur, il est notoire qu'aux Etats-Unis, où la protection existe dans l'Est comme dans l'Ouest, le développement de l'Ouest a contribué à fournir des marchés aux manufactures de l'Est. C’est tellement le casque le groupe des Etats manufacturiers a vu sa population augmenter dans la même proportion que tous les Etats-Unis. Toutes les personnes qui ont étudié le courant de l’'émigration admettront, malgré les obs2rvations de l’honorable député de Norfolk-Nord {M. Charlton), que la population des Etats-Unis a une tendance à émigrer dans les nouveaux territoires. Des localités qui étaient des centres vers lesquels se dirigeait l’émigration, il y a dix ans, fournissent aujourd'hui des émigrants à l'Ouest. Or, comme nous possédons de nouvelles régions au Nord Ouest, presque les seules régions entièrement nouvelles sur le continent de l’Amérique du Nord, nous verrons, avec le temps, le même mouvement se produire, de l’Est à l'Ouest, sur notre territoire, outre que nous aurons une forte émigration de l’ancien monde.
L'honorable député de Durham-Ouest nous a dit encore, pour expliquer comment nous ne pouvons compter sur une forte émigration, que les [rlandais n’émigreront probablement pas au Canada; et nous
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avons entendu, de sa bouche, un appel aux sympathies irlandaises, appel qui indique peut-être que les Irlandais, °t non plus les Ecossais, domineront, à compter de ce jour, dans le parti libéral. S'il eût voulu être juste envers son pays, il nous aurait dit que, dans aucune partie de l'Amérique du Nord, les Irlandais n’occupent une meilleure position qu'au Canada. Que se passe-t-il actuellement aux Etats-Unis? Le parti au pouvoir est violemment opposé aux Irlandais, et les meilleurs dessins du grand caricaturiste républicain Nast sont des appels aux antipathies irlandaises des Américains. Voit-on rien de la sorte parmi nous? Sur aucune partie du continent, les sentiments religieux et nationaux des Irlandais ne sont mieux respectés qu’au Canada. Dans l'acte même qui ouvre le nouveau territoire, il y a une clause prescrivant que les catholiques irlandais auront des écoles où leur croyance religieuse sera enseignée. Quand l'honorable monsieur a fait appel aux sympathies irlandaises—moyen de s'assurer une alliance et de former son parti—il aurait bien pu ne pas omettr® ce détail relatif à la position de la race irlandaise en Canada. Nulle part la race irlandaise n’a obtenu une meilleure position pohtique, commerciale ou professionnelle que dans les provinces de l'Amérique Britannique du Nord.
Mais je suis heureux que l'honorable monsieur admette que les chemins de fer constituent le secret du développement des Etats-Unis. Cela ne fait pas de doute. En 1860, il y a vingt ans, la république américaine ne comptait que 36,635 milles de chemins de fer; en 1878, elle en avait 81,141; chaque année, on y construit 2,845 milles de voies ferrées, ce qui représente plus que toute la longueur du chemin de fer canadien du Pacifique. Tout en admettant qu’à ces chemins de fer est dû le développement prodigieux des Etats de l'Ouest, il veut qu'un des articles du nouveau programme de son parti soit de ne plus construire de chemins de fer en Canada.
L'honorable député de No-folk-Nord, parlant, l’autre soir, de l'impossibilité de développer notre Nord-Ouest—car cette prétendue impossibilité semble être 1e thème favori de l’opposition—a dit que les Etats de l'Ouest avaient bien peu progressé de 1800 à 1830. IL était bien à court d'arguments lorsqu'il a fait valoir celui-là. Il est vrai qu’à cette époque, les Etats de l'Ouest n'étaient point peuplés. Je crois que
leur population était de 760,000, et celle de tous les Etats Unis, de 12,166,020 âmes. Mais, depuis lors, le développement des Etats de l'Ouest a été exactement en proportion de la construction des chemins de fer.
Jusqu'à cette époque, l’émigration européenne aux Etats-Unis était presque nulle. C’est un fait assez curieux que, de 1815 à 1840, l’émigration des Iles Britanniques vers les provinces de l'Amérique Britannique du Nord a excédé l’émigration aux Etats-Unis de 82,000 âmes. Jusqu'à 1847, année de la famine en Irlande et de la terrible fièvre de bord, l’émigratien des [les Britanniques, au Canada, a été de 746,163, et l’'émigration aux Etats-Unis, de 780,048, ce qui ne laisse qu’une diférence de 24,000 en faveur des Etats-Unis.
Mais, depuis cette époque, l’émigration aux Etats Cns a été considérable parce que les territoires de l'Ouest attiraient des émigrants des Etats-Unis de l'Est, ce qui faisait de la place pour les émigrants de l’ancien monde. D'après le recensement, 645,608 émigrants sont venus du Royaume-Uni en Canada, de 1847 à 1870, DRRRAe que 3,692,624 se rendaient aux Etats-Unis.
La mère-patrie nous offre une excellente “ source de recrutement” pour lémigration au Canada. Malgré une émigration énorme, la population augmente ioujours. De 1850 à 1870, elle a envoyé dans toutes les parties du monde, y compris l'Australie, le Canada et les Etats-Unis, 1,571,729 émigrants et, malgré cela, sa population a augmenté de plus de deux millions et demi pendant la même période. Ce:: prouve que les Iles Britanniques offrent une précieuse ‘source de recrutement” pour le Canada. On nous dit que nous n’atiürons pas beaucoup d’émigrants 20 Nord-Ouest. L’honorable député de Durham- Ouest prétend que de 1860 à 1869, les Etats-Unis ont vendu i7,770,000 acres de terres, et 47,170,000 acres de 1870 à 1879.
M. BLAKE : Pas vendus, mais cédés et vendus aux colons.
M. WHITE : J'ai compris colonisés ou acquis par les colons. Il n’a pas parlé des octrois faits aux compagnies de chemins de fer.
M. BLAKE: J'ai spécifié que ce chiffre ne comprenait pas les octrois pour chemins de fer.