TOME LXXXIVe
tendre, et la grève s’organisa. Dans un meeting d'ouvriers tenu à ce sujet, on adopia l’ensemble des résolutions suivantes, mélange bizarre de logique et de violence qui donne une idée exacte de l’esprit qui règne parmi cette classe du Nevada :
« Résolutions. 1° L'intérêt des mineurs est identique à l'intérêt du propriétaire. Le travail engendre le capital; sans le travail, le capital périt.
2 La santé étant le plus grand des biens que le Tout-Puissant nous accorde, notre devoir envers nous, nos familles et Dieu est de la sauvegarder.
3° Puisque l'usage de la poudre des géans, pour le travail souterrain, a été reconnu, après une expérience de plusieurs mois, nuisible à la santé, nous condamnons cet agent comme étant de substance vénéneuse.
4° Nous mettons au ban tout mineur qui continuera à se servir de la poudre des géans; nous le regarderons comme indigne de notre respect; il sera traité avec méfiance et en ennemi de ses compagnons de travail,
5° Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir honorablement, s’il est possible, par force, s’il est nécessaire (konourably if possible, forcible if compelled), pour empêcher les mineurs du Nevada de se servir du géant meurtrier. »
Voilà ce qu’on peut appeler prendre le taureau par les cornes. Assurément nos employés de commerce en grève à Paris y mettent plus de formes.
Elko est une petite ville d’origine toute récente, mais à laquelle un certain avenir semble réservé, Près de la station, je ne vis cependant, outre des tentes, que des maisons mobiles en fer. J'y achetai les £lko-News, journal qui me donna les nouvelles du prix des choses à Elko et à White-Pine, des progrès rapides de l'exploitation des mines d'argent dans ce dernier canton, et de quelques scènes de violence qui venaient d'y avoir lieu. Sur la quatrième page brillait une pièce de vers; où la poésie va-t-elle se nicher? Trois malles-poste, chacune attelée de six chevaux, attendaient les voyageurs pour les mines. On me di que les conducteurs de ces voitures étaient les meilleurs cochers du monde. Ils manœuvraient à la vérité avec une adresse et un sang-froid admirables leur attelage, qui se composait de fort belles bêtes, jeunes, vigoureuses et pleines d'ardeur.
Le district des mines de White-Pine contient aujourd’hui environ 12,000 habitans, agglomérés surtout dans les centres d'Hamilton et de Treasure-City. La main d'œuvre est encore fort chère. Un charpentier gagnait à Hamilton 35 à A0 fr, par jour, un mineur 25 fr.
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Charpentiers, forgerons et mécaniciens, tels sont d'ailleurs les corps d'état qui dans les districts miniers font au début les meilleures afaires. Les capitalistes y récoltent aussi des gains considérables ; mais ceux qui n’ont pas d'argent, qui ne sont ni mineurs ni artisans, éprouveraient, s'ils allaient tenter fortune dans des endroits comme White-Pine, autant de difficultés qu'ailleurs. Le métier de mineur exige une extrême dépense de force physique: les hommes faibles n’y peuvent résister, On ne se souvient que de ceux qui ont réussi; quant aux malheureux qui succombent à la peine, ils meurent vite oubliés. La misère dans ces pays nouveaux, où chacun est contraint d'employer toute son énergie à défendre son existence, où, loin de se laisser aller à la dérive, il faut lutter sans cesse contre un courant rapide qui emporte le faible, où la force brutale règne en maitresse, où l'intelligence est inefficace, où l’égoïsme est en quelque sorte justifié par la solitude que l'indépendance absolue crée autour de chacun, dans ces pays-là, dis-je, la misère, lorsqu'elle attaque l’homme, doit être aussi effroyable que le suceès est brillant et soudain lorsqu'il couronne la persévérance. On n’a rien pour rien en ce monde, et les grandes fortunes ne s'acquièrent ordinairement qu'au prix de grands sacrifices. On les paie de sa jeunesse, de sa santé, de son repos, quelquefois de sa vie ou de son honneur, et beaucoup sortent de la lutte qu’ils ont soutenue vaincus et aflaiblis. On raconte dans le Nevada des histoires étranges d’aventures arrivées à des fortune-hunters (chercheurs d’or); mais de tels récits m'écarteraient trop de mon sujet.
Nous aurions dù quitter Elko à dix heures du matin; mais nous y étions arrivés en retard, notre arrêt s’y était prolongé, et nous ne repartimes que vers une heure de l’après-midi.
Le pays qui s'étend entre Elko et Promotory est nu, triste, sans accident ni verdure. Les stations se composent de quelques baraques, occupées par des employés de la compagnie et par des restaurans. (à et là, j'avisai des figures qui me rappelaient celles des aventuriers d’Elko. Dans un endroit dont le nom m'’échappe, je vis un homme, une sorte de géant, menant en laisse un cheval chargé d’ustensiles de campement et de provisions. L'homme portait une carabine en bandoulière, et à sa ceinture étaient suspendus une paire de revolvers et un coutelas, Il ne fit attention à personne, nul ne s’occupa de lui. Ses préparatifs de voyage avaient dû être terminés avant notre arrivée, car il partit quelques minutes après l'arrêt du train; il se dirigea vers le nord et quitta la station sans jeter un regard en arrière. Un grand chien, espèce de lévrier d'Écosse, le suivait tristement. Je ne sais pourquoi ce groupe de l’homme armé, du cheval et du chien, que j'entrevis quelques instans à peine, s’est gravé dans ma mémoire; il m'apparaissait comme l’incarnation de l'esprit aven-
turier du far-iwest. Où alliit-il, cet homme, à travers ce désert horrible? Se dérobait-il à un châtiment ou cherchait-il la fortune? Les héros de cette vie misérable ne se laissent pas pénétrer volontiers; ils parlent peu, la solitude les accoutume au silence, et le mépris du danger, un courage indomptable, leur tiennent lieu de modestie, Un sentiment de pitié mêlée d’admiration me saisit en suivant du regard le voyageur solitaire, Certes il était indépendant et libre, mais à quel prix!
Nous franchîimes un grand nombre de stations qui n’existaient encore que de nom. La monotonie du désert devenait fatigante; la poussière et la chaleur nous incommodaient affreusement. Enfin la nuit tomba et couvrit de ses ombres le mélancolique tableau qui durant une longue journée n'avait cessé d’attrister nos yeux. À la pointe du troisième jour, nous étions rendus à Promotory-Point, où nous aurions dù arriver la veille au soir. Nous étions en retard de sept heures; mais, comme je l’ai déjà dit, il n’y avait aucune régularité dans les temps d'arrivée et de départ; on marchait aussi bien que possible selon les circonstances.
Promotory-Point formait au mois de mai 1869 le point de jonction entre le Central et l’Union. C'est là, comme je l’ai déjà raconté, que le dernier rail du Pacifique avait été posé. Tout le monde descendit de voiture pour voir de près l'endroit où la mémorable cérémonie avait eu lieu. Le crampon d'or, la traverse de laurier, les boulons d'argent d’Arizona et de Nevada, tout cela, bien entendu, avait disparu, et avait fait place à des matériaux ordinaires; mais le point de raccord des deux lignes était encore marqué par un mât de pavillon portant les couleurs des États-Unis; on le distinguait encore à la dissemblance des poteaux du télégraphe, carrés sur la section du Central, ronds sur celle de l’Union. La traverse qui avait remplacé la poutre en bois de laurier était déjà hors de service par suite de l’enthousiasme des voyageurs qui l'avaient tailladée en morceaux pour en faire des reliques. Promotory est une localité insignifiante, et il est douteux qu'elle acquière de l'importance. C’est un amas de misérables hangars, de chantiers et de tentes où sont entassés pêle-mêie les employés du chemin de fer, des postes, du bureau télégraphique et d'une agence de l’'Express-Company. Les villes de Corinne, de Brigham et d'Ogden, situées dans le voisinage, étouffent la croissance de la nouvelle station. Elle ne conservera pas même le faible mouvement qu'elle devait à sa position particulière; le point de jonction sera sous peu, s’il ne l’est déjà, reporté à Ogden.
La section de Promotory à Ogden (53 milles) a été construite par l’Union; mais elle a été cédée au chemin de fer Central, qui obtiendra ainsi en grande partie le monopole du commerce des mor-
mons. Il s'était élevé dans l’origine un grave malentendu entre les deux compagnies au sujet du point de raccordement. L'une poussait ses constructions vers le nord, l’autre vers le sud, et, chacune s’obstinant dans la marche qu'elle avait adoptée, il était impossible d'atteindre jamais le résultat désiré. Le litige fut porté devant le congrès, et tous les dissentimens s’aplanirent finalement à l’apparente satisfaction des parties intéressées. Des sommes considérables n’en ont pas moins été dépensées en pure perte, car la ligne qui aurait fait double emploi avec le tracé définitif est complétement abandonnée, et ne pourra probablement être d'aucune utilité.
Les environs de Promotory forment un contraste agréable avec le: arides plaines qu'il faut traverser pour y arriver. Les mormons, quels que soient d’ailleurs les défauts de leur secte, passent sans contredit pour d'excellens agriculteurs, et la transformation qu'ils ont opérée d'un pays inculte en terre hospitalière et fertile est digne l'éloges. Le regard se repose avec plaisir sur un panorama varié et attrayant. Les eaux du Lac-Salé s'étendent sur une surface que l'œil ne peut embrasser, et la vue seule de cette immense nappe d’eau donne de la fratcheur à l’esprit desséché en quelque sorte par lés sables du désert que l’on vient de franchir. Des villages, des maisons de campagne, des fermes, des terrains cultivés, égaient le paysage. Tout cela est encore assez éloigné pour dissimuler ce qu’il y a sans doute de choquant et d’incomplet, mais contribue à former un tableau d’un ensemble charmant. À l'horizon, les sommets neigeux de Wasatch forment la limite orientale du grand bassin de l'Amérique du Nord.
Depuis Elko jusqu'à Promotory, la monotonie du pays traversé avait été à peu près le seul inconvénient dont nous avions eu à nous plaindre, Nous avions voyagé en société peu nombreuse et en général assez convenable, Chacun de nous avait eu deux ou quatre places à sa disposition, ce qui avait en quelque sorte compensé le mauvais étais des wagons. À Promotory, on nous fit changer de voitures. L'Union exploitant la voie à partir de cette localité, le matériel de cette compagnie fut mis à notre disposition, Les nouveaux wagons étaient commodes et bien tenus, mais on nous fit payer cher ce supplément de bien-être, D'abord il nous fallut, comme à Sacramento, surveiller nous-mêmes le transbordement de nos bagages, et là aussi les employés, qui se croyaient quittes envers nous de toute sollicitude après nous avoir amenés sains et saufs, ne nous prêtèrent aucun secours, Poussé par un sentiment bien naturel d'inquiétude en présence du sans-façon des préposés au factage, je regardais de tous côtés pour rallier les élémens épars de notre propriété, lorsque j'avisai à côté de la voie un grand nombre de colis jetés là pêle-mêle, En y regardant de plus près, je reconnus dans ce mon-
ceau d'objets une partie des bagages de mes compagnons et les miens tout entiers. Nous parvinmes à grand'peine à les réunir, à les hisser dans ie convoi et à en obtenir l'enregistrement jusqu’à Wasatch. Il n'était pas possible, pour des motifs qu’on ne nous dit pas, de délivrer des billets au-delà de cette station. Tous ces préparatifs avaient duré quelque temps, et lorsque nous montâmes en voiture les meilleures piaces étaient prises, et tous les wagons envahis par les ouvriers du chemin de fer de l’Union.
J'ai rencontré, en Amérique et en Europe, beaucoup d'hommes de tournure peu rassurante, mais nulle part je ne m'étais trouvé au milieu d'une foule qui m’inspirât aussi peu de confiance que mes nouveaux compagnons de voyage. Ils venaient d'achever leurs travaux, et semblaient tous avoir la poche bien garnie. On les transportait de Promotory sur d’autres points de la ligne, vers Chicago et New-York. À voir leur attitude, on devinait qu'ils se considéraient comme les maîtres du chemin qu’ils venaient de construire. C'étaient, presque sans exception, des hommes jeunes et forts, au teint bronzé, au regard droit et ferme jusqu’à la provocation et l'impudence. Il était d'assez grand matin lorsque je les vis pour la première fois; mais beaucoup d’entre eux avaient déjà, selon toute apparence, fait amplement honneur au whiskey de Promotory. A leur langage et à leurs traits, le plus grand nombre, à mon avis, se composait d'Irlandais et d’Allemands. Lorsque le col ou la manche de chemise se dérangeait, lorsque, par un mouvement brusque, ils rejetaient leur feutre en arrière, on apercevait la peau blanche de l’homme du nord; l'habitude d'être sans cesse couverts n'avait pas permis au hâle de leur visage de s'étendre au-delà du front. Cette singularité augmentait encore l’étrangeté de leur physionomie. On eût dit qu'ils avaient été tatoués. Tous portaient des revolvers à leur ceinture, et leur turbulence rendait leur voisinage inquiétant, Ils firent cependant place aux dames d’assez bonne grâce, et ils se dérangèrent même un peu pour nous. Quoique bruyans et sans gêne, ils observèrent entre eux une sorte de politesse, et se traitérent, sans se contraindre, avec certains égards. Chacun savait probablement qu’une querelle serait chose grave : la crainte prenait ainsi la place de la bienveillance et du respect réciproque. J'en eus une preuve tout d’abord. Un des ouvriers s’était levé pour aller fumer sur la plate-forme; à son retour, il trouva sa place occupée; se contentant de toucher l’intrus à l’épaule : « Vous avez pris ma place, » lui dit-il. L'autre, qui n’avait pourtant pas l'air d’un homme soumis aux règles de la bienséance, se leva sans répondre et alla s'asseoir autre part. À l'entrée et à la sortie des voitures, aux restaurans du chemin de fer, je fis des observations semblables. C’étaient évidemment des hommes qui, sachant ce qu’ils valaient, jugeaient inoppor-
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tun de se disputer pour des bagatelles. Somme toute, nous n’eûmes pas ce jour-là à nous plaindre d'eux.
J'avais pour voisin l’un de ces gaillards, grand et beau garçon, à la carrure athlétique. Il avait bu un peu plus qu'il ne fallait pour rendre sa compagnie agréable, et le whiskey l'avait rendu loquace. Il lia conversation avec moi, me demanda des nouvelles de San- Francisco, parla beaucoup de la vie joyeuse qu’il avait menée à Corinne et à Wasatch, et me raconta quelques histoires de jeu et de batailles dans lesquelles il avait joué un rôle actif. Son regard étant tombé sur un revolver de poche que j'avais près de moi, il demanda à l’examiner et le mania aussitôt avec l’habileté d’un connaisseur. « À quoi sert ce joujou? » dit-il. Et comme je lui expliquais que, malgré sa petitesse, l'arme était bien faite et propre à un bon usage, il se mit à rire aux éclats. « Venir parmi nous avec un revolver de ce calibre, dit-il, c’est comme si vous vouliez chasser le bufile avec du petit plomb. Tenez, voici ce qu’il faut ici. » Et il allongea l'arme qu’il portait à la ceinture, et qui était de taille à ressembler plutôt à une carabine qu’à un pistolet. Lorsqu’au bout de quelque temps je lui fis observer que je désirais lire et que sa conversation me gênait, il me dit avec bonne humeur que cela lui convenait tout à fait, puisqu'il voulait faire un somme, et, s’enfonçant dans son coin, il s’endormit profondément,
A quelques milles de Promotory, nous franchîmes un viaduc d’une construction peu solide, Ce passage dangereux devait être réparé immédiatement, à ce qu'on n'apprit; en attendant, plusieurs centaines de personnes y risquaient tous les jours leur vie. Bear-River- City ou Corinne et Brigham-City sont les dernières stations du chemin de fer Central. Il n’y à entre elles qu’une distance de 3 milles, mais elles présentent des différences remarquables : Corinne est une ville chrétienne, une ville de gentils, comme on l'appelle dans les environs du Lac-Salé, tandis que Brigham-City est un foyer de mormonisme. Les disciples de cette secte, dont j'aurai dans la suite occasion de parler plus longuement, ne me paraissent pas dignes de grande sympathie ; ils sont surtout fatigans à cause de leur prétention d’être pris au sérieux lorsqu'ils ne le sont nullement; cependant ils ont des qualités qui découlent forcément de la fausse position sociale et politique où ils se trouvent : un certain décorum, l'esprit d'ordre, l'habitude de la politesse, Les colons américains, les « pionniers de la civilisation, » comme ils aiment à s'entendre appeler, ne brillent point en général par la dignité et la politesse. L'audace et l'énergie leur tiennent lieu de tout le reste. Aussi est-on porté à trouver tout d’abord les mormons agréables et pleins d'aménité, tandis qu’on est choqué des dehors brusques et durs de leurs voisins, les gentils; mais lorsqu'on a découvert ce qu’il y a de vigou-
reux et de sain dans le caracttre de ces derniers, de ridicule et de mesquin dans l'esprit des autres, on se détourne avec pitié ou mépris des polygames, et l'on ne peut se défendre d’une certaine admiration pour les colons américains.
Corinne, à 718 milles de Sacramento, située sur la rivière de l'Ours (Bear river), qui prend sa source à 100 milles au nord du Lac-Salé et qui se décharge dans cette mer intérieure, est un des principaux entrepôts du chemin de fer Central. On y comptait, lors de mon passage, environ cent cinquante maisons, presque toutes en toile, le bois étant hors de prix dans ce pays-là. Je distinguai un atelier de forgerons, les écuries d’un loueur de chevaux, trois ou quatre bazars abondamment pourvus, plusieurs restaurans, hôtels et boarding-houses. Le reste de la ville semblait dédié au whiskey : whiskey pur, whiskey et jeux ue hasard, whiskey et musique, whiskey et danse. « Il est probable, écrit un journaliste californien qui semble avoir étudié à fond les mœurs de Corinne, qu’il n’y a jamais eu, ni en Californie, ni dans le Nevada, autant de débauche et de crimes qu’on en observe parmi les desperados qui sillonnent les environs de Promotory et de Corinne, » Wasatch, à ce que j'appris plus tard, pourrait seul rivaliser de corruption avec l'établissement du Bear-River. Les habitans de Corinne se flattent que leur ville deviendra un jour l’entrepôt du commerce de la région du Lac-Salé. C'est plus que douteux; cependant la spéculation a profité de cet engouement, et des parcelles mesurant 22 pieds sur 100 ont été vendues jusqu'à 700 dollars. Ge qu'il y a surtout à craindre pour les acquéreurs de terrains, c’est de se voir contester leurs titres de propriété par la compagnie centrale, qui vient d'acheter de l'Union la ligne entre Promotory et Corinne. La rivière de l'Ours est en partie navigable, Une compagnie américaine y a établi un service de bateaux à vapeur qui dessert en même temps les cités et villages situés sur le Lac-Salé.
Brigham-City, où l’on s'arrête quelques minutes après avoir quitté Corinne, est bâtie sur un plateau à l'embouchure du Box Elder Cañon. C’est une jolie ville entourée de jardins, qui respire le bienêtre et la tranquillité. Elle forme un contraste frappant avec sa tumultueuse voisine Corinne. Entre Brigham-City et Ogden, on rencontre des fermes, des terres cultivées, des moulins mus par l’eau du torrent. Tout ce renouvellement du sol et tous ces établissemens sont dus au mormonisme, À Ogden, un des premiers établissemens de la secte de Brigham Young, nous abandonnâmes le chemin de fer Central pour continuer notre route par le chemin ce fer de l'Union.
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