‹ Le chemin de paradis; contes philosophiquesChapitre 11 sur 33 · PRÉFACE XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIII

Telle est pourtant la conception et V amour des têtes modernes. Elles se plaisent aux agents de désordre et de confusion. Et ce plaisir est vil au delà de toute parole. Il nous faut le laisser aux vils comme leur marque propre. Voilà plusieurs années que f exprime ce sentiment* . Je ne crois pas que le cours des choses m'ait pu contredire. Rien ne sera trop cher pour revenir de l'anarchie où nous vivons aux accords et à la beauté. S'il apparaît, en calculant de justes équilibres., qu'il faille que quelques-uns souffrent ou servent, la pensée de souffrir ou de faire souffrir ni celle de faire servir ou de servir ne sauront alarmer une bonté sincère ni choquer d'orgueil bien placé.

En segre corz e en servir Metz tost son percaz e sa lenda

A suicre cour et à servir

il mit tous ses soins et son bien...

Voilà comme nos vieux romans peignent le par/ait chevalier et l'amant idéal : c'est que l'univers apparaît à l'amant, au héros aussi bien qu'au sage, sur un type d'immense réciprocité de services, pour peu qu'ils y promènent un regard naturel et pur.

Vous avez lu /'Histoire d'une servante. Lamartine n'a rien écrit de plus touchant. Mais le pathétique du livre est surtout à mon sens l'état du cœur du vieux poète divisé entre ses chers fantômes de liberté et les clartés de son génie. Le goût de sa pauvre servante pour ce qu'elle appelait naïvement « rendre service » lui semble tantôt une merveilleuse effusion des grâces du ciel, tantôt le pli avilissant de serviles hérédités.

1. Voir, dans les Harmonies, le mythe des Serviteurs, et les notes qui s'y rapportent à la fin du volume.

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