‹ Le chemin de paradis; contes philosophiquesChapitre 27 sur 33 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

A. C'est Valère Maxime (I, 6) qui nous apprend que, dans la grecque Marseille, les citoyens lassés de vivre devaient soumettre les raisons qu'ils avaient de se faire périr au Sénat de la République, auquel la constitution réservait le droit d'accorder ou de refuser le congé de la vie.

B. La biographie de Trophime est sujette à des discussions. Raban Maur, évêque de Mayence, veut que Trophime fût venu de Judée dans les Gaules avec Lazare et Maximin. Saint Adon, de Limoges, de qui le siècle et la patrie sont plus rapprochés de Trophime, fait de lui un gentil qui naquit à Ephèsc. Saint Paul parle dans une Epître, de la maladie d'un Trophime. On chante au Propre de l'Eglise d'Arles :

Arelatensi populo Petro jubente apostolo Christi prédicat gratiam, Galcat idololatriam...

Ces diversités et bien d'autres, que les récents tra vaux de M. l'abbé Duchéne ont accrues, me donnaient

le champ libre pour la composition du personnage do Trophime.

C. Myrto meurt sans pouvoir goûter de consolation pour avoir trop connu la vie et s'être vieillie avant l'heure. Telle est bien la morale du mythe. Mais on en pourrait montrer différentes applications. Le dénouement fait voir en particulier une des raisons pour lesquelles nos pères avaient pris les mots de « mécréant >> et de « libertin » dans une acceptation dédaigneuse. Ils voyaient, en effet, que l'impossibilité de croire n'est souvent que le fait d'un esprit fatigué. Beaucoup de nos « sceptiques » ne le sont que par lassitude. Ils n'ont plus d'imagination. Ce scepticisme est si peu intellectuel, qu'il n'aurait pas de quoi former la substance de la plus petite hérésie. Simple phénomène de dégénérescence plus ou moins due à la vieillesse de notre temps. L'âme moderne, si l'on peut user de ces termes, s'y arrête et s'y éteint comme ici Myrto.

A. Je croyais l'idée de ce mythe si purement conforme aux sentiments « socialistes » et « archistes » de notre race qu'on ne la pût nourrir ailleurs. Mais voici, me dit-on, qu'elle est professée en Allemagne par un étrange écrivain de race slave appelé Nietsche. C'est à peine si j'ai feuilleté ce qu'on nous a donné de Niestche. Il me souvient cependant d'avoir noté dans son Cas Wagner, publié en 1888, mais traduit chez nous seulement en 1893, de curieuses rencontres sur la philosophie de l'art avec les thèses esthétiques qu'il m'est arrivé à moi-même de soutenir en 1891 au

moment de la fondation de l'Ecole romane, d'accord avec mes amis MM. Jean Moréas, Raymond de la Tailhède, Ernest Raynaud et Maurice du Plessys.

J'avais écrit Les Serviteurs à l'automne de 1891 ; et ils parurent dans la Revue Bleue du 30 avril suivant. — Esl-il possible, me dit-on, que vous ne connaissiez pas j\ietsche ! — Mais c'était la première fois que j'entendais ce nom. Ce Nietsche est un Sarmate ingénieux, éloquent et assez subtil. Quoique d'esprit bizarre, il n'a pu lire sans profit notre Platon. Cependant l'effroyable désordre de sa pensée finit par le conduire à un anarchisme orgueilleux. Sa naissance l'y destinait. Fidèle à cette barbarie, il est même devenu fou. J'ai tenté, au contraire, les triomphes de la raison.

S'il me fallait invoquer ici d'autres modèles que ceux que j'ai reçus de mes maîtres français ou grecs et latins, je me référerais à ces lignes si belles de l'auteur du Colloque entre Monos et Una : « En dépit de la voix haute et salutaire des lois de gradation qui pénètrent si vivement toutes choses sur la terre et dans le ciel, des efforts insensés furent faits pour établir une démocratie universelle... »

B. La premièi'e fois que ce conte fut imprimé, il portait, après ces mots « Tu dis merveilleusement vrai, Androclès, répondit le dieu » (p. 149, 9* ligne), la note suivante : « Ici, le Psychagogue manque de bonne foi et le dieu des voleurs se montre aussi le dieu des sophistes. Mercure aurait dû ajouter (car le bon Androclès n'en pouvait rien prévoir) que la besogne des esclaves fut, durant plus de mille années, accomplie grâce à la servitude volontaire des ordres religieux aidés par la chevalerie, par des confréries d'ouvriers et d'artistes habilement organisées pour la prospérité de tous. L'harmonie de cet univers ne courut vraiment de danger

que depuis deux ou trois cents ans. » [Revue Bleue du 30 avril 1892.]

C. Le lecteur qui voudra connaître les explications publiées sur ce conte, dont le sens et les intentions avaient été défigurés pour les besoins d'une polémique dirigée contre son auteur, les trouvera aux pages 75 et suivantes de son livre L'Action Française et la Religion Catholique.

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