VI PRÉFACE
dégoûte presque de penser. Vous ne me soupçonnerez point d'y être allé puiser le fondement de ma philosophie première. Ces doctrines procèdent de quelques auteurs arrogants dont les noms sont difficiles à prononcer. Ils viennent de contrées où Von jouit peu du soleil et, selon qu'ils sont nés en pays tudesque ou breton, ils entreprennent de nous glacer l'univers, ne permettant d'y voir qu'une conjonction de solides atomistisques, ou nous perdent dans leur astrologie de l'infini.
J'ai surtout en horreur ces derniers Allemands. L'Infini ! comme ils disent. Le sentiment de L'Infini ! Bien que ces sons absurdes et ces formes honteuses devraient induire à rétablir la belle notion du fini. Elle est bien la seule sensée. Quel Grec l'a dit ? La divinité est un nombre ; tout est nombre et terminé. N'exceptons ni la volupté ni même les amours. Ils ont leurs points extrêmes et au delà se dissocient. Définitions certaines, comme chantèrent nos poètes, ef justes confins hors desquels s'étend un obscène chaos.
Pour ranimer l'instinct de ces vérités anciennes, je leur ai consacré la part essentielle de mes deux premières histoires, établies comme des colonnettes chargées de lampes de chaque côté de l'ouverture de mon Chemin'. Leur clarté, si elle est accueillie et sentie, opérera dans les esprits bien nés une manière de purification et, les plus fortes brumes qui encombrent notre air s'étant ainsi évaporées, tout le reste du livre paraîtra simple, clair, plausible et riant.
1. Les deux premières IIei.ioions : Le Miracle des Muses et Le Jour des Grâces.