‹ Le chemin de paradis; contes philosophiquesChapitre 6 sur 33 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

vir eux-mêmes en se privant de guide, de modérateur et de frein et fen sais, en revanche, qui, par l'erreur inverse, oublient si bien le propre intérêt de leur joie (fu'ils ne laissent jamais de nous sembler un peu comiques ; triomphants ou défaits, ils n inspirent ni la pitié ni l'admiration sans sourire.

La doctrine de ce Chemin de Paradis sera donc que la vie excellente consiste à ne rien méconnaître {Je ne méprise presque rien, disait Leibniz); ensuite à combiner, à concilier dans nos cœurs le démon religieux et le voluptueux, car leur désordre amènerait les plus grands maux ; à empêcher qu'il ne s'élève de nos joies goûtées toutes pures cette pointe fine et secrète dont elles sont tranchées à vif; à obtenir de notre orgueil qu'il ne se gonfle point ni ne nous dessèche le sens vers quelque unité trop lointaine : en un mots, à créer, selon les trois modèles donnés à la fin de ce livre ', d'intérieures Harmonies,

Cela sans doute est malaisé et presque merveilleux à naître. Mais je n'ai jamais prétendu qu'il fût aisé de vivre.

J'ajouterai, à l'intention de nos modernes, qu'ils gâtent tout en s'affligeant outre mesure des difficultés de la vie. Il y a remède à la vie. Les bons esprits sont inclinés à la tristesse, mais s'éloignent avec ennui des autels emphatiques dressés aux souffrances humaines.

Nos peines, sentent-ils, ne sont guère que les soeurs blessées de nos joies. C'est dire leur peu de subs-

1. Les paragraphes des Harmonies sont enchaînés les uns aux autres par une suite de chiffres. L'essence de ces harmonies ôtait si fluide et formée de parties si peu discernables qu'il fallait bien aider à les distinjruer.

Page 1