‹ Le chemin de paradis; contes philosophiquesChapitre 8 sur 33 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

moins rude, elle y redouble linquiélude, en accentue tous les mécomptes et ruine d'avance l'espoir [qui est, en tout temps, si fragile) d'orc/aniser quelque harmonie. Je ne dis rien des maux nouveaux qu'elle fait abonder.

Une partie de la nature est encore liée d'un calme et rythmique sommeil, ignorant peu de joies, exempte de toutes les peines. Mais écoutons nos philanthropes se ruer à la réveiller :

— // faut être vous, pauvres êtres! Il faut avoir une âme, il importe d'être bien soi...

Leurs discours émanciperaient jusqu'aux bêtes de trait s'ils en concevaient le moyen. Ils ne respectent pas la stupeur bienheureuse de ceux qu'ils exhortent à vivre. Ils ne la voient pas. A quels tragiques culsde-sac est développé le désir, ils l'ignorent si bien que pas un ne soupçonne cette mélancolie de ne point être dieu à laquelle tous les héros ont succombé. Leurs vagues tentatives d'un art « personnel « nous renseignent, d'ailleurs, sur le degré de dignité auquel ils convient la nature. C'est purement le leur. Plate vie et plate pensée, cime bourgeoise où il leur plaît que tendent les douleurs d'une multitude plaintive.

Si c'est un jeu, je n'en connais pas de plus sot. Mais le châtiment des joueurs sera de sortir à leur tour de leur propre stupidité. Ils monteront selon la loi qu'ils infligent à d'autres et, par l'âpre chemin, ils parviendront jusqu'à ce point d'où l'on peut découvrir la figure du mal moderne ; et l'effarement ingénu qu'ils feront voir alors, leur repentir trouble et honteux viendront nous compléter le divertissement que nous offre déjà la troupe humanitaire de nos évangélistes ibséniens ou tolstoïsants.

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