PRÉFACE XI
Cest un lamentable convoi de sauveurs plus malades que ceux qu''ils prétendent guérir. J'en vois un qui s'afflige de Vémietlement des pensées et propose {pour en sortir) d'augmenter le respect de la conscience individuelle ! Un autre met au feu les livres de science; il y joint ceux qui traitent de raniour de notre patrie , sans doute pour que les deux points par lesquels il reste possible de garder un peu de discipline et d'accord soient plus vite perdus pour nous ! Un troisième adjure l'Eglise catholique de devenir, dit-il, l'église de l'esprit, il veut dire de rejeter les images, les croix, les scapulaires, les médailles, fous divins amulettes dont elle sait endormir çà et là quelque nerf inquiet ou enchanter une personne endolorie.
Hélas ! la vraie pitié, la vraie bonté, la vraie justice leur seraient venues par surcroit si nos réformateurs s'étaient d'abord étudiés à penser juste. Une logique médiocre eût bien suffi à leur montrer en quoi gît la béatitude ; cela n'est point, comme ils l'ont trop dit, de tout ignorer, mais, plus profondément, de peu vivre et de peu sentir.
Bienheureux, dira la sensibilité clairvoyante, celuilà dont les œuvres toujours répandues sur les choses ne sont rien qu'effets machinais, liaisons d'habitudes, inertes mouvements et totales occupations ! Incliné sur la terre, il est si proche d'elle qu'il s'en distingue à peine avant d'y rentrer à jamais. « Oh ! ne l'éveillez pas », comme eût supplié Michel-Ange, « cher lui est son sommeil et plus chère encore son essence de pierre. Ne pas voir, ne pas sentir lui est grande grâce. » L'humain mépris devrait frapper quiconque fait vagir