LETTRE VI
Je n*ai pas accepté le déjeuner de Gaspard $ mais , en revanche, je «rai in vile à déjeuner. Un déjeuner de trente sous , ma foi ! Ce qui n'a pas empêché le digne Touzon de me dire à deux reprises : Nous tUijetmans mieux que cela à VhôteL
Toutefois , Gaspard , malgré son esprit et ses succès, est un digne homme encore ; la prospérité ne Ta pas changé ; il est cependant cuisinier en second chez ma-, dame la comtesse. Je lui ai dit ce que je venais faire chez sa maltresse ; je lui ai montré ta lettre de recommandation , et je lui ai expliqué en même temps comme quoi je savais le latin aussi bien que M. le curé , ce qui pouvait me conduire à tout, comme tu me Tas dit souvent.
Gaspard , qui n*était guère occupé par mon déjeuner ,
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m*a écouté atlenUyement ; de temps à autre, il fironçait le sourcil en signe de blAme ; il n*a pas trouvé qu'une lettre de recommandation du frère Christophe fût une lettre àe première qualité comme il dit. — Moi qui vous parle, disait-il , je ne suis entré , et subalterne encore , dans les cuismes de Thôtel , que sur la recommandation expresse de M. le général baron de Talont, aide-de-camp , officier de la Légion-d'Honneur et chevafier de Sainte Louis.
Puis il buvait mon mauvais vin à petites gorgées, sans quitter sa grimace de mécontentement.
Alors je Pai mis sur le compte de sa maltresse ; il a peu parlé de sa maltresse et même en a-t-il parlé tout bas , d*où ]*ai conclu que c*était une maison bien ordonnée. -^ Cependant , il m*a dit que madame la comtesse était , autant qu*on peut Tétre, dévote et grande dame , rien de plus , rien de moins.
Quand Je le saurai , si je le sais jamais , Je te dirai ce que c*est en e£Pet qu^une grande dame et une dévote.
Cependant, malgré la discrétion ou l^ignorance de mon invité, le déjeuner ne m*a pas ennuyé ; Je ne sais pas si mon ami Gaspard pourra en dire autant*
II m*a quitté en me promettant de m*avertir aussitôt que sa maltresse sera de retour.