‹ Le chemin de traverse (volume 3)Chapitre 16 sur 37 · LETTRE XI · texte numérisé non relu

LETTRE XI

N*e8t-ce pas que tu commences à ne rien comprendre â ce qui m^arrive ? un peu de patience , mon ami, ne dépense pas tout ton étonnement en un jour^ mets en réserve (on admiration , fais provision de stupeur, rêve avec moi , rêve tout éveillé , comme moi je rêve tout éveillé. Je ne sais pas ce qui m*arrive , mais je te le raconte comme cela m^arrlve ; tu ne comprends rien à ce que je te raconte, mais tu m'écoutes et tu me suis du coeur et du regard ; c^est tout ce qu*il me faut : marchons tous les deux en avant , les yeux fermés , nous les ouvrirons plus tard.

Quand je sorti» de chez mon oncle le baron , il était deux heures ; depuis huit heures du matin que jVtais levé, une révolution s^était déjà opérée dans ma personne.

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i^elle réroluUon ? je IMçnore ; mais enfin mon pas était plus léger , ma léte était plus haute , Paris était plus beau déjà. I>*où venait ce changement , et d*où me venait ce nouvel aspect du Paris nouveau ? Oh ! si ce n*était pas à toi que je parle , à loi mon naïf et palicnl confident ! si ce n^était pas mon frère Christophe qui m'écoute et qui plonge dans mon cœur , je garderais mon triste secret pour moi , je le cacherais avec soin *, comme Ta vâre cache son trésor ; je m'étourdirais pour l'oublier ; mais c'est à toi que je parle, Christophe, et il faut que tu saches tout ce qui se passe là : le bien et ic mal , la vertu et le vice , le bonheur et le désespoir de mon coeur.

Me voici donc hors de l'hôtel , dans la rue , marchant fièrement. Sais-tu pourquoi j'étais fier ? oui , j'étais fier ! parce que je me sentais pénétrer , moi aussi , dans ce monde impénétrable; parce que je sentais que ce mur d'airain allait s'ouvrir pour moi , comme le rameau dlordans V Enéide l ou plutôt , je venais de le conquérhr , mon rameau d'or; je l'avais à la main , ma puissance enchantée ! j'étais riche ! riche tout à coup ; riche d'un trésor trouvé , comme on le rêve à chaque maison qu'on voit en ruines , riche par enchantement , comme on le devient le soir , au coin du feu , dans les contes de la veillée ; j'étais riche !... j'avais de l'or ! de l'or ! ... je tenais enfin dans ma main , en résumé , mais en entier , ce vaste Paris qui reculait toujours devant mes pas, quand j'étais pauvre ; j'étais le maître , moi aussi , du Paris matériel , du Paris qui tombe sous les sens. A moi Paris* à moi le Paris des spectacles et des fêtes , des bals et des concerts ! à moi le Paris du vice, le seul Paris ! J'ai de

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Tor ! J'ai beaucoup d'or ! ua or IntariMable... m or que je n*ai pas gagné! Tor qu*on dépense sans regret et sans remords ; Tor qui tous arrive tout eiprès pour être jeté , J*ai de Tor ! je puis le prendre à pleines mains et le répandre ; et , si je le jette devant moi , Tespdoe humaine va se baisser Jusqu'à terre pour I0 ramasser 4am la boue; et , quand elle sera baissée , Je puis lui donner du pied au derrière , et c*est à peine si elle se retpuraera pour me dire , avec un niais sourire : ^rrand mereê, riche!

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