‹ Le chemin de traverse (volume 3)Chapitre 6 sur 37 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

Dieu 80it loué ! j*ai pleuré; je me suis senti soulagé un peu^ etpoutant je suis aussi malheureux aujourd'hui que je Pétais hier. Je te disais donc , hier , comment j'étais parti , et peut-être comment j'étais arrivé à Paris. Je crois que mon arrivée à Paris m'a fait autant de mal que mon départ. Figure-toi qu'après quatre jours de fatigues et d*in8omnie8 , vous vous trouvez tout d'un coup entre quatre murailles , cVst là Paris. La machine qui TOUS a traînés là s'arrête tout d*un coup ; et , sans savoir où j*étais et à peine qui j*étais , je restai tout seul au milieu de cette grande cour , mon paquet sur les genoux ; moi 9 sans âme , sans volonté , sans résignation , sans espoir , sans toi !

Alors je me mis à envier les malheureux chevaux qui

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avaient traîné cette machine : iU avaient un asile et des hommes empressés qui en prenaient soin. Et moi !

Alors Je regrettai même cette horrible voiture, et ce mouvement , et ce bruit , et ce quelque chose qu*on partage avec d^aulres hommes , et ce cahot qui vous foit heurter des hommes. Je regrettai tout cela ; car j*étais si malheureux et si seul que Je n*en étais plus à te regretter ^ mon ami.

Peu à peu , le jour qui était à sa fin s*en alla tout à coup ; il s*éteignit comme s^éteint une lampe sous le souffle d*une vieille femme qui se met au lit. Le Jour s*en alla sans aucune de ces teintes variées qui se marient aux teintes si chaudes de la campagne. A Paris tout est brusque , la nuit et le jour , le silence et le bruit. A Paris , Tois-tu , il n*y a pas de transition entre renfonce et la Jeunesse , Tâge mûr et la vieillesse. On est tout de suite Jeune homme , tout de suite vieillard ; de même qu*il n'y a aucun milieu entre la richesse et la misère , entre le vice et la vertu ; c'est une ville toute en saccades ou en soubresauts ; on est laquais ou grand seigneur, grande dame ou servante , athée ou fanatique. Le jour s'en va , on allume les réverbères , et tout est dit. Le jour viendra demain , on soufflera sur le réverbère , et tout sera dit. C'est une horrible ville pour s'endormir le soir et pour dormir la nuit , et pour se réveiller le matin. Le silence tombe tout à coup sur le bruit , et vous diriez que la ville es( m'^rte. Six heures après, c'est le bruit qui tombe tout à coup sur le silence; on croirait que la ville est prise d'assaut. Tu ne saurais croire comment cela se fait , Christophe : tu as vu quelquefois dans la ferme un pauvre mendiant tomber du haut mal : à certaines heures

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du Jour ^tt s^arréte , il grincé 4es. dents , il éeume , il se tord les bras et les mains ; après quoi , il se lève tran^ quillement , il reprend trancpiillement son bâton noueux et son chapeau troué ; il tend sa ipain à l'aumône : quand il sera bien repu, il dormira d*un bon sommeil j Le vieillard épUeptique , c*est, le peuple de Paris. Ainsi ^ personne ne songeait à moi dans cette grande ville. J'étais moins que rien , un homme de phis dans la foule. La nuit me tira de joon apathie et me fit son^^rii chercher un gîte. Chercher un gîte ! moi qui , jusqû*à vingpt ans , le soir venu , grimpais si lestement Tescalier^qui conduil à ma chambre. Bfa môre disait soîivent qu*eile crçiyait voir un jeune chat, tant fêtais vif et leste. Quelle fatigue dans la Journée , mais aussi quel doux sommciil ! En un clin d'œil , j*étais déshabUlé ; je me jetais, à genoux au pied de mon lit , et je faisais ma prière tout haut pour que ma môre m^entendlt prier et vint me dire bonsoir ; après quoi , je m^endormais. sous le regard bienveillant de ma mère, et, jusqu'au lendemain, je reposais; et elle, s'en aflail sans fermer la porte de ma chambre qui donnait dans la sienne ; et , le lendemain , j'avais peur, à mon tour, de réveiller ma mère.. C'était là un sommeil ! Cétatt là une chambre digne d'un roi ! C'était un lit plein de calme et de repos ! Comme nos murs étaient bianclMs à la chaux vive ! Comme nous avions pour nos ablutions du matm cette grande mare où nous barfooltio|l^ avec les canards ! qMClle joie ! et quel festin, le sp|r ! e( quel fesUa à mon réveil ! et quelle oisiveté sans but et sans place i et quelles chansons de tous côtés ! râne qui chante tout haut , la poule qui glousse , le coq qui salue le soleH , le porc familier qui ûil : j'ai fliitnJ

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