‹ Le chemin de traverse (volume 5)Chapitre 11 sur 26 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

Ce qui m'a emporté si loin dans ma dernière lettre ; ce qui m'a jeté dans cette exaltation violente qui doit te faire peur, c'est la vue de l'or. Il m'eût fallu une ame plus forte pour passer ainsi, sans enthousiasme , de la misère à la fortune , de l'esclavage à la liberté , du mépris de tous à l'admiration de

tous ; cependant, les premières heures passées, et quand je me suis bien assuré que j'avais en el'l'et tout ce que je voulais avec de For, je me suis mis à rendre à Paris tout le mépris qu'il m'avait donné; il ouvrait sa main avide, j'ai resserré mon or; je lui ai laissé toutes les voluptés bâtardes qu'il voulait me jeter à la tête, et je suis heureusement revenu dans mon sang-froid et dans mon bon sens.

Christophe, je t'envoie un gros paquet; je le confie à ton amitié, afin que tu fasses accepter mes premiers présents aux bons amis que j'ai laissés là-bas.

Donne à ma mère cette paire de lunettes montées en or, à elle qui a fatigué ses pauvres yeux pour moi.

Fais accepter à mon père cette charrue que j'ai achetée dont l'inventeur a obtenu un brevet d'invention , et qui a été fort approuvée à Saint- Ouen.

J'envoie aussi à M. le curé un beau bréviaire tout doré , avec sa couverture en velours. — Plus , un mouchoir à fleurs, pour Marguerite.

Et rien pour loi , Christophe !

Christophe, quand je le donnerai quelque chose, à toi, je l'aurai acheté avec l'argent que j aurai gagné.

Bonjour.

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