LETTRE XXI
Tu ne sîiïs bas ce qui se passe dans l'aine, quand on a tué un homme. C'est une abominable sensation. Voir tomber au bout de son fer eette vive H puissante création! sentira peine que votre fer enfonce dans cette vie, et au bout dé votre épée trouver une amc! une aine immortelle! Subir ce dernier el vague regard du mort . qui ne sail pas au
— 54() — juste ce que doit chercher sou dernier regard ! avoir à ses pieds cette masse inerte , et se dire que tout à l'heure, à l'instant, ici même, ici, ce grand corps animé s'agitait autour de vous avec du feu dans ses yeux et du feu au bout de son épée , et du feu dans son cœur ! Ce grand silence qui succède à ce grand bruit ! horreur ! horreur ! et cependant puissance aussi ! et cependant volupté aussi , et cependant joie immense d'avoir échappé à la mort, et cependant estime des hommes et son estime à soi , car les hommes et vousmême vous savez que vous n'avez pas eu peur ! Oh 1 je conçois la guerre! je conçois les mourants et les morts ! je conçois les cadavres ! je conçois toutes les rages de l'homme ! je conçois tout. J'ai appris la vie sur ce cadavre , aussi bien que I homme qui dissèque; j'ai appris le courage sur ce cadavre, j'ai appris le duel sur ce cadavre; j'ai appris combien un homme est peu de chose, et combien il meurt vite, sur ce cadavre! j'ai appris ce que c'était qu'une épée, sur ce cadavre. Merci, pauvre homme, merci de ton injure ! merci de ta main sur ma face! merci de ta brutalité des camps!
Merci! tu meurs pour moi aujourd'hui, merci, ta vie va profiter à ma vie, ton sang sera utile à mon sang , ton ame servira de cuirasse à mon ame , ton corps à mon corps; merci ! quelle que soit ton injure, je te la pardonne à ce prix-là ; je suis clnétien !