‹ Le chemin de traverseChapitre 27 sur 31 · LE CHATIMENT · texte numérisé non relu

LE CHATIMENT

En effet, M. le baron Honoré de la Bertenache touchait à sa fin. Il mourait ainsi, sans crier garel par la seule raison qu'il n'avait plus rien à faire, et pour ne pas rester oisif. Gomme tous les hommes d'intrigue, l'intrigue était sa vie, et. du jour où des intrigants plus alertes eurent pris sa place dans les sombres royaumes de l'intrigue, ce malheureux homme, sorti de son élément, ne sut plus que languir. L'édifice de sa fortune, si facilement élevé, s'écroula tout aussi vite, pendant que l'estime du monde, qu'il avait si péniblement acquise, s'en allait en toute hâte, comme n'étant venue que forcée et contrainte. Ainsi, il avait vieilli tout d'un coup comme un hommme inutile à luimême et aux autres ; ceux qui ne le regardaient pas comme un infâme, le méprisaient tout au moins comme un oisif. Ce qui se

passait dans sa conscience, Dieu le sait! bien que ce fût une conscience faussée par le sophisme et par. le paradoxe. Mais une peine plus apparente frappait cet homme, qui, toute sa vie, n'avait été que mollesse et vanité; cette peine, c'était la misère et l'abandon. Sa fortune, vaine fumée d'un feu de paille, s'en était allée sur le dos, ou, pour mieux dire, dans la hotte de sa bonne renommée. Sa maison, naguère si brillante et si remplie, était devenue, du jour au lendemain, silencieuse et déserte. Ses amis si nombreux s'étaient tous enfuis on ne sait où ; — oui, tous! et à peine aurait-il pu se rappeler le nom d'un seul d'entre eux, tant ils l'aimaient et tant il les aimait! Tant de portes qui lui étaient ouvertes à deux battants s'étaient refermées brusquement à son approche, aussitôt qu'on avait compris qu'il n'était plus à craindre. Ainsi, cet esprit si actif et si délaissé avait été obligé de se dévorer lui-même, faute d'aliment. Le temps lui avait manqué tout à Ta fois, comme fait la planche qui s'efface sous les pieds d'un pendu; le présent, la passé, l'avenir, l'avaient abandonné à tire d'aile. Mais, en revanche, le présent pesait sur lui de tout son poids, et c'était chose bien misérable de voir cet homme qui, toute sa vie, savait, vingt-quatre heures avant tout le monde, les secrets les plus cachés de la foule, réduit maintenant à tromper son ennui mortel au bavardage de sa servante et de son portier. Le malheureux ! il avait vécu entouré, fêté, redouté, écouté ; il avait vécu aussi vite qu'on peut vivre au milieu des affaires, de l'intrigue, de la médisance, des festins, des amours, des trahisons, des révolutions et des plaisirs de chaque jour ; et maintenant il mourait seul, à petit ennui , loin du bruit et du mouvement qui avaient été sa vie ; il mourait lentement sur un lit mal fait, et sans pouvoir donner à personne ni inquiétude, ni espérance. misère ! il ne pouvait plus être ni bon, ni méchant pour personne, ni aimé, ni haï par personne; bien plus, il ne pouvait plus être un homme d'esprit pour personne ! Cette parole éloquente et intarissable qu'il avait reçue du ciel, cette verve impitoyable et cette ironie dignes de Voltaire, tous ces trésors de l'esprit qui avaient fait son autorité dans les salons parisiens, retombaient maintenant de tout leur poids sur sa solitude et sur son abandon. La vieil

lesse, et quelle vieillesse 1 une vieillesse sans honneur et sans cheveux blancs, était venue tout d'un coup et sans transition pour lui, qui avait été toute sa vie un jeune homme : et, avec la vieillesse, était venue la maladie, vous savez bien, cette dernière maladie de la vieillesse délaissée, sans soulagement et sans espoir, que chaque minute aggrave, et qui vous enlève le peu qui vous reste, la vue, l'ouïe, l'odorat, le toucher, la pensée, tout, excepté le remords. Quant à cette richesse éphémère qui l'entourait, elle s'était dissipée soudain, comme fait la flamme sans aliment. L'imprévoyance avait été le seul courage de cet homme ; il n'avait jamais voulu accepter aucune des charges de la richesse, et, à cette idée de ruine qui lui venait une fois tous les ans, il s'était toujours répondu: — Que m'importe? D'abord il fit face habilement à sa ruine. Il commença par vendre à qui les voulait, ses chevaux, sa voiture, sa livrée, tout ce qu'on jette d'éclat et de boue aux passants, qui vous le rendent .en imprécations et en estime. Plus tard, il s'était défait de son luxe intérieur. 11 avait fondu sa vaisselle ; il avait changé, contre de l'ébénisterie du faubourg Saint- Antoine, ses vieux meubles dorés, ses bronzes du bon temps, ses chefsd'œuvre de Boule, son orgueil; si bien que, dans ces meubles neufs et mesquins, dans ce paie et sec acajou recouvert d'une étoffe de laine rouge, vous l'eussiez pris pour un parvenu de la veille. Hélas! c'était un homme ruiné d'hier. Dans ce renoncement aux joies intimes de l'élégance et du bien-être intérieur, le baron Honoré s'était montré encore une fois homme d'esprit et de courage. Ceci fait, et ne trouvant plus rien à se retrancher, i\ avait croisé les bras, il s'était jeté dans son fauteuil de douleur, et, de là, il regardait couler le flot intarissable de toutes ses misères, attendant que le fleuve d'amertume fût à sec. Après avoir perdu ce qu'il avait, en le vendant, il finit par le perdre sans rien vendre. Autour de lui tout s'en allait en poussière, sous je ne sais quel souffle empesté, brûlant et sec comme le simoun du désert. C'étaient, autour de lui, des lambeaux sans nom, des parcelles inaperçues, un sable fin et froid, le sable de la misère, qui l'engloutissait peu à peu. Son tapis n'était plus qu'un lambeau de laine sans couleur ; sa pendule "était arrêtce d'elle-mtme; son chien était sourd, sa perruche

était sans plumage; le feu avait pris à sa robe de chambre; la goutte avait gonflé ses pieds et rétréci ses pantoufles ; ses doigts affaissés ne pouvaient plus supporter l'or et les camées des bagues ; son vin de Bordeaux, si précieux, avait tourné dans sa cave ; ses glaces transparentes avaient jauni ; les portes de sa maison, si bien fermées, laissaient passer l'air et le froid ; sa montre retardait d'une heure chaque jour, et les jours lui paraissaient éternels ; son linge avait perdu sa blancheur, ses habits leur forme ; son chapeau était vieux et pelé ; sa canne de jonc, fidèle compagne de sa vie, n'avait plus de fer au bout, et plus de cordon à son sommet; la vétusté s'était emparée de toute cette opulence si sûre d'elle-même, et qu'on eût dite éternelle. Le froid et la chaleur avaient pénétré dans cette maison, chaude en hiver, fraîche en été ; l'herbe avait poussé dans cette cour si bien tenue ; la mousse tapissait ces murailles ; ces cheminées flamboyantes jetaient, à présent, plus de fumée que de flammes. Plus de livres, plus de tableaux; ces amis obéissants, ces fidèles de toutes les heures, ils avaient fait comme tous les autres amis du baron, ils étaient partis pour ne plus revenir. Aucun détail de cette désolation muette et cachée n'échappa à Prosper, après une si longue absence loin de cette demeure qu'il avait vue splendide et magnifique. Le frisson l'avait pris rien qu'à franchir ce seuil abandonné; mais que devint-il quand il se vit en présence même de cet homme qui avait été à la fois son secours et sa perte? Mais était-ce bien là son oncle? Étaitce bien ce brillant baron Honoré de la Bertenache, l'homme de tant d'esprit et de tant d'audace, qu'il avait vu naguère tout rempli de joie, d'esprit, de saillies et de sang-froid? Était-ce bien le même homme qui ne doutait de rien, et qui ne croyait ni à la gloire, ni à la vertu? Tout était mort chez lui, autour de lui. Cet œil, qui jetait des éclairs et qui voyait toutes choses de si bas ou de si haut, était éteint ; ce sourire, rempli de sarcasme et de moquerie, s'était arrêté glacé et édenté; la pâleur livide s'était étendue sur cet heureux visage qui resplendissait de toutes les joies brillantes de la-bonne humeur et de la santé ; ces belles mains s'étaient ridées; cette grande personne s'était amoindrie ; ces cheveux épais étaient tombés, et les cheveux qui restaient n'étaient pas même devenus blancs ; ils n'avaient

pas eu le temps de blanchir, tant la vieillesse avait pris cet homme à l'improviste ! A la vue de cette ruine d'un homme, Chavigni recula d'un pas ; il ne s'était pas préparé à avoir tant de pitié. Mais quand il le vit ainsi courbé, affaissé et humilié par le mal, ainsi saisi par la mort, sans défense et sans espoir, sa colère fit place à un sentiment moins dur ; il n'eut pas pitié de cet homme, mais cet homme lui fit pitié.

— Mon neveu, dit le baron Honoré d'une voix affaiblie, mais encore résolue, je n'espérais pas vous voir avant de mourir, et, à vrai dire, je serais mort sans vous prévenir si je n'avais pas appris de vos nouvelles ce matin même. Savez -vous, mon neveu, que c'est un bien bon tour que vous avez joué là? Faire passer une femme perdue pour une honnête femme; attirer toute cette foule à l'appât d'un facile adultère qui n'était pas un adultère ; les laisser venir tous autour de cette femme comme des chiens à la curée, puis, quand chacun s'est bien pris à cette glu, dire au monde tout haut : Tues ma dupe! Oui, c'est un bon tour tout nouveau, par Dieu 1 et, pour tout au monde, moi qui te parle, je voudrais l'avoir inventé dans mon bon temps. Et moi qui te croyais un honnête homme, tout simplement habile comme tout le monde! mais, par le cieM je me faisais tort à moi-même; j'aurais dû penser que ma parole ne serait pas tombée en mauvaise terre, et qu'elle porterait son fruit tôt ou tard. Recevez donc tout mon compliment pour cette belle action, mon neveu; seulement, je suis bien inquiet de savoir ce que le monde va faire avec vous, et ce qu'il va dire de vous à présent; et peut- -être ne vivrai-je pas assez longtemps pour le savoir.

A cet éloge cruel et bien mérité, Prosper baissa la tête; il comprit que son oncle n'était plus assez vivant pour disputer avec lui, et que, quoi qu'il pût dire à présent, il ne pourrait pas -se défaire de son estime ; l'estime de son oncle ! Il lui restait -donc à supporter cet ignoble éloge comme la première punition de son forfait, et qui devait l'habituer à toutes les autres.

— Monsieur, dit-il au baron, si j'avais su plus tôt que vous aviez besoin de moi, je serais accouru sur-le-champ ; car, enfin, sauf l'honnête éducation que je vous dois et les tristes exemples que vous m'avez donnés, je suis votre débiteur, et cette ^partie de ma dette est sacrée. Permettez-moi donc de vous

dire que je suis désolé que vous m'ayez fait appeler si tard. — Eh! mon neveu, si je ne t'ai pas appelé plus tôt, reprit le baron, c'est que je te croyais marié bêtement et légitimement avec une belle et honnête femme, et je me disais : Ne les troublons pas dans leur bonheur et dans leur vertu. Mais à présent que tu as fait tes preuves d'intrigant habile et acharné à sa sa proie, tu redeviens tout à fait mon neveu, mon élève, mon fils bien-aimé, et je n'hésite pas à remettre mes derniers moments entre tes mains ; aussi bien ai-je grand besoin qu'un ami me soit en aide; car, vois-tu, mon neveu, à nous autres intrigants, il est vrai que d'abord la vie est un chemin de fleurs, chacun nous tend la main et nous sable la route; les uns nous aiment ; les autres ont peur de nous ; ceux: qui nous haïssent sont obligés de nous sourire. Nous laissons de côté, pour marcher plus vite, tout bagage inutile. Pas d'amour, à quoi sert l'amour? Pas de mariage ! le mariage est à la fois un fardeau et une chaîne; — excepté des amours utiles, comme les tiens; excepté un mariage facile à rompre, comme le tien. Pas de famille, pas d'enfants 1 excepté peut-être un beau neveu qu'on rencontre en passant, et qu'on s'amuse à façonner de ses mains, comme moi j'ai fait pour toi. Pas d'amis ! l'amitié est un des plus dangereux paradoxes que je connaisse. Surtout pas de père, pas de mère, pas de frères, pas de sœurs! des intrigants comme toi et moi, mon neveu, ne doivent avoir de dévouement pour personne; ils ne sont dévoués qu'à eux-mêmes, à eux seuls ; que voulez-vous qu'ils s'embarrassent d'un inutile fardeau d'amitié ou d'amour? Tout cela est donc bien beau tant qu'on est jeune ; on se félicite d'avoir brisé de bonne heure tous les liens qui retiennent le vulgaire dans ce cercle trivial de probité et d'honneur. A chaque instant, de tristes exemples de douleurs vous maintiennent dans votre égoïsme. On voit un fils qui pleure son père mort, ou qui trouve que son père vivant vit trop longtemps, et l'on se dit à soi-même avec joie: Je n'ai jamais eu de père ! On entend autour de soi mille histoires de femmes qui trompent leurs maris, de parents qui se déshonorent les uns les autres, d'enfants rétifs qui ruinent leurs familles, et l'on se dit à soi-même en bénissant le ciel: Dieu merci! je n'ai jamais eu et je n'aurai jamais ni femmes, ni parents, ni enfants. Voilà qui va bien. On

compte autour de soi et dans chaque famille les trahisons, les adultères, les ruines, les déshonneurs, et l'on se dit : Bravo ! je suis tout seul.

Mais aussi, — écoutez-moi bien, mon neveu, — nous autres les intrigants, qui comptons une à une toutes les misères de la famille, en revanche, nous ne comptons pas tous les dévouements qui sauvent les familles, les amours qui brillent comme des étoiles dans la vie, les amitiés qui vous enveloppent comme un chaste manteau, la piété filiale qui est pour tous les hommes un rempart dans la vie, un retranchement dans la mort : voilà ce que nous ne voyons pas, nous autres, du moins tant que nous sommes jeunes. Mais vienne la vieillesse! et pour nous autres elle vient vite, si vite 1 Regarde-moi, mon neveu, si tu l'oses. Alors toutes ces pensées oubliées de la famille et du devoir nous reviennent en foule dans leur simple et naïf appareil ; alors aussi il nous semble que nous sortons d'un songe funeste. C'est si triste , vois-tu , d'être seul, tout seul, quand on est tombé vieux tout d'un coup, et de n'aimer personne ! C'est si triste de n'être aimé de personne 1 De cette misère sans nom, tu me vois un affreux exemple. En vain je croyais avoir fait de grandes provisions pour orner la solitude de ma vieillesse, provisions de science et de poésie, de philosophie et de souvenirs, de bien-être et d'incrédulité; je le vois à présent, j'aurais mieux fait de mettre en réserve pour les mauvais jours un peu d'amitié, un peu d'amour. Toutes ces vanités de mon temps d'esprit et de puissance se sont évanouies comme un vain son dans l'air. Toutes mes passions d'autrefois, je dis mes passions innocentes, m'ont quitté sans retour, comme font d'ordinaire les passions coupables après la jeunesse. Ces poètes, que j'aimais tant, ne sont plus qu'un vain bruit qui bourdonne à mon oreille ; ces grands historiens, où je voyais si petite la nature humaine, ne m'amusent plus de leurs mensonges; ces chefsd'œuvre de l'art qui flattaient ma vue, ne sont plus aujourd'hui que des lambeaux de vieille toile ou d'insignifiants morceaux de marbre ; cette fortune, que j'avais ramassée, s'en est allée comme elle m'était venue, sans que je puisse dire comment elle était venue, ni pourquoi elle est partie. Oh! que ne donnerais-je pas à présent pour avoir à mes côtés seulement une vieille

femme qui m'aimerait, je dis la plus vieille mégère et la plus scélérate, eût- elle trempé ses mains dans le sang, eût-elle les yeux rouges, les mains ridées, un jupon sale, et le caractère d'une femme qui n'a jamais été belle, ni jolie, ni aimée! Oui, ce serait une joie pour moi d'entendre' cette femme gronder tous les jours, pourvu que je pusse me dire : Elle m' aime l Oh 1 que ne donnerais-je pas pour avoir à mes côtés, là, devant moi, là, sur mes genoux, un enfant à aimer ! Je ne demande pas un joli enfant, mon Dieu! une de ces têtes bouclées, un de ces sourires tout roses, une de ces joies printanières qui vous regardent avec un œil bleu sous ses longs cils noirs; non, mon bon Dieu, je n'oserais ! Je ne vous demande qu'un enfant malade, idiot, perclus de tous ses membres, lépreux, affreux à voir, affreux à embrasser ; mais un enfant à moi, et que je puisse aimer, et dont la souffrance soit ma souffrance, et dont la lèpre soit ma lèpre, et dont l'insomnie soit mon insomnie. mon Dieu ! fais^moi seulement, à l'heure qu'il est, le père de la dernière créature humaine ; fais-moi le père d'une prostituée qui me frappe quand elle est ivre, et qui, le reste du jour, fasse de moi le jouet de ses amants de la rue ; oui, mon grand Jésus- Christ mort sur la croix, fais cela, et je te bénirai ; car, à cette prostituée, l'opprobre du monde, quand elle me couvrira de crachats et de soufflets, j'aurai encore le droit de dire : Ma fille, et de la bénir ! désert ! ô solitude ! ô abandon ! ô misère ! ô mon pauvre corps I ô mon âme ! ô mon cœur 1

Puis il ajouta avec un sourire amer : — Et voila, mon neveu, après cette belle vie, voilà la mort qui nous attend, nous autres ambitieux !

11 dit encore ces mots à Prosper : — Et voilà pourquoi, malgré ton habile conduite avec cette femme que tu as déshonorée si utilement et si entièrement l'autre jour, moi, à ta place, et avec l'expérience que j'ai à présent, je n'aurais pas été si cruel; car il faut, à coup, sûr, que celte femme ait pour toi quelque sentiment bien tendre, pour t'avoir ainsi fait un honneur aux dépens de son propre honneur, et une estime aux dépens de sa propre estime. Je ne crois pas avoir entendu jamais parler d'un pareil dévouement ; et, dans quelques années, quand tu seras seul comme moi, et ruiné comme moi, et vieux comme moi,

j'ai bien peur que, dans l'abîme de ton abandon, tu ne te mettes à regretter cette femme, et à te dire à toi-même que tu donnerais ton reste de vie pour tenir sa main dans la tienne un instant ayant de mourir. mon neveu ! je parle sérieusement à présent, car je parle sous la dictée de la mort et du néant; mon école d'ambition est une école funeste, elle sacrifie tout au présent, sans jamais penser à l'avenir. Nous oublions trop, nous autres les ambitieux, qu'il y a deux choses dans la vie de l'homme, la jeunesse et la vieillesse, la vie et la mort.

Disant ces mots, le baron Honoré fut saisi par une de ces horribles douleurs auxquelles il était en proie depuis deux ans, et qui suspendaient 'en lui le mouvement et la pensée. — Il est mort 1 s'écria Prosper. — Hélas ! non, répondit le domestique de louage ; en même temps, il jetait le baron Honoré sur son lit.

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