‹ Le chemin des écoliersChapitre 10 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

A la grille dudit château un domestique, en riant aux éclats, lui apprit que l'afBche était apposée là depuis six mois; ou n'avait plus besoin de personne. Toutefois, il lui dit de l'attendre, et, un instant après, au lieu d'une soupe il lui donna un cheval. Oui, un cheval, un vrai cheval, en chair et en os; en os surtout.

C'était un pauvre animal , encore jeune, mais quasi étique, véhémentementsoupçonné de quel- • que. maladie contagieuse. Ayant reçu l'ordre de le mener à l'abatloir, le domestique , qui , ce

jour-là, sans doute, avait autre chose à faire, chargea Perrière de la commission , lui en abandonnant les bénéfices.

Ferrièrenefit point abattre son cheval ; il le soigna , il le guérit.

Par quel moyen? Je l'ignore.

On apprend bien des choses en ^

courant les routes, pour peu qu'on . ~

ait d'intelligence et de mémoire.

Tel bohémien, à force de toucher

à tous les pays, à tous les métiers, . i

de frayer avec des gens de toutes V

sortes, devient, à la longue, une

encyclopédie vivante; encyclopé- ~

die superficielle, d'accord. Selon - - ~-

moi, les vagabonds de cette espèce se rapprochent assez des philosophes anciens, coureurs de roules aussi, et qui allaient deçà delà recueillir la science éparpillée alors dans le monde. - Aristote, presque seul, fut un philosophe sédentaire; mais il avait pour aide-naturaliste, pour commis voyageur, son élève, Alexandre de Macédoine. Perrière, lui, voyait tout, apprenait tout par lui-même, comme Démocrite et Platon. 11 était obser-

valeur, et, dans nos entretiens au Trou-Vassou,'je m'étonnai parfois de l'étendue de ses connaissances et de la finesse de ses aperçus. Il possédait les généralités, les points de relation. De notre temps, par malheur, à force de s'accroître, les sciences sont devenues complexes , rayonnantes , obèses. Pour chacune d'elles, l'existence d'un liomme suffit à peine. Il n'y a donc plus de généralisateurs , par conséquent de grandes idées relatives, que parmi ceux-là qu'on nomme les ignorants et les désœuvrés; les poètes et les bohémiens.

Mais j'ahorde les considérations, et je veux être bref.

Donc Ferriëre a un cheval, et il en tire parti. Il est mes-

sager; il exécute des transports de paille, de foin , de paquets, d'un village k un autre. Le fardeau est-Il trop lourd au pauvre ^^ bidet, l'homme en

— :. ,z- — - prend sa part, et tous

deux font la route en s'entr'aidant. Grâce à soncheval,àdéfauldu métier qui lui manque , il a un labeur quotidien et régulier; il a mieux encore, une afTection. Il aime son cheval, et son cheval l'aime.

Tous deux étaient en voie de prospérité ; vint une époque désastreuse, le choléra de 1832. Dans la contrée que fréquen-

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