PREMIÈRE PARTIE
machiniste dans un théâtre de quatrième ordre ; casseur de pier-
res, et se dégoûtant vile de cet ingrat labeur de grande route ; plus tard, bedeau, maître d'école, batteur de grosse caisse
dans une fête de village , et abandonnant tout à coup son instrument pour se mêler aux danseurs, car il a vingt ans, et comme un autre il aime le plaisir.
Après avoir ainsi sauté de branche en branche, semblable au
pauvre oiseau qui ne peut prendre son vol , découragé de ses vaines tentatives de vie sédentaire, n'espérant plus rien que du hasard, il alla droit devant lui, couchant dans les étables, dans les greniers, le plus souvent à la belle étoile; tantât charita-
blement hébergé dans une honnête ferme, où il trouvait un emploi de quelques jours; tantôt rudement repoussé comme
vaurien et vagabond. Vagabond, il l'était. Il ne savait plus se fixer; il lui fallait la vie errante, le grand air, et son indépendance complète. Il riait à sa misère , pourvu qu'elle changeât de place.
Un jour que le hasard, sa Providence, semblait l'avoir oublié , longeant, l'estomac vide, les murs d'un château, il y vit une afliche placardée. On réclamait des bras inoccupés pour un travail de terrassement. Tout travailleur, avant de se mettre h l'œuvre , avait droit à une soupe. Ce dernier article le tenta.