‹ Le chemin des écoliersChapitre 105 sur 259 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Dans le i^s^on qui les avait voitures ensemble à Strasbourg, Athanase et ses amis avaient donné rendez-vous à Brascassin aux ruines d'AUer-Heiligen pour la grande fête des sociétés harmoniques. De son côté , Van Baldaboche, ayant fait route .pour la cliute du Rhin, s'était rencontré ^avec la bande d'Ëpernay à Thôtel Weber. Le petit bossu , ou plutôt M. de La Fiéchelle (c'est son nom, et il n'est pas convenable de toujours désigner un homme par son infirmité) , mis en malice à la vue du Hollandais aux deux rotules , avait essayé de s'égayer de nouveau à ses dépens. Baldaboche l'avait d'abord désarmé par sa bonhomie néerlandaise; puis, ô merveille! à la suite d'un entretien avec l'homœopathe , La Fléchelle n'avait plus ressenti pour cet homme , long sur pattes comme un héron , et qu'il croyait avoir rencontré autrefois dans un tableau de Ténitrs , qu'une respectueuse considération , laquelle s'accroissant d'heure en heure avait fini par tourner à l'enthousiasme , au fanatisme, à la vénération. Il ne pouvait plus se séparer de lui. La Fléchelle était riche :*il emmenait Baldaboche dans sa propriété , assurant son présent et répondant de son avenir.

Athanase prétendait que le docteur au nez rouge, réalisant la pièce de Byron , the Deformed transformed , a^ ait con^ aincu La Fléchelle qu'il pourrait lui redresser la taille, la rendre droite et souple comme une baguette de coudrier, non par la science orthopédique , applicable tout au plus aux enfants , ma is par une science nouvelle, le magnétisme végétal appliqué à l'homœopathie. Grâce à cette science miraculeuse, Baldaboche rajeunissait les vieillards en faisant j)asser dans leur sang appauvri la force séveuse des jeunes arbres , et se chargea it de rectifier les courbures de l'épine dorsale au contact d'une tige droite et élancée. Le dirai-je? Témoin de quelques expériences soi-disant concluantes, mon ami Athanase ne paraissait nullement convaincu de la vanité de ces prétentions homœopathico-magnétiques ; il avait vu La Fléchelle , en présence du maître et sous ses aspersions magnétiques , entrer en commu-

nication avec un jeune et beau peuplier, le presser longtemps entre ses mains et contre sa poitrine; à la suite de cette étreinte prolongée , l'arbre , épuisé de forces, criant grâce, avait témoigné de son aiTaiblissement par l'inclinaison de ses rameaui", par la flétrissure de son feuillage, et le petit bossu, plein de sa vigueur d'emprunt , rêvait un complet redressement , et , quoique louchant à la trentaine , espérait grandir encore. 0 espérance ! ô railleuse éternelle 1

Voici pour la présence de l'homœopathe au milieu de nos gens d'iipernay. Maintenant, comment tous se trouvaient-ils dans le sanctuaire des orphéonistes, sans droit aucun à pareil honneur?

Transportés par le chemin de

fer de Bâle Jusqu'à Fribourg en

Brisgau, Athanase et ses amis

avaient décidé de traverser à pied

cette partie de la forêt Noire qui

sépare Fribourgd'Aller-Heiligen.

En route , ils avaient rencontré

une troupe philharmonique se

rendant à la grande assemblée ;

on avait marché ensemble , puis

ensemble dîné et soupe, couché

dans la même grange, sur la même paille. Le lendemain on

s'était réveillé amis, et l'on avait trouvé bon de ne se point

séparer.

Tandis qu'Athanase, en mettant fin àmesétonnements,m'en inspirait de nouveaux, je ne perdais point de vue Brascassin qui causait en ce moment avec le forestier-aubergiste, sans

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