TROISIÈME PARTIE
rement associé. ■ Le vin Le Brun, dîsait-il, est le vin le plus honnête et le plus consciencieux de la Champagne. >
Cette surprise , préparée dèsia veille par notre inappréciable compagnon, dont l'influence vioicole s'étendait aussi bien sur les humbles gast-
bau3 de la fo- ?"
rèt Noire que sur les riches Mtebdelaplai- De , nous mit tous de belle . humeur et fît, par enchantement, disparaître nos fatigue3 ile 1 Fléchelle, à qui on dut dresser un lit de repos dans un des coins de l'immense salle du flirsch , aussi
bien dortoir que réfectoire. Lui-même, je lui rends cette justice, eut le bon esprit d'applaudir à notre entrain.
Pendant le cours du repas, les mois vifs et mousseux r.e manquèrent point. Tout en y apportant sa bonne part, Brascassin les attribuait moins encore k notre esprit naturel qu'à la vertu spécifique de son vin de prédilection. Il en recon-
a journée , excepté toutefois pour M. de La
naissait l'elTet dans nos reparties plutât gaies que folles, spirituelles sans exagération. Il avait établi tout un système d'observations touchant l'influence exercée par les divers vins de Champagne sur les élucubrations du cerveau, et prétendait pouvoir reconnaître si tel mot plaisant , telle boutade liumoristique, étaient nés sous l'influence du vin mousseux ou du vin crémant. Au ' besoin , il aurait pu signaler la localité exacte du département de la Marne où ce ^ mot, cette boutade avaient d'abord été confectionnés et mis en bouteille, nonseulement à Iteims, lîpernay, Avize ou Sillery, mais dans la plus minime de leurs subdivisions. Selon lui, le Moët pousse plus à l'imagination qu'à la gaieté; le Montebello fait plus rêver que parler; le niicquot tourne facilement à lapolitique: - ■ ainsi de vingt autres vins moins fameux qu'il rangeait sous les dénominations générales dé vins face- . lieux, vins égriliards et même de vins inconvenants.
fie système oenologique nous amusa beaucoup et donna lieu à une foule d'observations folles; mais lui, firascassin, en les rétorquant, ne se départit pas d'une sorte de gravité qui lui semblait habituelle.
Cet homme , je l'avais jugé d'abord devoir être un loustic vulgaire; ses relations mystérieuses avec Thérèse, les confidences de messieurs les habitués de la maison Lebel , étaient loin de m'avoir favorablement disposé envers lui.
Entraîné à sa poursuite par un mouvement déplorable de curiosité, surpris vis-à-vis de moi-même d'être revenu si vite sur son compte, j'essayais en ce moment, tout en buvant son vin , qui était excellent , de définir sa nature vraie.
Évidemment , sa nature était complexe. Il y avait à la fois en lui un artiste, un poêle et un commis voyageur, un philosophe