‹ Le chemin des écoliersChapitre 118 sur 259 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

eluQ bouffoiî; maisle bouffon se dissimulait sous le manteau du philosophe; sa pensée riait plus que son visage. Ces mélanges d'instincts et de facultés , ces bizarreries d'oi^anisation ne doivent pas être aussi rares qu'on le croit communément ; si lés hommes étaient faits tout d'une pièce, corn- p-

me on nous les représente dans r;

les grandes comédies à carac- j -? tères , la plupart d'entre eux se- :;

raient-ils restés une énigme in- '■ --

déchiffrable pour le penseur t Quels que fussent les antécédents de Brascassin , sa position sociale , aussi étrange que le reste quand on le savait sorti de l'I^cole polytechnique, il joipalt k une haute intelligence un cœur excellent. Pour le prendre au sérieux, je n'avais aujourd'hui qu'à me rappeler le cimetière de Laaken. Non, je n'avais pas à me défendre du sentiment d'affection qui me poussait vers lui !

Je ne savais point encore ce qu'il \ alail comme poète.

Au dessert , sur mon invitation , il nous chanta quelques-unes de ses chansons. Elles respiraient ,7'- — ~

lagaieté, la vene, la franchise, . - .; ' ./'

comme celles de Désaugiers, père ou fils. Au moment de l'explosion la plus joyeuse, un éclair de sentiment y brillait tout à coup, rappe- .

lant ainsi les mélodies ravissantes de Nadaud; le rire aux lèvres, une larme à la paupière, dans notre enthousiasme, nous en répélions les refrains à tue-téte, de façon à être entendus des fées du ; lac. La Fléchelle lui-même , qu'on

oubliait danssoncoin, pour ne pas ---■--' ■ ——

s'avouer vaincu, entonnait les chœurs avec nous. Jamais les

marchands de bœufs, habitués ordinaires de l'endroit-, n'avaient fait retentir d'autant de bruit la grande salie du Hirsch. Déjà, à plusieurs reprises, nos voituriers nous avaient avertis que la nuit se faisait noire, que pour traverser sûrement les vallées de Seebach et de Rappel il fallait avoir l'œil sur la " tête de son cheval; nous n'en tenions compte :

« Encore une chanson ! encore une bouteille de Champagne ! » g Enfin, on se leva de table, et

r'"^ n', I .^■■'^^ ,. ^' les voituriers firent claquer leur» A',^"''-"*"' ; 'ri*'" fouets.

— " " ^ ^ /-^ \ , » ';; Le docteur Baldaboche , que

■ ■-'' 1 ~- ■"-■■■ nous avions vainement essayé de griser, qui n'avait reculé devant aucune rasade, qui avait ingurgité trois pleines bouteilles Le ' Brun , sans en ressentir plus d'émotion que n'eût fait, dans des conditions identiques , ma bott« de fei^blanc, nous déclara alors son malade incapable, pour le moment, de supporter les cahots de notre patache. Il refusait de se séparer de lui.

Athanase ne voulait point quitter son ami La Fléchelle. firascassin était résolu à suivre l'exemple de son ami Athanase. Les deux naturels d'Épernay auraient cru forfaire à l'honneur en se séparant de leur ami Brascassin.

L'orphéoniste se trouvait bien où il était, et jurait de passer la nuit à table. ,

Malgré ma résolution de résister à tout nouvel entraînement, que pouvais-je faire seul contre cette formidable majorité? La parole fut donnée à Brascassin pour une motion d'ordre, * Messieurs, laisser La Fléchelle à Seebach, retourner sans lui à Achem, serait un acte odieux que la postérité la plus re- . culée nous imputerait à crime. Mais le savant docteur répond que demain son client, grâce à quelques juleps de bouleau et

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