‹ Le chemin des écoliersChapitre 122 sur 259 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

doute pour nous dire qu'il n'entend pas le français. Notre position était critique ; les explications devenaient impossibles , lesreprochesinutiles.

Après un mouvement d'hésitation , nousconlinuons de le suivre, avec un peu moins de confiance peut-être , mais toujours d 'un pas Terme et résolu.

Vers deux heures de l'après-midi (nous étions partis du Hirsch à six heures du matin) j une petite ville s'ouvre devant nous. Le

nom de Preudenstadt, inscrit à l'entrée du fauboui^, suffît à nous apprendre que nous ne sommes pas à Appenweler. Évidemment, notre second guide n'a pas été plus heureux que le premier. Ne jugeant plus ses services nécessaires , nous le payons et le renvoyons à son bateau. Un des nôtres nous fit sagement observer que peut-être n'était-il pas tout à fait dans son tort. 11 était possible que notre manière de prononcer l'allemand à'Appenweier eût fait pour lui Freudenstadt. Nous admîmes cette raison.

« Deàiendus à une auberge d'assez bonne apparence, tandis qu'on prépare notre dîner, pour donner aux fourneaux le temps de s'allumer, nous allons faire un tour dans la ville. Tout le commerce de Freudenstadt m'a paru se résumer dans la fabrication de la verrerie, des chapeaux de paille, des boites à musiqiie et des horloges de bois. Cette dernière industrie produit réellement de petits chefs-d'œuvre , aussi remarquables par leur élégance que par leur bon marché. Je faillis me laisser tenter par une d'elles, ornée d'une galerie découpée, avec coq chantant et double sonnerie. Heureusement , je m'abstins.

Que serais-je devenu , grand Dieu ! s'il m'avait fallu continuer ma route avec une horloge sous le bras?

■ A Freudenstadt, nous remarquâmes particulièrement la tour du marché , et une église fort curieuse , construite depuis longtemps d'après le système cellulaire moderne. Les hommes et les femmes y sont placés de façon que tous voient très-bien le prédicateur dans sa chaire, mais ils ne peuvent se voir entre eux. « Quand nous rentrflmes à l'hôtel, notre dtner était servi. Il se composait de jambon froid , de saucisson froid , d'une salade avec assaisonnement d-'œufs durs, et d'une tarte froide, aux pommes de terre froides. Nous aurions pu nous dispenser de sortir pour donner à l'hôtelier le temps d'allumer ses fourneaux.

• Rendons toutefois justice à ce dernier; si sa table était modeste, ses prix furent modérés. Chacun de nous acquitta son écot moyennant quelques kreutzers, une valeur de soixante à soixante-quinze centimes, et quand nous primes congé, en laissant un demi-florin pour le garçon , celui-ci exécuta à notre bénéfice une pantomime de surprise, de joie et d'attendrissement, qui à coup sûr dépassait de beaucoup la valeur du pourboire et même du dtner.

• De nouveau nous voilà en route, ne prenant cette fois pour guide que le hasard, car dans la ville, comme chez notre hôte , nous n'avions pu décou\rir un seul indilidu parlant le français, cette langue universelle, à ce qu'on prétend.

ï Du reste, notre essai de vie nomade et aventureuse ne nous déplaisait pas. Le croiras-tu, philosophe? ton' ami Augustin était peut-être le plus enchanté de fous. J'avais oublié Paris, Marly, toi-même! Ces longues heures passées en plein air, au milieu de sites tour k tour sublimes ou gracieux, me ravissaient. La forêt Noire est loin de présenter ces tableaux

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