TROISIÈME PARTIE
sombres et terribles que son nom et sa vieille réputation font tout d'abord supposer à l'homme qui vit obstinément claqiiemuré dans un laboratoire de chimie , ou qui jamais n'a franchi la banlieue parisienne. Si le Schwarzwald ofTre de hautes montagnes au front chauve et couronné de neiges , des torrents tapageurs, des aspects sauvages et -échevelés , c'est par coquetterie d'arrangement et pour mieux faire ressortir la gracieuseté de ses jeunes taillis, de ses plaines riantes, de ses fraîches vallées bocagères toutes parsemées de fleurs et de jolis cours d'eau. Les montagnes ne sont ici que les solides murailles enclosant mille ravissants jardins, en pleine floraison. Ahl je n'herborise que sur ma fenêtre! vous l'avez dit, monsieur! Viens donc me voir, le bâton ferré à la main, escaladant les pentes abruptes pour recueillir sur le rocher quelque beau saxifrage, ou le rosage, dont on croyait les Alpesseules en possession, et suismoi, situ l'oses!
• Ne crois pas que chez moi le botaniste prenne seul part à la fôte : te poète et le dessinateur se font la leur aussi. Le long de notre route , que de points de vue enivrants pour l'œil, que de rencontres charmantes, dignes, il faut ■ bien que je l'avoue, d'un crayon
plus habile que le mien ! Tantôt, ' " "'^^
au détour d'un haut taillis, nous entendons derrière nous sonner l'heure; c'est un marchand d'horloges de bois : une horloge pend sur sa poitrine , dix autres sur son dos ; il en a deux sous chaqiie bras; en passant devant notre escouade il fait tinter ses sonneries pour nous mettre en goût d'horloges ; nous ne nous soucions même pas de prendre de ses heures, quoiqu'il en ait de très-variées. Tantôt c'est une belle jeune femme qui traverse la route, les yeux baissés, en parfilant une
touiïe de petits brins de paille. Dans ce pays les femmes 61enl la paille tout aussi bien que le lin ou le chanvre. Là-bas, tioe bande de paysans et de paysannes se rendent solennellement , pour quelque pieui anniversaire à ia petite église que nous apercevons au pied de Ja montagne. Au détour de la route, voici de gaies el robustes \ illageoises à cheval ; elles vont rejoindre la noce qu'on entend s'agiter sous les grands arbres au bruit du violon. Que de contrastes, que de surprises en traversant les villages ou les bois I Autour d'un lavoir une douzaine de figures blondes et rieuses saluent notre présence en agitant leurs battoirs; les hommes soulèvent devant nous leurs immenses chapeaux ornés de pompons rouges ; le long des escaliers extérieurs des chalets, les femmes, occupées k étendre leur linge, se retournent vers nous et font flotter en l'air le premier drapeau blanc qui leur tombe sous la main, en signe
de bonjour amical ; puis les chansons des jeunes filles , celles des oiseaux, le clapotage des petites rivières entre les rochers, le