‹ Le chemin des écoliersChapitre 128 sur 259 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

arbres ; à peine s'il lui était permis de respirer le parfum des

fleurs. Ses forces étaient revenues

œpendant , ainsi que sa malice , cette

deniiùre toujours à mes dépens.

Pour entretenir le tout en bon état,

il suffisait au grand docteur d'un

imperceptible globule de je ne sais

quoi avec une verrée d'eau fraiche

par-dessus.

Les charlatans répondent à un besoin de l'humanité; ils sont pour les classes aisées de la société ce que sont les sorciers pour le peuple. L'occasion m'était offerte d'étudier de près un de ces hommes audacieux qui usurpent parmi nous le droit divin de faire des prodiges. Ne pouvant le voir à l'œuvre, je m'appliquai du moins à prendre mesure de son intelligence. Athanase, et même La Fléchelle, gens instruits tous deux , ne pouvaient s'être laissé duper par un charlatan vulgaire.

J'eus une longue conversation intime avec Baldaboche touchant son système. Je m'attendais à trouver sous son écorce glaciale, sous son apparence de calme bonhomie , un esprit subtil, alerte, quelques traits grandioses des Mesmer et des CagUostro. Désillusion 1

L'homœopathe administrait son esprit, tout ainsi que ses drogues, par doses infinitésimales, mélangées dans des masses d'eau froide. Pas une base discutable à ses principes absurdes, de grands mots inintelligibles, du verbiage sans portée, voilà

tout. Il Reconnaissait même pas l'art de vous jeter de la poudre aux yeux, et de vous faire voir trente-six chandelles en plein midi. Béfléchissant à part moi aux faiblesses de l'humanité, me rappelant que le divin Socrate croyait à son démon familier, que quantité de grands hommes, nos contemporains, membres de l'Institut de France ou de la Société royale de Londres, font tourner des tables ou évoquent les esprits frappeurs, il me revenait en mémoire un mot terrible de mon ami Antoine Minorel.

■' i Un jour, j'invoquais en faveur de la

thèse que je soutenais contre lui l'assentiment général du genre humain :

■ Le genre humain est un imbécile I • me répliqua mon farouche misanthrope, et il essaya de me le démontrer. ■ La raison est une, la venté est une, me dit-il, et toutes deux se confondent pour former cette unité qui ne peut ni varier ni s'étendre. Les erreurs, au contraire, les folies de toutes sortes sont multiples ; elles se croisent et se fécondent entre elles ; elles ont enfanté des armées innombrables d'autres folies, d'autres erreurs , qui aig'ourd'hui en\'ahissent toute la terre habitable. Voilà pourquoi la sottise y règne universellement et despotiquement. Comprends-tuî »

Le savant casuiste Schupp, au dire d'Henri Heine, est allé plus loin qu'Antoine : « Il y a dans le monde plus de sots que d'individus, > a-t-il osé avancer, l^videmment, ce sont là des exagérations. Non, Antoine, non, monsieur Schupp, les hommes ne sont pas.... Mais où vais-je m'embarquer dans ces hautes idées philosophiques à propos d'un Baldaboche? Je me résume : Dieu vous garde des charlatans, mes frères, et un peu aussi des philosophes 1

Ma conversation avec l'homœopathe avait produit sur moi l'eifet d'une aspersion réfrigérante ; elle avait calmé mes excitations de la journée. Ce diable d'homme vous apporte le soulagement par des moyens qui n'appartiennent qu'à lui. La dose

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