TROISIÈME PARTIE
wohl, Gott sei Dank. Habeh Sie die zeitung nicht gelesen? ich bin es zufrieden; wie viel Uhr ist es? »
La traduction qu'il nous en donna immédiatement refroidit quelque peu notre enthousiasme.
« Messieurs ,
«Bonjour, comment vous portez -vous? Je me porte bien, Dieu merci; avez- vous lu le journal? Je le veux bien; quelle heure est-il ? »
C'est tout ce qu'il avait retenu de ses dialogues allemands.
Ceci me rappela que, à Carlsruhe, j'avais été tenté de faire emplette d'un petit livre du même genre. Je l'ouvris au hasard; j'y lus ces deux phrases significatives :
« Madame la comtesse est sur le lac avec son frère le chevalier; voulez-vous prendre une yole et aller la rejoindre?
— Pourquoi n'avez- vous pas mis votre habit écarlate? » N'ayant ni un habit écarlate à mettre , ni une yole à prendre ,
ni une comtesse à rejoindre, je fermai le petit livre aux dialogues et ne songeai plus à Tacheter.
Néanmoins, si on ne vota pas l'impression du discours d'oùverture de La Pléchelle , il nous fit espérer du nioins que notre secrétaire perpétuel était capable de coopérer utilement à l'œuvre.
A tour de rôle, chacun apporta son offrande.
Pour ma part, malgré mes quelques études commencées dans une voiture de louage, je ne pus fournir que les mots : wifyl? combien? — Schloss, château ; — ait, vieux ; — Gasthaus, hôtel ;
— Hirschf cerf; — Ebernstein , sanglier de pierre ; — Bach^ ruisseau; — Berg, montagne, et que mes confrères académiciens se trouvaient en état de fournir aussi bien que moi. Cependant , j'y ajoutai Trinkgeld, pourboire, que j'avais appris du garçon de bains de la Closerie des Lilas, et cette locution que j'avais vue inscrite sur un grand nombre de cours et de jardins : verbotener
Eingang, entrée défendue. Mais franchement, avec des sangliers de pierre et des entrées défendues, nous ne pouvions guère espérer nous renseigner sur la route à suivre, ou voir s'ouvrir» les portes devant nous.
Il en fut à peu près de même d*Athanase et des deux indigènes d'iipernay.
L'orphéoniste en savait plus long, mais sa prononciation nous parut défectueuse. C'était, de l'allemand -suisse. Sous sa dictée , néanmoins , La Fléchelle eut à inscrire une trentaine de vocables, parmi lesquels nécessairement ne furent oubliés ni dos Bier, la bière, ni Kirschenwasser, l'eau de cerises. Tel est le nom inoffensif et bénin du kirsch.
Baldaboche s'abstint sous le prétexte que l'allemand n'était que du hollandais pas pon.
Restait Brascassin. Il paraissait impossible que Brascassin, ayant des clients le long de toutes les routes du grand-duché et jusque dans les montagnes , ne pût correspondre avec eux que dans sa langue maternelle.
Jusque-là, pendant notre travail lexicographique, comme un bon prince, il s'était contenté de sourire à nos efforts, sans y prendre part aucune.
Son tour venu, nous le sommâmes d'avoir à exhiber ce que sa mémoire pouvait contenir de substantifs, de verbes et de locutions germaniques. Toujours le sourire aux lèvres, il nous a oua savoir en effet quelques mots d'allemand, pouvoir même, au besoin, se faire comprendre dans cette langue pour les choses indispensables; mais le cri de victoire que nous allions pousser, il l'étouffa sous cette simple observation, c'est que les habitants de la forêt Noire ne parlent et n'entendent pas plus l'allemand que le hollandais ou le français; ils font usage encore aujourd'hui de l'ancienne langue des Allamanni^ leurs ancêtres, lesquels ont pu imposer leur nom aux peuples de la Germanie, mais n'ont point réussi à leur imposer leur langage.
Nous restâmes atterrés devant cette déclaration.