‹ Le chemin des écoliersChapitre 14 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

seuil de !a porte extérieure, la gentille Thérèse, déjà grandelette, offrait aux passants des bouquets de roses, ce qui lui attirait quotidiennement vingt madrigaux; tous brodés sur un thème invariable.

Tels étaient les souvenirs que j'avais laissés au Trou-Vassou, lorsque, douze ans après, au début de mon voyage de Paris à Marly-Ie- Roi, sous l'ombre du fort de Noisyle-Sec, je retrouvai mon ancien Ferrière.

Mais qu'était devenue ma petite marchande de roses? |

Tout en déjeunant avec lui, lorsque je parlai d'elle à son père, la figure de celui-ci , un instant auparavant joviale et rayonnante, se crispa tout à coup.

• Thérèse? me dit-il brusquement, comme s'il eût cherché qui je voulais désigner par ce nom.

Est-ce de ma femme quç vous

parlez? Elle se nommait Thérèse, en effet.... Ehl bien, elle est morte; tant mieux pour elle!

— Je'vous parlede votre fille, père Ferrière.

— Ah! ahl ma fille?... ma fille Thérèse?... Depuis beau jour elle nous a quittés, pour aller vivre bien loin d'ici, auprès de sa marraine, qui est riche, et qui, n'ajant pas d'enfants, l'avait adoptée pour lui donner une belle éducation.

— Et vous n'avez pas revu votre fille depuis?

— Ohl que si !... Il y a deux ans, elle est revenue.... Son éducation était faite. '

— Ne la verrai-je point?

— Elle est repartie.

— Pour rejoindre sa marraine?

— Non! sa marraine ne la recevrait plus.... N'allez pas croire que ce soit une méchante enfant, reprit-il tout à coup; elle, si douce, si bonne, le vrai portrait de la déftmtet Vous l'avez connue cette autre Thérèse-là? Mais assez causé là-dessus; vous ne voudriez pas me faire de ta peine. •

C'est ainsi que mon ancienne connaissance du Trou-Vassou excita ma curiosité sans la satisfaire. Enfin, je dus prendre congé de lui, et, après une double et affectueuse poignée de main, je poursuivis ma promenade en me dirigeant vers Noisy.

Les ïUustnlioDS- de Noisy-Ie-Sec. — La Ssint-Athanase. — Des noms de baptême. — ChaDgemeDi de rouie. — Un Sardanapale en guenilles. — Uystëres de la ville d'Eperaay. — L'ordre de la Pure Vériii. — Deux mystiBâi au lieu d'un.

Le village de Noisy n'a pas traversé les siècles sans quelque éclat. Parmi ses anciens seigneurs , il compte un illustre

pendu , Enguerrand de Marigny, inventeur de ce fameux gibet de Uontfaucon, auquel, pour crime d'exaction, il fut bel et

bien accroché lui-même. Coïncidence singulière ! le cardinal La Balue, autre seigneur de Noisy-le-Sec, par ordre du roi Louis XI, subit, on le sait, une longue détention dans une cage de fer, et pour ces mêmes cages, l'histoire nous le dit, il était aussi en droit de prendre, sinon un brevet d'invention, du moins un brevet de perfectionnement.

Je venais de traverser le canal de l'Ourcq , me dirigeant sur Rondy, pour redescendre ensuite par Baubigny, où je comptais ;- m'arrèter, et, le lendemain, ga-

gner Marly par Aubervilliers et Nanterre. Chemin faisant , je songeais à Thérèse; à défaut '!: d'une histoire authentique , Je lui en composais une à ma guise, lorsqu'une main pesante me \ tomba sur l'épaule.

* Ah I ah! me dit une voix fortement tinibrëe , vous venez dore prendre' le chemin de fer ' de Noisy-le-Sec?

— Au diable les chemins de fer! j'essaye, au contraire, de me passer d'eux.

— Comptez-vous aller à pied à Épernayï

— Quoil lipernayî

— Et la Saint-Athanaseï

— Quelle Saint-Athanase?

— Comment , reprit mon interlocuteur, qui n'était autre qu'un de mes amis, ingénieur militaire, chargé, pour le moment, de l'inspection des travaux du fort de Noisy-Ie-Sec, comment, on a cette, chance heureuse, et bien rare, d'avoir un intime qui se nomme Athanase; soi-même, et malgré lui, on s'est déclaré son parrain pour un second baptême, et seul on manquerait au serment qu'on a exigé des autres? »

Je me rappelai alors une de mes bonnes soirées de cet hiver. Nous dînions chez Ernest Forestier, un de mes jeimes amis.

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