‹ Le chemin des écoliersChapitre 150 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Sur les chemins de fer prussiens, m'a-t-on dit, au lieu de chalets ce sont des tourelles féodales, et les salles d'attente y semblent remonter au dixième siècle. Le voyageur pourra désonnais juger des tendances des peuples qu'il visite rien qu'à l'aspect de ses embarcadères et de ses débarcadères, fiade est pastorale, la Prusse, moyen Age.

Le tort des chalets du Wolfsbrunnen est de rappeler moins la Suisse que les chemins de fer. A Wolfsbrunnen , on vend , en gros ou en détail , on assaisonne en matelote ou au vin blanc de délicieuses truites. La truite est le fruit du pays.

Dans de grands bassins oîi se rassemblent des eaux transparentes, • plus douces que le lait, plus savoureuses que le vin , ' a dit un poète allemand , nagent des milliers de truites. Voule2-vous en déjeuner? C'est d'un coup de ligne qu'il s'agit; désirez-vous en faire provision pour le marché* un seul coup d'épervier y suffira,

A Wolfsbrunnen , je ne fus pas dévoré par une louve comme la magicienne Jetta, mais j'y fus en butte aux fureurs d'un gamin enragé. J'étais en contemplation devant une de ces pèches miraculeuses; je reçois un projectile dans le dos, une balle. L'écolier, lancé k la poursuite de sa halle, vient me heurter au moment où je me retourne avec une brusquerie facile à comprendre. Sous le choc, il trébuche, il tombe en poussant des cris

affreux. Je le relève, il veut se jeter

sur moi , et sans Antoine qui inter- ^

vient, je nesaisce qui serai t advenu. ' A ses cris, était accourue une ^

femme tout éplor^e , sa mère.

• Aye ! ayel il m'âvre pattu! il

m'Svre tonné un grand coup 1 »

hurlait le jeune monstre , sau- '~

tant sur une jambe en tenant "

l'autre repliée sous sa main, et me désignant du geste.

Heureusement, Junius était connu de la mère; il la rassura, la calma.

Le petit diable les voyant ensuite causer ensemble à demivoix, sans plus paraître s'occuper de lui, cessa tout à coup de sauter, de crier , me lit une grimace et courut à toutes jambes pour aller rejoindre sa balle, perdue, je ne sais où.

« Il est un peu espiègle, > dit alors la dame, souriant la lèvre pincée ; puis , après avoir de nouveau échangé quelques mots avec Junius :

€ C'est égal, monsieur, me dit-elle, en m'honorant d'un semblant de révérence, à votre âge, il n'est pas bien de frapper un enfant. »

J'étais exaspéré.

«Quelle est cette heureuse mère? demanda Antoine quand elle fut partie.

— Mme Hôel-Jagœrn , la veuve d'un conseiller de cour , » lui répondit Junius.

L'affaire en resta là.

Junius, avant notre visite au château, nous proposa, pour seconde station, Molkenkur, un des points les plus élevés de la montagne que nous contournions. Je me sentais peu disposé à cette nouvelle ascension, lorsqu'une voiture déboucha à vide sur la place de Wolfsbrunnen. C'était celle que Jean avait été chercher par l'intermédiaire d'un garçon de l'hôtel. Antoine, qui ne me permettait qu'une montée de vingt minutes, lui avait fait assigner rendez -vous à la fontaine de la Louve. Je ne me fis pas prier pour y prendre place.

Molkenkur signifie cure au petil-^laiL

C'est ici que Junius venait acquérir, par infusion, par imbibition , ce calme stoïque , indispensable aux diplomates. On n'y trouve qu'une maison ; c'est un grand chalet suisse , où deux Tyroliens, la plume de paon au chapeau, font la distribution du petit-lait. Elle est placée à l'angle d'un grand

lateau découvert d'où l'on jouit d'une vue superbe. J'em-

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