QUATRIÈME PARTIE
jusqu'aux nues ses tours et ses coupoles; les statues des héros It; peuplent; des lions de marbre veillent à sa porte; mais à l'intérieur tout est silencieux et désert; une herbe épaisse tapisse ses riches vestibules; escaliers et perrons, tout a dis- ' paru , et les oiseaux criards le remplissent seuls de bruit en se ' poursuivant de fenêtre en fenêtre. »
A la strophe d'UhIand, je n'avais répondu que par ce cri : ■ Aux ruines! aux ruinesl >
Ouand nous descendîmes de voiture devant l'ancienne demeure des palatins, songeant à ses désastres, je me découvris le front; Junius, se rappelant qu'elle avait abrité des empereurs, mit ses gants blancs. Quant à Antoine , il en franchit le seuil, son chapeau sur la tête et ses mains dans ses poches.
Aspect des raines. — Paliis d'OlhoD-Henn. — Grande discussion bislorique. — Salomon de Cans, ou de Cavx, — Les deux Heidelberg, le mort el le vitiDt. — Le gros tonneau. — Perkéo le bouffon. — ■ Francés, pas toujours gentils. •
Tandis que noua roulions en voiture, Junius, le meilleur comme le plus désintéressé des cicérones auxquels voyageur ait jamais eu afTaire, nous avait donné tin résumé de l'histoire du château d'Heidelberg , comme déjà il nous avait fourni celui de la ville. Ce résumé, je le réduirai à quelques phrases.
A la place occupée aujourd'hui par le château , les Romains avaient construit une forteresse présentant un carré irrégulier. Lors de la dispersion de ces vainqueurs du monde , elle ftit
respectée," quant à la forme, d'abord par les Francs, puis par Conrad de Hohenstaufen , qui commença à lui donner des apparences palatiales. De la fin du quatorzième* au commencement du quinzième siècle , Robert I" et Robert II reconstruisirent l'ancien manoir de Conrad , en relevant son importance par de nombreuses annexes.
Les Électeurs qui leur succédèrent rivalisèrent entre eux pour y en ajouter de nouvelles, plus somptueuses les unes que les autres.
Frédéric I*', dit le Victorieux, Louis, dit lePaciflque, Tornèrent de tours, de terrasses ; Frédéric IV y éleva un monument, dont les restes attestent encore la magnificence; son fils, l'infortuné Frédéric V, qui fut roi de Bohême, et paya si chèrement ce titre, en fit bâtir un second, près de celui de son père, qu'il surnomma le Palais anglais y voulant rappeler que l'électrice Elisabeth , sa femme , était fille du roi d'Angleterre , Jacques I" , et petite-fille de Marie Stiiart. Sous son règne , Heidelberg tomba aux mains des Impériaux et des Bavarois , et la fameuse bibliothèque palatine fut transportée à Rome.
D autres palais s'implantèrent encore sur ce sol qu'ils semblaient vouloir écraser , mais 'aucun , même celui de Frédéric IV, ne put égaler la merveille architecturale qu'Othon- Henri y avait fait construire vers le milieu du seizième siècle.
Le château d'Heidelberg avait bien mérité son glorieux surnom de l'AUhambrade l'Allemagne, lorsque, de 1674 à 1693, tous les fléaux de la guerre tombèrent sur le Palatlnat. De son château , il ne resta que ce que ne purent détruire la bombe , la torche, la sape et la mine.
Pendant près de deux heures, de la porte d'Elisabeth, par laquelle nous étions entrés , jusqu'à la tour fendue ; de la tour fendue au palais d'Othon-Henri , du palais d'Othon-Henri à la grosse tour, nous prolongeâmes notre visite.
Selon que le soleil éclairait ou laissait dans l'ombre ces