QUATRIÈME PARTIE
nant sur le Necker, raconte ses misères à toutes les voiles qui
Sentinelle immobile, la statue de l'électeur Louis II, dit le Sévère , continue de veiller sur elle du fond de sa guérite de pierre.
Combien d'autres tour» avons-nous vues encore 1 et la tour Tendue , et la grosse tour qui , malgré ses murs d'enceinte de seize pieds d'épaisseur, comble maintenant les fossés, et la tour du Géant, qui n'est ni une tour ni une ruine,tnais que les ruines environnent.
Je l'ai déjà dit, je crois, les œuvres de la nature me trouvent bien plus facile à l'émotion, à l'admiration que celles des hommes. Cependant, ce qui reste d'Heidelberg m'impressionnait aussi vivement que les beaux sites de la forêt Noire, que les cascades d'AUer-Heiligen elles-mêmes. C'est tout ce que je puis dire de plus fort en leur honneur.
Un homme debout , dans l'exercice de ses factdtés puissantes, n'attire pas notre intérêt comme l'homme abattu qui ne doit
point se relever. C'est le même sentiment qui prête aux ruines un attrait tout particulier. On se platt à les reconstruire dans leur ensemble , en donnant & cet ensemble des proportions , une mEtjesté , qu'il n'a jamais eu peutêtre. D'un autre cdté , elles éveillent la pitié, le regret; elles parlent au cœur, elles l'émeuvent plus que ne pourrait Jamais faire l'édij fice le plus remarquable , le plus
' gigantesque , s'il est intact et bien
portant.
Ce qui ajoutait à mon émotion et la rendait plus vive , c'était l'idée qu'un roi de France avait eu la pensée de ce désaatre,et qu'un illustre Tour du Géani. général français l'avait consommé.
Roi Louis XIV , vous n'avez pas encore assez saccagé Heidelberg ! Il a grandi , il s'est accru de tout le terrain conquis par ' ses ruines , et votre Versailles n'oû're pas l'aspect grandiose et saisissant de ces restes de palais, qui ne sont plus rien, que des merveilles de l'art!
Tandis qu'en moi-même je fulminais cette sorte de prosopopée, nous arrivions sur la grande terrasse, d'où l'on jouit d'une vue immense sur les vallées du Necker et sur celles du Rhin- Junius, notre précieux cicérone, essayait de détourner nos regards d'Heidelberg le château , pour les reporter sur Heidelberg la ville , étalée au-dessous de nous avec ses rues tortueuses, bordées de boutiques; il nous montrait l'église Saint-Pierre , où Jérôme de Prague prêcha la réforme naissante, et le fameux pont de sept cents pieds de longueur.... Antoine l'écoutait les yeux en l'air, en ftimant une cigarette, dont il suivait les légers nuages dans l'espace ; moi , les yeux fermés, je méditais sur une découverte historique, que je venais de faireàl'instantmême, parle seul rapprochement de deux mots.