‹ Le chemin des écoliersChapitre 165 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Selon les uns, depuis son usurpation, son bon ange l'avait abandonné , le laissant seul chercher ses inspirations dans ses grimoires cabalistiques; selon les autres, la vue du Palatinat ravagé par les soldats de Bade, du Wurtembei^, de la Bavière, la famine qui menaçait de devenir générale , telle était la cause de ses tristesses.

Les uns et les autres pouvaient avoir raison , et cependant une souffrance plus personnelle, plus terrible, se mêlait à celles-là.

Une maladie, rare alors, et qui ne 's'attaque guère aux princes et aux victorieux, l'idée du suicide tourmentait ses jours et surtout ses nuits. Aux approches du soir, il ne longeait pas une rivière, un lac, sans que le démon du vertige l'appelât impérieusement à lui.

A Mannheim, où il avait fixé sa résidence, à travers les ténèbres, il s'aventurait parfois sur le vieux pont de bois, dont

les hautes palissades en garde-fous semblaient devoir mettre obstacle h toute tentative désespérée. Là, il essayait d'habituer son regard à ce miroitement de l'eau , imi^ de ses propres pensées, pleines de trouble et de confusion. Parfois aussi il allait s'asseoir, non loin des bords du Necker, sur un tronc d'arbre renversé, se retenant aux branches, tentant l'épreuve, espérant d'en sortir vainqueur comme de ses autres luttes. Vain espoir! Peu k peu ses doigts se détachaient de la branche h laquelle ils se tenaient crispés; il se levait; mû par une force irrésistible, il se dirigeait vers le fleuve.... mais de ûdèles serviteurs veillaient sur toutes ses escapades nocturnes et se trouvaient là, à temps, pour lui barrer le passage et le ramener au palais.

11 avait beau faire, le Victorieux, dans sa lutte contre le démon qui l'obsédait, il se sentait vaincu.

Or, à cette époque, il n'était bruit en Allemagne que du moine-magicien Siegfried, aussi versé dans les sciences occultes qu'Albert le Grand, et jouissant, comme celui-ci, d'une haute réputation de sainteté.

Frédéric l'appela à sa cour ; il en fit à la fois son astrologue et son confesseur.

L'astrologue lui prédit sa prochaine victoire de Seckenheim; le confesseur reçut l'aveu de ses fautes et de ses terribles tm-

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