QUATRIÈME PARTIE
irarerser d'abord le Pô, l'Oglioou l'Adda; Frédéric eût préféré se trouver en plein champ de bataille ; le choc des escadrons de guerre lui paraissait plus facile à supporter que le léger choc des Ilots contre sa barque; la vue d'une forêt de lances et de pertuisanes l'eût moins intimidé que ces longues files de roseaux qui, se courbant devant lui , semblaient murmurer des paroles ironiques sur son passée.
Un soir, après avoir d!né avec la princesse dans son palais de Cdme, un léger esquif vint les prendre tous deux au bas de la terrasse. C'était l'heure fatale entre toutes, l'heure des sombres vertiges; la lune, alors dans son plein, éclairait les flots Jusqu'au fond des abîmes; et cependant, k sa grande et bienheureuse surprise , Frédéric n'éprouva que de faibles attractions vers le gouffre. Les tiraillements de son démon ne suflirent
pas même à interrompre les tendres propos débités par lui à la reine de tous ces fleuves, de tous ces lacs, de tous ces golfes. Une joie triomphale, telle qu'il n'en avait pas ressentie après ses plus grandes victoires, lui épanouit le cœur. Son dernier ennemi était vaincu. Gomme il Tavait pressenti, le Rhin, le Necker et leurs affluents possédaient seuls le pouvoir de l'attirer à eux.
Sa pensée n^alla pas plus loin.
A dater de ce jour, il fut le premier à courir au-devant des fêtes nautiques. Dans une longue promenade que la princesse et lui firent sur lé lac, la barque ducale portait, au grand étonnement, à la grande joie de tous, les pavillons d'Allemagne et d'Italie, et, flottantes l'une près de l'autre, les bannières armoriées de Parme et du Palatinat. De la rive, garnie de peuple, on entendait s'élever des acclamations. Le populaire saluait à l'avance l'événement qui allait lui donner pour souverain Frédéric le Victorieux.
Au milieu de cette ivresse générale, la fille de Souabe, Claire de Tettingen, mêlée aux femmes de la suite, seule paraissait rêveuse, pis que rêveuse. Elle fixait sur le lac ses regards terrifiés, et des tressaillements étranges faisaient sursauter son corps. Un instant, le bruit se répandit même que, prise d'un mal subit, elle s'était laissée choir hors de la barque. Ce bruit* ne parvint pas jusqu'à Frédéric , et ne put le troubler dans sa joie.... Sa joie devait être de courte durée.
Le lendemain, soucieux à son tour, il quittait le Milanais, et reprenait route vers l'Allemagne.
En traversant le Tyrol , dans une gorge profonde où un rameau de l'Adige se perd à travers des rochers, il longeait à dos de mulets une longue estacade , lorsqu'il vit la fille de Souabe faire le signe de la croix et défaillir tout à coup du côté du torrent. Il allait s'élancer vers elle : un des guides l'avait prévenu. Frédéric crut à un faux pas de la mule ; mais les jours suivants, dans des circonstances identiques, ces mêmes accidents se renouvelèrent. A la vue de l'eau, prise d'une subite émotion, Claire ne paraissait plus maltresse ni de