‹ Le chemin des écoliersChapitre 189 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

belle , il a été fait gribouille. Cependant il ne s'est rien brûlé du tout. U lâut croire qu'il a mis les pouces, puisque M. Bra&cassin s'est déclaré satisfait.

— Brascassini nous écriâmes-nous tous trois à la fois.

— Oui, c'est avec M. Brascassin, notre marchand de vin de Champagne, que l'Américain'a eu ses trois affaires, et il pourrait bien y en avoir une quatrième, car aujourd'hui on a rencontré M. Brascassin à Heidelbei^, en compagnie d'une dame, dit-on..., >

Une voix, montant du bas de l'escalier, appela Charles, qui nous quitta brusquement en poussant un cri tudesque répondant sans doute au : Yoilà! loilà! de nos Icellers parisiens.

Dès que nous fûmes seuls : « Tu vas partir, et sur-le-champ, » me dit Antoine. Et comme je refusais de partir sans lui : • C'est pour le coup* ^outa-t-il, que cela aurait l'air d'une fuite, d'une débâcle générale. Sois tranquille, Juniua et moi nous apaiserons le monstre. Pars en paix, je n'ai nullement envie de risquer une vie aussi précieuse que la mienne , de retarder le progrès des sciences d'un siècle peut-être, pour le vain plaisir de suspendre à ma ceinture de guerre la chevelure de ce Mohican.

— Mais où veux-tu que j'aille, à celte heure?

— AllezàSchwetzingen, me dit Junius. Si le château d'HeJdelbei^ est l'Allhambra de l'Allemagne,

celui de Schwetzingen en est le Versailles. On ne vient point ici sans le visiter. >

Je résistais encore, quoique fort troublé, je l'avoue, à l'idée de ce farouche Van Reben, qui pouvait faire retour d'un instant à l'autre, quand la porte s'ouvrit comme sous un ouragan. Mon vieux Jean, un paquet sous chacun de ses bras, le bridon de ma botte de fer-blanc passé autour de son cou, pâle et le vjsage décomposé , entra tout k coup :

■ La voiture est en bas; partons! partons I il n'y a pas un moment à perdre I s'écria-t-il.

— Et qui nous presse tant? lui dis -je.

— Monsieur! monsieur! voulez-vous donc nous faire massacrer par la populace? »

Je jugeai le péril bien grand, puisque mon vieux serviteur en s'adressant à moi avait négligé l'emploi de la troisième personne.

Antoine me poussait vers l'escalier, une voiture stationnait devant Thôtel , et je ne savais encore comment je m'y trouvais installé, quand j'entendis Junius crier au cocher : « A Schwetzingen 1 »

Nous roulions depuis une demi-heure Jean et moi , tous deux absorbés dans nos pensées, lorsque, m'apostrophant d'une voix pleine d'émotion , les yeux larmoyants et la poitrine gonflée de soupirs :

c C'est donc bien vrai, me dit-il , monsieur l'a tué?

— Qui ai-je tué, vieux fou? lui criài-je.

— Ohl que monsieur n'essaye pas de le nier, je sais tout. Monsieur est rentré à l'hôtel, avec un visage trop je ne sais quoi , pour qu'il n'ait pas été de mon devoir d'écouter à la porte quand il s'est enfermé avec ces messieurs Minorel. Vous parliez d'une querelle avec cet Américain , de combat à l'épée , au pistolet. Aussi quelle idée d'aller s'attaquer à un Américain!... Monsieur n'est cependant pas sans savoir qu'il y a de ces genslà qui sont anthropophages. Enfin, il est mort; et nous voilà forcés de fuir pour éviter la justice; et tout cela, encore des histoires de femmes, j'en suis bien sûr.... »

J'imposai silence à Jean ; mais des larmes coulaient le long de ses joues, et son grain de beauté rutilait d'un éclat extraordinaire. Quoiqu'il ne soit pas d'usage de présenter sa justification à son domestique , il est des cas où le cœur autorise ce que la règle interdit. Pour mettre fin à toutes ses ang'oisses , à ses lamentables suppositions, je l'instruisis des principales péripéties de mon voyage. Encore un à qui je contai mon histoire ! Non sans peine , je vins à bout de le persuader que je n'avais été ni un joueur, ni un séducteur, ni un spadassin;

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