PREMIERE PARTIE
leurs travestissements y j'ai reconnu parmi ces messieurs des membres actifs de la société, entre autres Brascassin , un de DOS bons amis....
— Ce ne peut être Brascassin que vous avez vu, dit un des nôtres; il est à Paris.
— Qu'est-ce que ce Brascassin ? demandai-je.
— Le meilleur chansonnier d!Épernay ; mais il ne s'agit pas seulement de lui; Tordre de la Pure Vérité a ses rites mystérieux , plus significatifs , plus imposants qu'on ne le suppose généralement.... nous avons mal pris notre temps; allons visiter une autre cave. »
Une opposition se manifestait; les opinions étaient partagées. On me choisit pour arbitre.
Mon âge, mon caractère connu, semblaient me devoir rallier à la sage et discrète proposition d'Athanase. Il n'en fut rien. Je suis curieux à l'excès; la curiosité l'emporta chez moi sur la convenance et la raison. D'ailleurs, ce malheureux néophyte m'intéressait; je voulais savoir ce qu'ils allaient en faire.
Athanase se soumit à l'arrêt.
A l'extrémité d'une des galeries, nous ne tardons pas à voir brillor des torches; là se tenait le sanhédrin. Nous dirigeant de ce côté, nous nous' abritons derrière une longue file de planches à bouteilles, hors de service et dressées' contre le mur.
A travers les trous des planches, nous pouvions tout voir sans être vus. Assis en demi-cercle sur de petites barriques, l'état-major des grands dignitaires se disposait à procéder aux épreuves morales. Debout devant lui, les yeux toujours bandés, le nez rouge gardait un calme imperturbable.
Le président se leva. J'aurais dû dire le vénérable; bien vénérable en effet. Revêtu d'une dalmatique à passements dorés, le front branlant, la barbe blanche, il paraissait âgé de quatre-vingts ans in moins.
A l'aspect de ce vieillard chez qui tout respirait le calme et la mansuétude, j'eus honte de mon rôle d'espion, et j'ai-
lais en revenir au bon conseil d'Athanase , lorsque celui-ci , placé près de moi , derrière les planches , me poussa du coude :
» C'est Brascassinl me dit-il à voix basse, en me désignant le vénérable; je ne m'étais donc pas trompé 1 *
Cela brouillait mes idées de prouver un vieillard dans le premier chansonnier d'i^pernay; mais l'interrogatoire commençant, je ne songeai plus qu'à bien écouter.
< Vos souillures du monde se sont en partie effacées au contact des coursiers apocalyptiques, le cheval sans tite et le clmval sans Jambes, dit le vénérable au néophyte; toutefois nçus pourrions pousser plus loin les épreuves, et de gré ou de force, vous faire, séance tenante, avaler des couleuvres ou des lames de sabre.
— Faites, dit le récipiendaire, sans que son nez changeât de couleur.
— Si nous vous demandions la tête de votre meilleur ami, l'a p porteriez- vous î
— Je n'ai pas de meilleur ami, répliqua l'impassible néophyte; j'aime tous les hommes également.... également pas beaucoup.
— Nous voulons bien vous dispenser de cette obligation, presque toujours pénible à tout homme doué d'une vive sensibilité, comme vous paraissez l'èlre. «L'interrogé salua. ■ Votre nom? •