‹ Le chemin des écoliersChapitre 191 sur 259 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

cassin alla à sa rencontre et me présenta à elle en qualité de son futur compagnon de voyage jusqu'à Francfort.

Toutes mes suppositions sur Thérèse étaient à vau-l'eau. Moi, par eicellence , l'homme timide et maladroit avec les femmes, je m'étais fait le vassal, le guide, le protecteur de cette imposante étrangère, que je n'avais jamais aperçue qu'à travers un télescope. Ah ! si j'avais pu rétracter mon engagement!... Il n'était plus temps. L'heure pressait; pour commencer mon rôle de cavalier servant, je dus ofTrir mon bras à la belle dame.

Nous descendions les quelques marches d'un portique corinthien pour regagner le parc ; je vis devant moi un homme debout , la bouche ouverte el les bras étendus en croix. C'était mon vieux Jean. Je lui fis signe de nous suivre; il nous suivit, mais de loin , et me voyant monter en voiture avec l'étrangère, le front chargé de nuages, il prit place auprès du cocher.

A la station du chemin de fer, peu soucieux de notre compagnie , il se casa dans un wagon de seconde classe.

Vers oeuf heures du soir, ma jolie compagne et moi nous faisions notre entrée à Francfort par la porte du Taunus , et nous installions dans un mémehdtel, sur la place de la Parade.

Ainsi se termina celte longue journée aux aventures. Mais de nouveau j'avais perdu la confiance de Jean; de nouveau il me voyait replongé dans des intrigues de femmes, et, cette fois, il ne m'était plus permis de le désabuser!

FlAHCFORT. — Le gué des Francs. — Hana du Samonnel. — Les miUioDuirM.

— La Judengasse. — La m^re dea quatre Bolbschild, — La maison de Gœthe.

— Renconlre avec UËphislopbÉlës. — Lili et Belliaa. — Visite au Rœiner.

Vers la fin du huitième siècle > par une belle et fraîche matinée de juin , un jeune garçon > sabotier de son état , polir le moment oiseleur par amour, avait étendu se? filets et fixé

ses gluaux le long de la rive droite du Mein. En face de lui , de l'autre côté de la rivière , s'étendait cette immense forêt hercynienne dont la traversée , au dire de César , exigeait soixante journées de marche. Abrité derrière une roche, notre adolescent sifflait, pipait, imitant de son mieux le chant des oiseaux qu'il espérait attirer dans ses pièges , soit de la plaine , soit de la forêt. A sa blonde fiancée , il avait promis de rapporter un rossignol, ou tout au moins un sansonnet. Mais rien ne répondait à ses appels. Il s'étonnait, il s'irritait de ce silence complet , continu , inaccoutumé , quand un léger gazouillis s'éleva des buissons de la plaine et des roseaux du fleuve. A ce gazouillis, des lisières de la forêt répondit le roucoulement des ramiers; notre oiseleur se frotta les mains ; mais au chant des oiseaux venait de succéder un bruit sourd et profond , semblable à celui que fait le vent s'engouffrant dans les hautes futaies. Cependant pas une feuille ne bougeait aux arbres. Sous les buissons, comme sous les roseaux, tout était redevenu muet, et, au lieu de rossignols et de sansonnets , des milliers d'oiseaux de proie volaient éperdus sur la cime des chênes et des sapins. Tout à coup , des hurlements, des vagissements, des bramements retentirent en cris de détresse.

Notre oiseleur-sabotier, chrétien depuis un an à peine, et non déshabitué de ses anciennes croyances, pensa que le roi des géants venait de se remettre en chasse, ou que le dieu Thor, armé de sa lourde massue de fer, déracinait les vieux chênes naguère consacrés au culte des Druides. Il releva ses filets en toute hâte, et s'enfuit. Mais le jeune homme était curieux (je ne l'en blâme pas); parvenu au sommet d'une colline, il fit taire un instant sa frayeur et se retourna.

La vieille Hercynie, prise d'un haut-le-cœur , semblait vomir à la fois tout ce que dans ses vastes enceintes elle contenait de cerfs , de loups , de lynx , de sangliers , d'ours et de taureaux sauvages. Il put les voir, inoffensifs les uns en-

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